Pascal Thibeault pose ici avec des enfants de l'orphelinat camerounais pour lequel il donne du temps, depuis 2006. En novembre, il quittera définitivement le Canada pour s'établir au Cameroun et consacrer le restant de ses jours aux orphelins camerounais.

Tout quitter pour les orphelins camerounais

Un travailleur humanitaire de la région a décidé de tout laisser derrière lui pour s'installer définitivement au Cameroun et participer à la construction d'un orphelinat. Le Chicoutimien Pascal Thibeault y réfléchissait depuis plusieurs années, mais c'est le décès d'une petite camerounaise qu'il avait adoptée qui l'a convaincu de consacrer le restant de ses jours à cette cause qui lui tient tant à coeur.
Marie-Douce, cinq ans, est décédée des suites du paludisme. Pascal Thibeault l'avait adoptée et attendait sa venue au Canada avec impatience.
Pascal Thibeault agit comme travailleur humanitaire depuis 2006 au Cameroun, auprès de l'orphelinat de la Communauté Notre-Dame-du-Mont-Carmel de Nkolfoulou, à Yaoundé, géré par des missionnaires mariavites. Il y passe depuis, chaque année, quelques mois à raison d'un ou plusieurs séjours.
Parmi les centaines d'orphelins qu'il a côtoyés, il avait eu un coup de coeur pour une petite, Marie-Douce, entrée à l'âge d'un an et demi à l'orphelinat qui accueille quelque 350 enfants.
En septembre 2015, l'adoption était complétée, et elle portait dorénavant son nom de famille. Il n'attendait plus que sa venue au Canada, qu'il espérait dans l'année suivante. Pascal devait cependant attendre que la santé de la petite se rétablisse.
L'histoire s'est ensuite compliquée : les formalités administratives qui semblaient auparavant simples se sont complexifiées au Cameroun et l'état de santé de Marie-Douce vacillait au rythme de ses crises de paludisme.
Un choc
Après des années d'attente, Pascal a reçu une terrible nouvelle, le 23 juillet : Marie-Douce est décédée des suites du paludisme. Hospitalisée depuis le 9 juillet, la maladie avait atteint ses intestins. La petite avait cinq ans.
Celui qui est aussi le fondateur et président de l'organisme Groupe d'entraide les Yeux du coeur Canada, qui soutien financièrement l'orphelinat camerounais, a dû réunir d'urgence son conseil d'administration pour envoyer des fonds pour l'achat d'un cercueil et d'une pierre tombale.
« On envoie des fonds pour la nourriture, les soins de santé, les fournitures scolaires... Mais quand on se fait appeler pour se faire demander un cercueil pour un enfant, c'est dur », a-t-il exprimé, lors d'un entretien téléphonique avec Le Quotidien.
Le 15 août, une autre enfant est morte, aussi victime du paludisme. Un autre cercueil a dû être acheté. « Ça a été un été dur pour nous. La malaria est l'une des principales causes de décès des enfants. »
La mort de Marie-Douce l'a incité à prendre cette décision à laquelle il pensait depuis un moment : s'établir définitivement au Cameroun. Et c'est ce qu'il fera, le 2 novembre, alors qu'il prendra l'avion avec un billet pour un aller simple en poche.
« Ça a été comme un électrochoc. Je me suis dit qu'elle n'était plus là, qu'elle était décédée, mais que moi, je suis toujours là et qu'il faut que je continue ma mission. Si on parvient à aider ces enfants-là, et à leur donner une chance, rien qu'un peu, ce sera déjà ça. »
Un deuxième orphelinat
Il se prépare progressivement à quitter le pays. Il vide sa maison en donnant ses biens à différents organismes. L'attachement matériel ne signifie rien à ses yeux. La seule chose qui l'importe, à court terme, est la construction d'un deuxième orphelinat.
Le projet, soutenu par son organisme, par le gouvernement camerounais et par la communauté locale, permettra d'accueillir 200 enfants supplémentaires. Pascal participera à la construction de l'orphelinat qui devrait débuter peu après son arrivée, en novembre.
« La capacité d'accueil de l'orphelinat actuel est au maximum, ils sont quatre par chambre, et les pères doivent refuser de nouveaux enfants. » Le projet estimé à 60 000 $ canadiens devrait prendre 10 mois de travail. La construction de trois étages aura 100 chambres et une aire de jeux.
« Ce sera quelque chose de simple, a exposé celui qui a obtenu récemment son visa permanent pour le Cameroun. Mais, l'important, c'est que les enfants aient un endroit pour être logés et nourris. »
Fondation Groupe d'entraide les Yeux du coeur
La fondation Groupe d'entraide les Yeux du coeur Canada, qui vient en aide aux orphelins camerounais, continuera ses activités malgré le départ de son président Pascal Thibeault.
Le vice-président de l'organisme, le travailleur Yannick Nepton, prendra prochainement la présidence du groupe, fondé en 2011. L'habituelle vente de calendriers, au coût de 10 $, aura lieu comme chaque automne. Elle sera lancée aujourd'hui, 2 octobre.
 « La campagne des calendriers sert à acheter des cadeaux de Noël pour les orphelins, mais on se questionne, car on voit que les soins de santé sont de plus en plus importants », a exposé le président de la fondation, Pascal Thibeault.
Le spectacle-bénéfice annuel de la fondation, qui a lieu chaque printemps, est aussi à l'horaire. Le contrat a d'ailleurs déjà été signé pour juin 2018.
Le Groupe d'entraide Yeux du coeur Canada compte aussi diversifier ses sources de financement en mettant de nouveaux projets de l'avant au courant de la prochaine année. Les personnes souhaitant acheter un calendrier ou faire un don à la fondation peuvent appeler au (418) 820-9273 (jusqu'au 31 octobre) ou au (418) 540-9209.