Avec la pandémie, les ITMAV ne peuvent plus se rendre à domicile chez les aînés plus vulnérables. Sabrina Ruiz utilise plus que jamais le téléphone pour écouter et aider sa clientèle.
Avec la pandémie, les ITMAV ne peuvent plus se rendre à domicile chez les aînés plus vulnérables. Sabrina Ruiz utilise plus que jamais le téléphone pour écouter et aider sa clientèle.

Travailleuse de rue pour aînés: Sabrina Ruiz est là pour les personnes âgées

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Des aînés se sont parfois comportés en adolescents, dans les dernières semaines, en ne respectant pas les règles de confinement. « Travailleuse de rue » pour personnes âgées, Sabrina Ruiz les défend. Celle qui porte officiellement le titre d’intervenante de travail de milieu auprès des aînés vulnérables (ITMAV) rappelle que cette génération a traversé plusieurs bouleversements sociétaux.

« Les aînés ont eu des réactions différentes à ce que les gens s’attendaient d’eux. Et ça nous a déstabilisés, cette réaction adolescente », constate Mme Ruiz.

« Mais ce n’est pas qu’ils ne comprennent pas ce qui se passe. Ils comprennent très bien. Ce sont des personnes qui ont vécu plusieurs choses dans leur vie, des choses difficiles. Cette génération, l’avant baby boom, a appris à se débrouiller seule dans la vie, avec peu de filet social. Ils ont connu des guerres, des crises économiques. Pour eux, ce qui se passe, c’est un problème parmi tant d’autres », analyse-t-elle.

Sabrina Ruiz fait partie de ces « travailleuses de rue pour aînés » qui courent normalement les bibliothèques, les centres commerciaux et les cafés pour rejoindre cette clientèle plus vulnérable. Pandémie oblige, elle a dû revoir ses façons de faire pour soutenir les personnes âgées, et même revoir sa mission principale, qui est de briser leur isolement social.

« Notre service est encore assez méconnu. En plus d’aller à la rencontre de ces personnes dans les différents endroits publics, on fait affaire avec les pharmacies et les organismes, qui nous réfèrent pour aller les aider. Que ce soit pour socialiser, pour les aider à se retrouver dans la paperasse d’un service gouvernemental », décrit Mme Ruiz.

Sabrina Ruiz est une intervenante de travail de milieu auprès des aînés vulnérables (ITMAV), aussi surnommée travailleuse de rue pour personnes âgées.

« Mais avec la directive qu’on ne peut plus aller dans les lieux publics et à domicile, on fait du travail par téléphone. Je suis là pour les gens qui ont besoin d’écoute, de parler, de savoir quel organisme peut les aider pendant cette crise. »

Depuis le début de la crise, Sabrina Ruiz s’implique dans la livraison de la popote roulante pour pallier le manque de bénévoles pour ce service normalement tenu à bout de bras par des gens de plus de 70 ans.

« On laisse les plats sur le balcon. Ce service permettait aux gens d’avoir un peu de visite, un deux minutes de discussion qui faisait du bien. Il faut dire que ces personnes, qui reçoivent la popote, ce sont souvent les plus vulnérables. Ce ne sont pas elles qu’on voit dans les centres d’achats. C’est déstabilisant de voir la dame de 85 ans qui te fait un pouce en l’air et des coucous par la fenêtre. Mais ce petit sourire fait du bien en ces temps de crise », témoigne-t-elle.

Réduire l’angoisse

Certaines personnes âgées plus vulnérables se sont aussi montrées angoissées par la crise qui secoue toute la planète. Sabrina Ruiz, comme les autres ITMAV du Québec, encourage de plus en plus les aînés à délaisser la télévision et les chaînes de nouvelles en continu.

« Écouter la télévision toute la journée, ça augmente l’angoisse, en effet. Ce qu’on fait , ces temps-ci, est de monter une nouvelle routine, un quotidien pour ces gens. On propose des horaires. Par exemple, prendre une heure pour faire une marche, faire une nouvelle recherche Internet pour trouver une recette, parler à quelqu’un au téléphone.

Les ITMAV sont toujours associés à un organisme communautaire du milieu. Mme Ruiz est intégrée au Service des aides familiales de La Baie. Plus de 120 organismes au Québec offrent un service de « travailleurs de rue » pour aînés vulnérables.