À 29 ans, Ludovic Dominique ne regrette rien de son processus de changement de sexe.

Transgenres à coeur ouvert

Ludovic Dominique, un résident de Mashteuiatsh de 29 ans, et Danielle Cinq-Mars, une Robervaloise de 53 ans, ont vécu des scénarios similaires et en même temps complètement inverses : le premier est passé de femme à homme et le second d’homme à femme. Ils ont répondu aux questions de jeunes cinéastes en herbe de l’école secondaire Kassinu Mamu de Mashteuiatsh qui travaillent à produire un film sur la transsexualité.

L’histoire de Ludovic Dominique, un Autochtone transgenre, n’a rien de banal. Il prend de la testostérone depuis six mois afin de devenir un homme, mais il a toujours su au fond de lui qu’il en était un. 

«Avant de prendre de la testostérone, j’étais agressif et mal dans ma peau. J’avais des tendances suicidaires. Je pleurais souvent. Depuis que je prends de la testostérone et que mon corps se masculinise, je me sens calme et moins stressé. Mon visage a changé et j’ai une petite poussée de poils», précise Ludovic.

Son nom et son genre ne sont toutefois pas encore changés sur ses documents officiels puisque cela entraîne des coûts. 

Celui qui portait d’abord le nom de Véronique raconte qu’enfant, il jouait avec des jeux de garçon et préférait les vêtements de garçon. 

Ses attributs féminins, les hanches et les seins notamment, se sont peu développés, ce qui fait que Ludovic sentait qu’il appartenait au genre masculin.

Le rôle de la religion

«Je suis enfant unique d’une famille chrétienne et c’est à cause de ça que mon processus de “trans identité” a bloqué. Ma mère est une personne très peu renseignée et elle m’a dit : “Véronique, Dieu t’a fait en fille, tu dois rester en fille. Tu peux t’habiller en garçon, mais tu n’es pas un garçon”», se souvient-il. C’était en 2010. 

La peur de déplaire

Pendant huit mois, il s’est mis à s’habiller de façon plus féminine afin de plaire à sa mère. «Je voyais que ce n’était pas moi, je n’étais pas bien là-dedans», exprime Ludovic. Il a par la suite recommencé à se vêtir comme un homme, mais a mis de côté son projet d’officialiser son changement de sexe. 

Après la mort de sa mère en 2014, il a enfin commencé à mettre la puce à l’oreille à ses proches. «Je me posais des questions à savoir si j’allais perdre mon emploi ou si les gens allaient se moquer de moi», se rappelle-t-il. 

Jusqu’à tout récemment, son père n’était toujours pas au courant. Il était l’une des seules personnes à ne pas se douter de la volonté de Ludovic à devenir un homme. 

«Les gens m’ont toujours vu habillé en garçon. Les gens étaient inconsciemment préparés. Je n’ai pas vécu de discrimination ni de violence verbale ou physique. Par contre, je ressens de la colère quand on m’appelle au féminin», avoue celui qui travaille comme cuisinier au restaurant de sa communauté.

Son employeur est au courant de sa transformation et l’appuie dans ses démarches. 

«Je me sens bien. Les gens m’acceptent et ne me jugent pas. Même les aînés sont au courant. Il y a une bonne ouverture d’esprit dans la communauté», estime Ludovic. 

En parlant de son expérience, il espère que d’autres jeunes dans sa situation s’acceptent et dévoilent leur vraie nature. 

De jeunes cinéastes de Mashteuiatsh abordent la transsexualité

D’abord timide de parler d’elle devant un petit groupe de jeunes, Danielle Cinq-Mars a rapidement brisé la glace jeudi après-midi à l’école secondaire Kassinu Mamu de Mashteuiatsh. Elle a expliqué sans scrupule les démarches qu’elle a entreprises il y a un an et demi pour devenir une femme de manière plus officielle. 

Les cinéastes en herbe ont voulu tout savoir d’elle, allant de son orientation sexuelle à sa relation avec ses proches. 

« Ce sont des enfants qui ont besoin d’être coachés et guidés et j’ai essayé de les orienter vers des choses vraies et authentiques. Ils se doivent de montrer quelque chose de réel », souligne Danielle Cinq-Mars.

T.R.A.N.S., le film

Leur court métrage, inspiré de C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée, utilise l’humour pour démystifier les tabous entourant les personnes transgenres. Le scénario est déjà écrit, mais les élèves doivent maintenant penser aux détails plus techniques, aux accessoires et au maquillage avant le tournage prévu dans deux semaines. 

« Ç’a été difficile au niveau du scénario. Au départ, le personnage principal se faisait trop brasser par sa famille. On a finalement décidé de tasser le thème de l’agression sexuelle à cause de tout ce qui se passait dans l’actualité », souligne le responsable du projet, Jean-François Corneau.

En rencontrant Danielle Cinq-Mars et Ludovic Dominique, un Autochtone transgenre, ils ont voulu rendre leur personnage principal le plus crédible possible. Joe doit-il changer sa voix ? Doit-il exagérer son maquillage ? Danielle Cinq-Mars croit qu’il doit être le plus naturel possible. 

Intéresser les jeunes à l’école

Le processus de création de ce film, qui implique la participation de 22 élèves, a commencé en septembre. Il est appuyé par des organismes de la communauté qui luttent contre le décrochage scolaire.

Le compte à rebours est commencé

Le montage du court métrage de trois minutes doit être complété d’ici la venue du mois d’avril. Il sera présenté sur grand écran à Montréal dans le cadre du gala Clip et jugé par un jury formé de professionnels du milieu. Une trentaine d’écoles à travers le Québec, dont cinq autochtones, participent à ce concours. L’école secondaire de Mashteuiatsh a gagné quelques prix au cours des années passées. 

La production du court métrage T.R.A.N.S. implique 22 élèves de l’école secondaire Kassinu Mamu de Mashteuitash. Elle est supervisée par Jean-François Corneau.

Danielle peine à dénicher un boulot

Depuis qu’elle est devenue une femme, il y a environ un an et demi, Danielle Cinq-Mars a du mal à se trouver un emploi à Roberval. «Je ne sais pas à quel point c’est parce que je suis transgenre, mais ce n’est pas facile», confie-t-elle. 

Son répertoire est pourtant très étendu, elle espère travailler dans le domaine du service à la clientèle ou encore de l’administration. 

«Un poste d’adjointe administrative pourrait être intéressant. J’ai des connaissances en informatique aussi. Je pourrais faire de la reprographie par exemple», avance Mme Cinq-Mars. 

La soudure, c’est fini

Cette dernière a fait de la soudure pendant plusieurs années lorsqu’elle était encore un homme, mais n’a pas l’intention de renouer avec la profession. 

Chaque semaine, elle envoie des curriculums vitae et lettres de présentation, mais obtient très peu de réponses. 

«Est-ce qu’il y a de la discrimination cachée? En général, les gens sont bien gentils avec moi, mais peut-être ont-ils la philosophie du “pas dans ma cour”», se questionne-t-elle. 

La Robervaloise voudrait postuler à Saguenay ou à Québec, mais n’a pas les moyens financiers pour s’y rendre afin de passer les entrevues.

Depuis quatre ans, elle accueille les bateaux au port de Roberval durant la belle saison. Elle n’a cependant pas accumulé assez d’heures cet été pour décrocher des prestations d’assurance-emploi.

Danielle Cinq-Mars est une personne transgenre qui habite à Roberval.