François Girard, concierge dans une école primaire de Granby, a vu son travail quotidien modifié par la réalité de la COVID-19.
François Girard, concierge dans une école primaire de Granby, a vu son travail quotidien modifié par la réalité de la COVID-19.

[AU FRONT] Combattre l’invisible un coup de chiffon à la fois

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
Le déconfinement progressif ramène au boulot des travailleuses et travailleurs de plusieurs secteurs. Mais la COVID-19 a changé leur travail. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux dont le métier ne sera plus jamais vraiment pareil.

François Girard nettoie, frotte et désinfecte depuis plus de 30 ans dans les écoles primaires et secondaires de la région de Granby. La pandémie l’oblige à redoubler d’ardeur et à avoir des yeux tout le tour de la tête. Sa routine est plus que jamais collée à celle des différentes classes — et de leurs déplacements — du pavillon Saint-Luc de l’école de l’Étincelle, à Granby, où 57% de la clientèle scolaire, soit 210 élèves, est de retour depuis deux semaines.

Q: Est-ce que vous avez déjà vécu une situation similaire?

R: C’est la troisième fois que je vis une expérience du genre. Il y a eu le verglas, l’épisode de la grippe H1N1 et là, il y a la COVID-19. La H1N1 était un peu semblable à la COVID, mais en moins pire. On frottait quand même beaucoup et 100% des élèves étaient présents à l’école. Alors qu’on évite les contacts et qu’on maintient une distance actuellement, c’était complètement différent au verglas. On accueillait tout le monde parce que l’école était transformée en refuge. On n’avait pas le choix de se coller un peu. Le gymnase était plein! On n’avait pas peur des microbes.

Q: L’hygiène et la salubrité ont toujours été importantes dans les établissements scolaires. Elles sont désormais plus que jamais au coeur des priorités?

R: Le virus est invisible. Il faut être à l’affût et essayer de penser à toutes les surfaces auxquelles les jeunes touchent. Dans les toilettes, il y a des cabinets fermés pour respecter les normes de distanciation sociale. Ça en fait moins à laver, mais ceux qu’on fait, on les lave plus. Plusieurs fois par jour. Ce n’est pas un contexte d’école normal. Mais on s’est toujours ajustés dans les écoles. On vit selon les situations de la journée. Je pense que les élèves vont avoir appris une leçon en 2020: notre bien-être est fragile. Mais, en même temps, ils voient que les adultes sont en contrôle. Ça doit quand même les sécuriser.

Q: Comment la crise affecte-t-elle votre vie professionnelle?

R: La routine n’est plus la même. On suit maintenant l’horaire des groupes. Par exemple, s’ils ont été en récréation, on sait qu’on doit passer nettoyer aux toilettes. Et il y a plus qu’une récré, parce que les groupes y vont à tour de rôle. C’est un peu plus compliqué de suivre les horaires. Mais on n’a pas le choix. Si on veut avoir le temps de passer dans les classes, il faut les regarder aller. On passe pour vider les poubelles, nettoyer les poignées de porte et les interrupteurs. On nettoie aussi les rampes d’escalier plusieurs fois par jour. On ne veut pas que personne soit malade. On ne prend pas de chance. Mais c’est tellement bien organisé et il y a beaucoup de surveillance. Entre autres, les allées et venues aux toilettes sont supervisées. D’habitude les enfants touchent à tout quand ils attendent. Mais là, ils sont dociles et attendent leur tour sans toucher à rien. Ça nous aide.

Q: Est-ce que vous pourrez maintenir ce rythme sur une longue période?

R: J’ai de l’aide des concierges et d’autres membres du personnel des écoles secondaires. Je termine à 16h, mais quelqu’un vient prendre la relève de 16h à 18h pour laver les bureaux, les chaises, les planchers. Ce sont des choses qui se font bien après l’école. Avant, on ne lavait pas les bureaux sur une base quotidienne. Ce sont des tâches qui se sont rajoutées. Mais dans les faits, il y a aussi certaines choses qu’on ne fait plus. On n’a, par exemple, plus de tables de dîneurs à descendre dans le gymnase. Autre exemple: les abreuvoirs sont condamnés. Ça en fait moins à laver. Mais ce qu’on lave, on peut le laver mieux. C’est ce qui nous permet d’arriver à tout faire parce que s’il fallait désinfecter comme ça avec 100% des tâches comme avant, ça serait plus dur d’arriver.

J’étais un peu stressé au début. Je ne savais pas comment ça allait se passer. Mais tout le monde a mis la main à la pâte. La direction de l’école a travaillé très fort. Ça se passe bien. Il faut aussi dire que l’été arrive. C’est moins sale. Si ça recommence comme ça en septembre et que ça se poursuit durant l’hiver, ça va être une autre histoire. L’hiver, quand il a neigé, il faut pelleter et mopper les escaliers. Ça va gruger sur le temps de désinfection. Mais on va s’ajuster au fur et à mesure.