Lyne Chicoine, factrice à Saint-Alphonse-de-Granby.
Lyne Chicoine, factrice à Saint-Alphonse-de-Granby.

[AU FRONT] Lyne Chicoine, factrice: «On a de l’ouvrage!»

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui le quotidien continue. Des personnes qui permettent d’offrir quelques sourires dans nos vies chamboulées.

Qu’il y ait vent, neige, pluie ou pandémie, les facteurs et factrices comme Lyne Chicoine, qui distribue le courrier à Saint-Alphonse-de-Granby, sont au poste pour acheminer les lettres ainsi que les objets utiles ou de divertissement dont leurs clients sont friands, surtout en temps de confinement. Une tâche qu’ils effectuent avec plus de complexité que d’habitude tout en sachant qu’ils sont, parfois, le rayon de soleil dans la nuit des personnes seules et confinées.

Q Qu’est-ce que la pandémie a changé dans votre travail?

R Je peux te dire qu’on a de l’ouvrage en tabarnouche! Surtout aujourd’hui (mardi), après trois jours de congé. Les gens commandent beaucoup. C’est surtout des colis qu’on distribue: il y en a plus que dans le temps des Fêtes! Je pense que les gens n’ont que ça à faire... J’en ai 104 à distribuer aujourd’hui alors que d’habitude, à cette période de l’année, c’est une quarantaine. Aussi, les travailleurs à haut risque, ceux qui ont des problèmes pulmonaires par exemple, restent chez et sont remplacés par des «relèves».

Q Que livrez-vous le plus par les temps qui courent?

R C’est surtout de l’Amazon [NB: colis du géant de la vente en ligne], mais on voit aussi des choses que les gens ne commandent pas d’habitude. Aujourd’hui, j’ai un pneu, des amortisseurs et même une chaudière de bonbons à livrer. Il y a encore aussi beaucoup de lettres.

Q Devez-vous respecter de nombreuses mesures sanitaires?

R Oui, on n’a plus de contact avec les clients et on ne les fait plus signer lorsqu’ils reçoivent un paquet. On le laisse à la porte et on s’en va. Sauf si c’est dans un bloc; là, si personne n’ouvre, on repart avec le colis. Les gens comprennent, mais pas tous. Parfois, ils s’approchent de nous quand on est près des boîtes postales, ils veulent savoir s’ils ont reçu quelque chose... et il y en a qui se fâchent quand on leur demande de s’éloigner un peu. Les gens ont leurs habitudes, vous savez! Mais de façon générale ils respectent les mesures de distanciation. Aussi, on porte des gants et on a du Purell et des lingettes dans le camion.

Q Estimez-vous que votre emploi est important?

R Oui, c’est un service important. J’ai des personnes qui ne peuvent sortir de chez elles et c’est important qu’elles aient leurs colis. Ces temps-ci, on ne fait que les saluer et elles sont contentes. J’en connais qui ne voient que moi et leur infirmière durant toute la semaine. Pour me remercier, on m’offre parfois du sucre à la crème, ou des messages gentils dans la boîte aux lettres, ou encore un arc-en-ciel. Les enfants, eux, m’appellent la madame de lettres!