Olivier Soulard, directeur du bureau de représentation mexicain de Crédit industriel et commercial, a dressé le portrait de l’industrie mexicaine de la transformation de l’aluminium destinée au marché de l’automobile.

Transformation de l'aluminium: le Mexique, un marché que doit exploiter la région

Le Mexique connaît présentement une ébullition des investissements dans le secteur de la fonderie et la transformation de pièces d’aluminium destinées au marché de l’automobile en raison de l’implantation de grands constructeurs mondiaux dans ce pays. Les équipementiers du Saguenay–Lac-Saint-Jean auraient intérêt à s’intéresser à ce marché afin de devenir des fournisseurs pour ces usines et fonderies en développement.

Mercredi, l’organisme Serdex International a convié les équipementiers de la région à la conférence donnée par Olivier Soulard, directeur du bureau de représentation mexicain de Crédit industriel et commercial, une coopérative financière française qui est partenaire du Mouvement Desjardins pour offrir des services de prospection et d’identification du savoir. Sa mission est d’aider les entreprises à développer des affaires à l’étranger.

Lors de la présentation faite devant 22 équipementiers et membres d’organismes liés au secteur de l’aluminium, M. Soulard a dressé le portrait de l’industrie de la transformation de l’aluminium au Mexique, un secteur en forte croissance. La production des secteurs primaire et secondaire de l’aluminium s’établit à 1,5 MT avec une croissance de 13-14 % par an entre 2011 et 2017. Le Mexique ne produit pas d’aluminium de première fusion, selon M. Soulard.

Les facteurs expliquant cette croissance sont les bas coûts de main-d’œuvre dans ce secteur qui sont cinq fois plus faibles qu’aux États-Unis et le fait que le Mexique est très ouvert au niveau mondial en ayant signé des accords de libre-échange avec une vingtaine de pays, dont certains asiatiques.

La première version de l’ALÉNA signée en 1994 a permis au Mexique d’émerger avec ses « maquiladoras » (zones de traitement pour l’exportation) utilisant une main-d’œuvre à bas coût.

Il en résulte qu’après 20 ans, le Mexique est en croissance tout comme sa chaîne de valeur avec la présence de nombreux constructeurs automobiles ayant choisi de s’installer dans ce pays, ce qui a d’ailleurs provoqué la renégociation de l’ALÉNA, devenu l’ACÉUM. « À titre d’exemple, ce qui énerve le président Donald Trump, c’est qu’un constructeur comme BMW a ouvert en juin 2019 une usine d’assemblage automobile au Mexique, alors qu’il en existe une à Atlanta », affirme M. Soulard.

Le constructeur allemand n’est pas le seul à s’intéresser au Mexique pour implanter ses usines d’assemblage. KIA a investi 1,3 G$ dans une nouvelle usine. Audi a fait de même. Au total, une dizaine de nouvelles usines d’assemblage ont été implantées en cinq ans en terre mexicaine. Le Mexique est présentement le 6e producteur mondial de véhicules et le 4e exportateur en 2018 avec 4 millions d’automobiles fabriquées. Il occupe le 5e rang pour la production de pièces détachées.

Cette croissance de la construction automobile a eu lieu en dépit du fait que le secteur de la fonderie mexicaine est constitué de petites et de très grandes entreprises technologiquement dépassées, mais qui connaissent toutefois un rattrapage. C’est ainsi que 26 nouvelles fonderies à propriétés étrangères sont entrées en production afin de répondre à la demande des constructeurs, réduire les délais de production et hausser la production avec des alliages techniques. L’usinage, l’emboutissage et la forge d’alliages spéciaux sont les processus concernés.

Le Mexique exporte de l’aluminium issu du recyclage provenant des États-Unis, qui est ensuite refondu en lingots.

Des entreprises comme Arzyz, Almexa (associée avec l’italienne Laminati Gallarte) et Fracsa, ne sont que quelques exemples ayant investi des dizaines de millions $ dans la transformation de l’aluminium au Mexique.

Grand vide

Malgré tout, la chaîne de fournitures comporte encore un grand vide puisque le secteur de la fonderie mexicaine cumule 9 G$ en production locale, comparativement à 10 G$ en importation. La production de moteurs, têtes de moteur et systèmes de refroidissement représente le gros des importations mexicaines.

Avec la signature de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), la chaîne de valeur mexicaine devra continuer de s’intensifier, selon M. Soulard, afin que le Mexique puisse apposer l’estampe 75 % aluminium nord-américain sur ses pièces, de sorte que les fournisseurs continueront d’affluer vers ce pays.

L’industrie aéronautique est appelée également à connaître le même phénomène, le Mexique étant déjà le 14e fournisseur mondial de composantes aéronautiques et le 6e fournisseur des États-Unis.

C’est dans ce contexte d’investissements massifs de constructeurs de partout dans le monde que les équipementiers de la région peuvent tenter des percées au Mexique auprès des grands donneurs d’ouvrage en tant que fournisseurs de rangs 1 et 2.

Présent lors de la conférence, Christian Fillion, directeur de la Société de la Vallée de l’aluminium (SVA), a mentionné qu’il est important de regarder l’ensemble des besoins du Mexique, versus l’offre que les entreprises canadiennes peuvent fournir.

Dans ce contexte en évolution, M. Fillion affirme que le Québec est condamné à transformer de l’aluminium à très haute valeur ajoutée comme le font des entreprises telles Naturalu ou Fjordal.