Transformation du bois : Une amélioration à la fois

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
L’automatisation a joué un grand rôle dans la réduction du nombre de blessures, mais l’industrie a été très proactive pour rendre les milieux de travail plus sécuritaire, en imposant notamment le port d’équipements de protection personnel (ÉPI) et en adoptant de meilleures pratiques.

Au fil du temps, le port du casque, les lunettes et les gants anticoupures sont devenus obligatoires. Puis les bottes à cap de 8 pouces plutôt que de simples souliers à bout d’acier. De gros investissements ont été faits pour faire l’acquisition de nouveaux habits de protection chimique et pour les hautes températures, soutient Paul Falardeau, le directeur de l’usine d’Alma de Produits forestiers Résolu. « On en fournit à tous nos employés qui travaillent avec des ingrédients chimiques, du liquide chaud ou de la vapeur, dit-il, ce qui a permis de sauver bien des blessures importantes. »

Désormais, les normes de travail en hauteur s’appliquent dès qu’un travail est fait à 4 pieds du sol chez Résolu, alors que la norme québécoise est de 10 pieds. Tous les escabeaux ont été changés l’an dernier, pour ajouter une plateforme de travail au lieu d’un simple barreau. « Ç’a coûté plus de 50 000 $ par usine, mais la direction n’a jamais hésité pour faire cet investissement », soutient Paul Falardeau, en ajoutant que ce sont les employés qui ont proposé cet achat.

Pour limiter les risques de propagation de la COVID-19, PFR n’a pas lésiné sur les investissements en plexiglas ou sur les équipements de protection, ajoute le directeur d’usine. L’entreprise a aussi fait l’acquisition d’un outil de reconnaissance faciale qui prend la température des employés avant leur entrée au travail.

Le directeur de l’usine compte sur des leaders de la sécurité au sein de son équipe pour que tout le monde embarque. « On fait tous ces changements avec l’aide des travailleurs », dit-il, en ajoutant qu’un bon coup réalisé dans une usine est rapidement mis en place dans toutes les usines de PFR.

Mickael Munger, un papetier, est un des « gladiateur et influenceur positif » de la sécurité dans l’usine, ajoute-t-il. Ce dernier s’être écrasé une main en 2015, lors d’un accident impliquant un cadenassage incomplet. « Avant on mettait cinq ou six cadenas, alors qu’on en met maintenant une trentaine pour neutraliser toutes les énergies, comme la pression à l’eau ou à l’air », souligne le vice-président syndical des opérations, qui a perdu de la motricité fine après l’accident.

« Quand un employé rentre travailler, il doit savoir qu’il va rentrer chez eux sans se blesser », remarque ce dernier, en ajoutant que l’implication de tous les travailleurs est essentielle. Avec le temps, la sécurité devient même une philosophie et un mode de vie, dit-il.

L’industrie embarque

Résolu a joué un rôle de leader, mais toute l’industrie participe à trouver des améliorations pour rendre les milieux de travail plus sécuritaires, estime Pascal Rousseau, directeur de la prévention chez Prévibois, « Chez Prévibois, c’est notre mandat de partager les meilleures pratiques et tout le monde participe », dit-il, en ajoutant que deux rencontres sont prévues chaque année à cet effet. « Ça permet aux petits joueurs de se structurer », ajoute l’expert.

Et le travail va bien au-delà des équipements. Alors que l’on offrait jadis une microformation avant d’installer un nouveau travailleur à un poste de travail, on prend maintenant près d’une semaine pour l’accompagner dans ses tâches en lui montrant les sources de risques. Un outil de travail a aussi été créé pour s’assurer d’accueillir sécuritairement les travailleurs. « Ce sont les nouveaux employés qui sont le plus à risque d’accident et il faut bien les former pour ne pas que ça arrive », remarque Pascal Rousseau.

Prévibois a aussi développé un carnet d’analyse sécuritaire des tâches, qui avec une vingtaine de questions permet d’impliquer les travailleurs dans l’évaluation des risques. « Ça prend cinq minutes pour évaluer une tâche et on en a déjà vendu plus de 4000 à des entreprises comme Temrex ou GDS, qui ont implanté ce mécanisme de prévention là », ajoute ce dernier.

Les chauffeurs de chariot élévateur et autre équipement roulant doivent désormais suivre une formation d’une semaine. Le cadenassage des machines est obligatoire lors des interventions. Les usines font de l’entretien préventif des machines. Des salles de travail insonorisées ont été installées pour les opérateurs. Toute des mesures qui ont rendu l’environnement de travail plus sécuritaire. « La main-d’œuvre qualifiée est rare et les employeurs doivent faire attention à leurs employés, remarque Pascal Rousseau. C’est au cœur de leurs préoccupations ».

Ne pas attendre qu’un incident survienne

Il arrive parfois que l’on passe à un cheveu d’un accident, qui aurait pu être grave, mais que l’on continue notre vie sans apporter de changement. Dans une usine, ce type d’incident doit être déclaré afin d’éviter qu’un accident grave survienne. « Si la conséquence est grave, une enquête est déclenchée et des mesures sont mises en place », explique Pascal Rousseau, en ajoutant que les déclarations des « passés-proche » n’étaient pas faites il y a 20 ans.

De plus, au lieu de miser simplement sur un coordonnateur à la santé et sécurité, les directions d’usines sont désormais imputables, avec des primes à la solde lorsque les objectifs sont atteints. Le secteur forestier est par ailleurs une des seules industries au Canada à s’imposer des objectifs de taux OSHA (Occupational Safety and Health Administration), qui est plus détaillé pour la connaissance du taux fréquence et taux de gravité des accidents.

Même si les usines sont désormais plus sécuritaires, il reste encore beaucoup de travail à faire, parce qu’un accident, c’est un accident de trop. Il n’y a aucune raison pour accepter des accidents mortels comme il y a eu à la scierie Masky, en novembre dernier, conclut Pascal Rousseau.