Yves Morin conduit des camions depuis près de 20 ans.
Yves Morin conduit des camions depuis près de 20 ans.

[AU FRONT] Yves Morin, camionneur: «Ça a changé la dynamique»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Le transport de marchandises représente un rouage majeur dans l’économie du pays et une façon éprouvée d’avoir accès à une longue liste de produits. Yves Morin, 52 ans, compte près de 20 ans d’expérience comme camionneur, dont les trois dernières à l’emploi de la compagnie drummondvilloise Bourret International. Ce résident de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, en Mauricie, est à même de constater que la COVID-19 a créé des changements importants dans son travail, du jamais-vu dans sa carrière.

Yves Morin est camionneur pour la compagnie Bourret International.

Q À quoi ressemble votre quotidien?

R Je fais toujours des transports entre le Québec et les États-Unis, principalement dans les États de New York, du New Jersey, de la Pennsylvanie et du Maryland. On transporte des produits alimentaires et pharmaceutiques, des équipements pour la fabrication du papier, des matériaux de construction, des meubles, etc.

Q En quoi l’épidémie a accentué les protocoles de travail?

R Notre compagnie désinfecte les camions tous les jours. Quand on est sur la route, la compagnie nous fournit le matériel pour désinfecter l’intérieur des camions. On a des gants avec un mode d’emploi détaillé pour savoir comment les enlever pour ne pas se contaminer. Il y a beaucoup de prévention à notre entreprise. Et si je suis infecté, il faut retourner chez nous. Mais on pourrait nous refuser l’accès au Canada si on a le coronavirus. On a une couverture d’assurance si on doit demeurer aux États-Unis. C’est important de se désinfecter les mains, de faire attention, car on fait signer des factures chez les clients et on les signe aussi. On est à risque. On ne veut pas ramener ça à la maison, j’ai de jeunes enfants.

Q Quelles sont les contraintes qui s’ajoutent à votre travail?

R Les choses ont changé depuis la semaine dernière. Ça a changé la dynamique avec le vent de panique en début de semaine. Ils ont fermé les haltes routières en Pennsylvanie. La FMCSA (la Federal Motor Carrier Safety Administration, l’organisme américain qui s’occupe du transport), s’en est mêlée pour régler ça. Ils ont fait rouvrir les restos, les douches. On avait accès seulement à l’essence. Ils ont rouvert 13 des 40 haltes routières, donc on n’a pas trop de problèmes. Quand on revient au Canada, on nous pose des questions à savoir si on a de la fièvre, de la toux, des symptômes du rhume ou de la grippe. On ne nous posait jamais ces questions-là auparavant. De plus, il y a des clients qui refusent l’accès à l’intérieur des quais de chargement, car je suis camionneur international. Mais d’autres n’ont pas changé leurs normes.

Q Est-ce que vous considérez que votre travail est plus essentiel que jamais?

R Selon moi, oui! On transporte beaucoup de matières premières qui servent à soigner les gens. On se rend aux États-Unis avec un produit qui sert à la fabrication de lingettes désinfectantes. On rapporte de la marchandise qui sert à fabriquer ici des camions de pompiers. Il faut comprendre que l’industrie continue de rouler.

Q On voit que les citoyens sont de plus en plus nombreux à remercier les camionneurs sur la place publique, notamment sur les réseaux sociaux. Comment réagissez-vous à cet élan de reconnaissance?

R Ça fait chaud au cœur. On est plutôt habitué de se faire dire qu’on est des dangers publics. C’est vrai qu’on prend beaucoup de place, qu’on ne roule pas plus que 105 km/h. On comprend les gens. Se faire remercier pour notre travail, ça nous aide à garder le moral et à continuer à rouler malgré ce qui se passe.

Q Avez-vous un message à lancer à la population?

R Je demande aux gens de rester à la maison pour permettre aux travailleurs de première ligne de conserver leur santé pour continuer à alimenter tout le monde, pour qu’on ne manque de rien. On a vu, au début, la panique pour le papier de toilette. La journée qu’il va manquer de nourriture, il y aura une plus grosse panique et on ne veut pas se rendre là. Il faut suivre les consignes du gouvernement. Il faut rester à la maison. C’est la priorité que tout le monde devrait avoir. Une vie vaut plus que n’importe quoi que tu voudrais acheter.