La municipalité de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean devrait cesser de rejeter les eaux usées domestiques dans la rivière Métabetchouane grâce à un projet de 3,2 millions de dollars.
La municipalité de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean devrait cesser de rejeter les eaux usées domestiques dans la rivière Métabetchouane grâce à un projet de 3,2 millions de dollars.

Traitement des eaux usées: cinq municipalités du Haut-du-Lac non conformes

Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Plusieurs municipalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean déversent encore leurs eaux usées sans traitement dans des ruisseaux ou des rivières. Huit localités du Lac-Saint-Jean ne possèdent toujours pas d’installations de traitement conformes à la réglementation sur les ouvrages d’assainissement des eaux usées, et ce, à moins de 10 mois de la date limite fixée par le gouvernement provincial. Cinq de ces municipalités se retrouvent dans les MRC de Maria-Chapdelaine et du Domaine-du-Roy, soit Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Edmond-les-Plaines, Saint-Eugène-d’Argentenay et Sainte-Élisabeth-de-Proulx, selon le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). Néanmoins, des démarches pour se conformer sont enclenchées dans toutes ces municipalités.

Les municipalités qui doivent conformer leurs installations en eaux usées font, de manière générale, face à de gros défis. Malgré un potentiel de subventions de plus de 85 %, la mise aux normes des infrastructures de traitement des eaux usées représente des sommes considérables pour les petites localités de quelques centaines d’habitants. Des municipalités n’ayant que quelques dizaines de résidences rattachées au système d’égout municipal font face à des projets dépassant facilement le cap du million de dollars.

C’est le cas de la municipalité de Notre-Dame-de-Lorette. Le projet de système de traitement des eaux usées s’élève à 1,4 million de dollars alors que seulement 25 maisons sont branchées au réseau d’égout municipal. L’investissement s’élève ainsi à environ 56 000 $ par résidence.

« Le faire, c’est pas si pire, c’est l’entretien qui sera nécessaire par la suite qui est coûteux. L’entretien annuel sera entre 30 000 et 35 000 $. C’est là que ça commence à coûter cher », fait valoir le maire de Notre-Dame-de-Lorette, Daniel Tremblay.

La mise aux normes des installations de Notre-Dame-de-Lorette pourrait passer par l’une des trois solutions proposées. Le maire mentionne que le projet est, pour le moment, sur la glace, et devrait être finalisé au cours des prochains mois. Il ne s’agira pas de l’unique chantier de la municipalité qui devra également remplacer une partie des tuyaux d’égout qui présentent plusieurs portions perméables.

« On sait quand ça commence, mais pas quand ça finit, ni comment ça coûtera : 1,5 million de dollars, ce n’est que le début, on s’attend à plus cher », expose Daniel Tremblay.

La possibilité de procéder à la mise en place d’installations septiques classiques avec fosse et champ d’épandage souterrain pour chacune des résidences raccordées au système municipal a même été considérée. La solution qui aurait été beaucoup moins coûteuse a rapidement été écartée, faute d’espace des terrains résidentiels et en raison des morceaux de cran qui se retrouvent dans le village.

Saint-Edmond-des-Plaines

La municipalité de Saint-Edmond-des-Plaines, dont les eaux usées sont déversées dans le ruisseau Paradis, planche elle aussi sur un projet similaire qui s’élève à 2,5 millions de dollars.

Le premier projet soumis n’a pas été approuvé en raison de la petite taille du terrain envisagé pour le projet. Ce refus a, sans grande surprise, causé certains retards.

La municipalité de 375 âmes devra, ce printemps, réaliser un inventaire archéologique en plus de soumettre une autre demande à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) avec, cette fois, une zone plus grande.

L’achat d’un terrain plus grand appartenant à un particulier devra ensuite être réalisé afin de permettre la réalisation du projet grâce auquel on pourra conformer le réseau municipal de 90 résidences.

« Chaque fois que nous terminons une étape, il y a de nouvelles normes et mesures qui s’ajoutent », mentionne la directrice générale de Saint-Edmond-les-Plaines, Pascale Deschesnes.

En plus du projet de traitement des eaux usées, la municipalité vient de compléter les travaux pour la mise en place d’un deuxième puits pour l’eau potable. Ces travaux majeurs occupent grandement le conseil municipal ainsi que la direction générale. « Il n’y a pas d’autres développements. L’ensemble des subventions va passer sur les projets d’eau potable et d’eau usées », ajoute Mme Deschesnes.

La mise aux normes des installations en eaux usées à Saint-Eugène-d’Argentenay est encore au stade de la réalisation de l’étude préliminaire. Le projet, dont le procédé de traitement des eaux usées pour le circuit de 111 résidences, n’a pas encore été déterminé. Il pourrait se solder par une facture allant de 2 à 3 millions de dollars.

Le site qui accueillera l’usine de traitement n’est pas encore décidé. La directrice générale de la municipalité, Karine Ouellet, explique que le terrain convoité est zoné agricole, ce qui obligera une demande à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).

La municipalité de 530 habitants, qui déverse ses eaux usées dans la rivière aux Rats, fait de ce projet sa priorité.

Le Quotidien présentait le 14 février dernier le projet de 3,2 millions de dollars de la municipalité de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean. La localité de 480 habitants devrait ainsi cesser de rejeter les eaux usées domestiques dans la rivière Métabetchouane.

MISE AUX NORMES: DES DÉLAIS JUSQU'EN 2040

Le rejet d’eaux usées des stations d’assainissement municipales est encadré, depuis 2014, par le Règlement sur les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées (ROMAEU), lequel chapeaute un total de 932 ouvrages de traitement. 

Au moment de l’adoption de ce règlement, certaines stations de traitement ne disposaient pas d’équipements capables de traiter les eaux usées selon les normes de rejets rattachées au règlement. Des délais ont ainsi été prévus par le gouvernement pour permettre à ces municipalités de se conformer aux normes. Le calendrier de mise aux normes a ainsi été établi selon le niveau de risque environnemental, soit élevé, moyen et faible.

Un total de 83 municipalités doivent mettre en place une station d’épuration d’ici le 31 décembre 2020. Comme l’indique le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), ces localités disposent d’un réseau d’égout, mais ne possèdent pas de station d’épuration fonctionnelle.

Selon les données fournies, à ce jour, 14 municipalités sont visées par le délai du 31 décembre 2030 et 48 autres par le délai du 31 décembre 2040.

Aide financière

Le Programme d’infrastructures municipales d’eau (PRIMEAU) bénéficie d’une enveloppe d’aide financière de 670 millions de dollars du gouvernement provincial. Le programme se divise en deux volets, soit les infrastructures d’eau et le renouvellement de conduites d’eau.

« L’aide financière disponible au volet 1 du programme PRIMEAU vise à soutenir les municipalités dans la réalisation des études et des plans et devis ainsi que dans la réalisation de travaux de construction, de réfection ou d’agrandissement d’infrastructures d’eau potable et d’eaux usées, notamment dans le cadre de la mise aux normes des infrastructures », lit-on.

Selon le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), une aide financière est prévue pour la réalisation d’études préliminaires, la conception des ouvrages et la confection des plans et devis définitifs ainsi que pour l’appel d’offres de construction et la réalisation des travaux.

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UNE SITUATION DIFFÉRENTE À SAINTE-ÉLISABETH-DE-PROULX

La situation diffère dans la collectivité de Sainte-Élisabeth-de-Proulx. Contrairement aux sept autres municipalités du Lac-Saint-Jean, le secteur dirigé par la MRC de Maria-Chapdelaine ne déverse plus d’eaux usées dans les cours d’eau avoisinants. 

Malgré la présence d’un système de traitement des eaux usées, la collectivité de 250 personnes s’est retrouvée sous la loupe du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), il y a quelques années. Le mauvais fonctionnement de pompes associées au système a occasionné le déversement d’eaux usées provenant des 34 habitations, pendant quelques semaines, dans un cours d’eau. 

La majorité des conduites d’eau ont été refaites, dans une proportion de 91 %. Également, le système de pompes a été remplacé, il y a une dizaine d’années.

Sans obligation de travaux de conformité à réaliser, la MRC de Maria-Chapdelaine surveille tout de même de près l’état du champ d’épuration de Sainte-Élisabeth-de-Proulx, qui commence à se faire désuet. Installé il y a une quarantaine d’années, l’équipement a atteint sa durée de vie utile. 

Trop d’eaux rejetées

La MRC de Maria-Chapdelaine est également concernée par les eaux rejetées dans la collectivité. 

L’eau provenant de gouttières, de drains français et de pompes submersibles placées au sous-sol de résidences se retrouve dans les eaux usées. Ainsi, la municipalité se retrouve à traiter plus d’eau que prévu. 

« On cherche comment diminuer cette quantité d’eau. Il faut qu’il y ait une corrélation entre l’eau potable et les eaux usées qui ressort des résidences », souligne le coordonnateur des services à la MRC, Johnatan Doucet.

Des rencontres ont eu lieu entre les résidants de la collectivité et la MRC. Celle-ci n’exclut pas la possibilité d’obliger la déconnexion de certains équipements ajoutés par les résidants, et même de se doter de règlements en ce sens.