Louise Noël, directrice des écoles primaires Saint-Denis et Saint-Isidore de Chicoutimi, et Vanessa Savard, responsable du service de garde, doivent chaque jour gérer des situations inhabituelles.

Transport scolaire: prévoir l'imprévisible

Bien des questions ont été soulevées sur le transport scolaire, au cours des derniers jours, quand un enfant a été laissé à la mauvaise maison, à deux kilomètres de chez lui. Heureusement, la situation a été vite rattrapée et le petit a été conduit à ses parents. Notre chroniqueur, Roger Blackburn, a rencontré les responsables du transport des écoliers, à Saguenay, pour y découvrir un sport extrême où les obstacles se multiplient au gré des nouvelles réalités. Voici la conclusion de son dossier.
Il suffit qu'il en passe un seul dans les mailles du filet pour générer stress et inquiétude. Pourtant, tous les matins, plus de 7500 jeunes de 4 à 17 ans utilisent le transport scolaire, matin, midi et soir, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
«Tout ça commence à l'inscription de l'élève à l'école avec un nom et une adresse, des fois deux et des fois trois adresses; ça dépend du statut familial, des horaires des gardes partagées des enfants et des horaires de travail des parents. Il nous faut un maximum d'informations pour savoir qui prend l'autobus, qui rentre à pied chez lui et qui reste au service de garde», explique Annie Girard, régisseuse du transport à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay.
Malgré toutes les précautions pour bâtir des horaires et s'assurer que chaque enfant est à la bonne place, il arrive souvent des imprévus qui forcent les intervenants à agir rapidement. «Où est le petit Mathieu (nom fictif)? Il est sur ma liste et il doit être au service de garde en fin d'après-midi, sa mère est au travail. Oups! Mathieu a oublié et est parti en autobus pour se rendre à la maison. Une éducatrice du service de garde communique avec le service de transport qui communique avec le chauffeur d'autobus pour le prévenir que le petit Mathieu est monté à bord du bus, mais qu'il ne doit pas débarquer à la maison, car il n'y a personne. Une éducatrice utilise sa voiture personnelle et se rend à l'adresse du petit Mathieu pour le cueillir à la sortie de l'autobus pour le ramener au service de garde de l'école où son père viendra le chercher à 17 h», raconte Vanessa Savard, responsable du service de garde des écoles primaires Saint-Denis et Saint-Isidore de Chicoutimi.
«Ce genre de situation n'arrive pas tous les jours, mais tous les jours nous devons gérer des imprévus, des changements d'horaire et parfois des petits ''snoros'' qui nous glissent entre les pattes. Nous devons régler la mécanique le plus précisément possible, car chaque moment de la journée, le matin, l'heure du midi ou le soir, il s'agit toujours de la sécurité des enfants», fait valoir la directrice de l'école, Louise Noël, qui relate ce qui se passe dans toutes les écoles du Québec.
45 élèves en 30 minutes
Les circuits d'autobus sont faits en fonction de pouvoir cueillir 45 élèves en moins de 30 minutes. Le transport commence à 7 h 10 le matin pour que les autobus arrivent dans le stationnement de l'école à 7 h 45. Ils ne peuvent pas arriver avant, car il n'y a pas de garde de sécurité. «Si le chauffeur arrive cinq minutes d'avance à l'école, les enfants vont se désorganiser dans l'autobus», laisse entendre la directrice. Les horaires sont calculés au quart de tour.
«Le service de garde, c'est presque une école dans une école. Les éducatrices prennent en charge les jeunes et doivent exercer une rigueur de tous les instants avec les listes des présences, car toutes les journées ne se ressemblent pas. Il faut s'adapter à l'horaire des parents, de leur garde partagée s'il y a eu séparation dans le couple et conjuguer avec les autres adultes qui peuvent intervenir comme les grands-parents ou les beaux-parents», met en relief Louise Noël, qui oeuvre depuis 19 ans dans le domaine de l'éducation.
Besoins croissants
Les besoins sont de plus en plus grands d'année en année et, pour garder une certaine forme de contrôle, la direction de l'école a dû maintenir la ligne dure en exigeant des parents qu'ils avisent de tout changement à l'horaire dans un délai de 24 à 48 heures à l'avance. «Il faut être très stricts sinon on perd le contrôle. Parfois, des parents téléphonaient dans l'après-midi pour dire ''finalement mon enfant restera ce soir au service de garde, je devais être à la maison, mais je ne pourrai pas y être, son père ira le chercher après le travail'''. À moins d'une situation d'urgence, nous n'acceptons pas les changements de dernière minute. Les éducatrices en garderie ont un ratio d'un adulte pour 20 enfants et nous devons respecter les normes pour la sécurité des enfants», explique la directrice.
«Heureusement, tous les intervenants ont des téléphones cellulaires. Ça permet de régler bien des problèmes et de soulager des inquiétudes en cas de retard pour les transports ou en cas d'imprévus», fait remarquer la responsable du service de garde, qui doit composer avec 250 enfants inscrits et des calendriers de présence qui changent de jour en jour.
«Tous les forfaits sont offerts. Autobus le matin, dîner le midi, piéton le soir, service de garde deux jours seulement, bus une semaine sur deux, service de garde deux ou trois jours par semaine, tout est possible. On s'adapte pour répondre aux besoins des familles», défile Vanessa Savard, sourire aux lèvres.