Le géologue et professeur à l’UQAM, Michel Jébrak, participait au Forum minier régional à l’UQAC, mercredi.

Transition énergétique: un impact sur les métaux

La transition vers des technologies vertes aura un impact économique alors que la demande de certains métaux va aller en augmentant, ce qui ouvrira des possibilités pour plusieurs régions, dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean. De plus, la fermeture de certaines frontières commerciales pourrait forcer certains marchés à se tourner vers une production locale pour répondre à la demande.

Il s’agit de quelques-uns des constats émis par le géologue et professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Michel Jébrak.

Il était un des conférenciers dans le cadre du Forum minier régional qui se tenait mercredi à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), en présence notamment des promoteurs des projets Arianne Phosphate et BlackRock.

En prenant pour exemples les batteries d’auto et les panneaux solaires, l’expert a donné la panoplie des métaux qui sont de plus en plus recherchés. Notamment pour l’automobile, Michel Jébrak a indiqué que l’objectif des fabricants automobiles est de tendre vers des voitures électriques avec 1000 kilomètres d’autonomie, en développant des batteries plus efficaces. Et que comme cette industrie mène la marche pour le domaine minier, les impacts sur plusieurs produits seront très élevés. C’est le cas du cobalt, du lithium ou du nickel, entre autres.

Mais une autre difficulté vient du fait que tout projet d’exploration minière s’étale sur de longues périodes, des décennies même. Mais il est difficile de savoir aujourd’hui ce qui sera en demande dans le futur. « On a besoin de savoir ce qu’on aura de besoin dans 20 ans. (...) On peut se retrouver à faire des produits qui n’auront pas de marché », a-t-il exposé. Pour illustrer ce fait, il a donné l’exemple du lithium, qui initialement servait pour des traitements en santé mentale, alors qu’aujourd’hui ce métal se retrouve dans une grande panoplie de batteries.

Par la suite, il a souligné que les projections doivent tenir compte aussi d’analyses géopolitiques. Il a d’abord imagé comment la Chine se retrouve aujourd’hui à contrôler la transformation de plusieurs métaux. « Les marchés de niche, c’est premier arrivé, premier servi. Là aussi on voit très bien que les premiers gisements s’approprient le marché. C’est vrai pour le lithium, c’est vrai pour les terres rares. On l’a vu pour la première phase, il y a une saturation des marchés. Les Chinois ont fait ce qu’ils voulaient avec les prix. Ils ont voulu les faire monter, quand ç’a bien flambé, tout le monde s’est lancé dans les terres rares, là ils en ont mis sur le marché et les prix sont tombés et les nouvelles explorations se sont effondrées. Les Chinois ont racheté les gisements et ils s’assoient dessus », a raconté le professeur Jébrak.

En pleine mondialisation, il était cependant possible pour tous les pays de s’approvisionner en métaux de toutes sortes. Michel Jébrak voit cependant une nouvelle ère possible avec les politiques du président américain, Donald Trump. Les différends entre des pays pourraient amener des frontières à se fermer, comme on le voit actuellement entre le Canada et la Chine pour le canola.

« Il va falloir retourner sur nos propres ressources », a-t-il prédit, si jamais la situation mondiale évoluait en ce sens.

Finalement, il a mentionné que le Saguenay-Lac-Saint-Jean pourrait bien tirer son épingle du jeu, ayant déjà sa place pour l’aluminium et le niobium. « Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est la terre des produits de transition énergétique », avait-il annoncé plus tôt.