Georges Tadi est propriétaire d’un dépanneur de quartier à Gatineau.
Georges Tadi est propriétaire d’un dépanneur de quartier à Gatineau.

[AU FRONT] Georges Tadi, propriétaire de dépanneur: « Le quartier a besoin de nous »

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l'information indépendante amorcent aujourd'hui une série de portrait de ceux pour qui il n'y a ni isolement à la maison, ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

S’il y a une entreprise qui est près de ses clients, c’est bien le dépanneur de quartier. Commerce de proximité par excellence, on y vient pour un litre de lait, un pain, quelques litres d’essence ou, parfois, juste pour une jasette avec le proprio au gré d’une marche dans les rues du quartier. Georges Tadi est ce genre de commerçant. 

Physique imposant, mais toujours le beau « bonjour » quand on entre dans son dépanneur Bonisoir du boulevard La Gappe, à Gatineau, Georges embauche huit personnes et il en a long à dire sur cette crise de la COVID-19 qui frappe la planète.

Georges Tadi est propriétaire d’un dépanneur de quartier à Gatineau. Il embauche huit personnes et il en a long à dire sur cette crise de la COVID-19 qui frappe la planète.

Q Depuis les mesures de confinement et de quarantaine, qu’est-ce qui vous frappe le plus au quotidien ?

R Je trouve que les gens sont très disciplinés. Ils semblent respecter, pour la plupart, les consignes du gouvernement. Notre premier ministre fait bien les choses, vous savez. Il nous dit les vraies affaires. Mais parfois, je dois rappeler quelques personnes à l’ordre, comme de respecter une distance entre les autres clients et ne pas trop toucher inutilement aux produits sur les tablettes.

Q Est-ce que vous êtes inquiets, pour vous ou pour vos employés, face à l’augmentation du nombre de cas confirmés de la COVID-19 ?

Bien sûr que ça m’inquiète. Bien sûr que je veux que ma famille et mes employés restent en santé. Je prends donc toutes les mesures d’hygiène qui s’imposent dans mon dépanneur. Lundi, j’ai même fait installer un plexi pour isoler mes commis de la clientèle. Il y a aussi des distributeurs de désinfectant et j’ai un employé qui nettoie les surfaces publiques trois fois par jour. Je propose aux employés de porter des gants et je ne leur impose rien qu’ils ne veulent pas faire. S’il y a un employé qui est mal à l’aise face à la situation, je ne lui imposerai pas de rentrer au travail.

Un <em>plexiglass</em> a été installé au comptoir d'accueil du dépanneur de M. Tadi pour isoler ses commis de la clientèle.

Q À ce sujet, pensez-vous être obligé de fermer votre dépanneur à court terme ?

R Je ne crois pas. Notre chiffre d’affaires a baissé depuis le début de la crise. On le voit dans la vente d’essence qui est en baisse malgré la chute des prix. On a un peu moins de clients qu’à l’habitude, surtout parce que plus de gens travaillent à la maison. Alors, ils s’approvisionnent dans les supermarchés, ce qui occasionne moins de va-et-viens dans le dépanneur, donc une baisse de revenus.

Q Avez-vous le sentiment que votre dépanneur et vous même avez un rôle à jouer dans cette crise ?

R On est un commerce de proximité et le quartier a besoin de nous. Les gens ont besoin de savoir que des petits commerces comme le nôtre sont à leur service et qu’on peut leur offrir des produits de base. On est là pour eux, vraiment. Je ne dis pas ça pour avoir l’air d’un bon gars. Je le dis parce que je crois en ce que je fais, et à notre raison d’être, là pour tout le monde.

Q Vous croisez beaucoup de gens tous les jours. Croyez-vous que cette crise va changer notre façon d’interagir entre nous ?

R J’ai de plus en plus l’impression que les gens s’inquiètent pour les autres. On sent comme un élan de solidarité, mais en même temps, je sens un peu de méfiance. Je ne sais pas si vous me comprenez. Je n’ai jamais vécu ce genre de crise, alors je ne sais pas trop ce qui va en sortir. Mais je sais qu’il y a toujours du bien qui sort du mal. On verra…