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Tordeuse des bourgeons de l'épinette: une épidémie différente
Tordeuse des bourgeons de l'épinette: une épidémie différente
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Le vice-président aux opérations forestières pour le Québec chez Résolu, Pierre Cormier, s’entretient avec l’entrepreneur forestier Dany Gaudreault au chantier de l’Aigle. Pour l’ingénieur, une meilleure planification permettrait de récolter beaucoup plus de bois de tordeuse et ainsi diminuer son impact sur la possibilité forestière et l’économie des régions.
Le vice-président aux opérations forestières pour le Québec chez Résolu, Pierre Cormier, s’entretient avec l’entrepreneur forestier Dany Gaudreault au chantier de l’Aigle. Pour l’ingénieur, une meilleure planification permettrait de récolter beaucoup plus de bois de tordeuse et ainsi diminuer son impact sur la possibilité forestière et l’économie des régions.

Un enjeu majeur pour Résolu: Pierre Cormier privilégie la récolte de précaution

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Produits forestiers Résolu pourrait récolter le tiers de ses approvisionnements forestiers au Saguenay-Lac-Saint-Jean dans des peuplements de sapins déjà infestés par la tordeuse ou à risque de l’être et ainsi mettre en place une mesure de précaution importante dans l’objectif de préserver la possibilité forestière à long terme.

Le vice-président aux approvisionnements forestiers pour le Québec chez Résolu, l’ingénieur forestier Pierre Cormier, a une vision globale de la situation de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Il a vu la situation se détériorer à la vitesse de l’éclair, sur la Côte-Nord, et constate que le même scénario risque de se répéter au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Si on nous donne la possibilité d’établir notre planification forestière sur une longue période (5 ou 10 ans avec un mécanisme sévère de reddition de compte), on est en mesure d’équilibrer nos approvisionnements et de réaliser les opérations en fonction du développement de l’épidémie », tranche l’ingénieur forestier. Ce dernier rejoint l’idée du chercheur de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Hubert Morin, spécialiste de la tordeuse, qui croit que l’aménagement (récolte) constitue l’un des meilleurs moyens de faire face à ce phénomène naturel.

Résolu a proposé au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) de réaliser une intervention dans le secteur de l’Aigle, à 10 kilomètres au nord de Saint-Ludger-de-Milot, avant la fin de la saison de récolte, qui est le 1er avril. Le projet illustre bien cette idée d’intervention préventive. Les équipes de Résolu ont récolté 40 000 mètres cubes de bois dans une forêt de sapins où la tordeuse avait défolié une bonne partie des arbres.

Les empilements de bois en bordure de la route, ainsi que les témoignages des opérateurs, confirment que les tiges sont de très grande qualité. Ce qui signifie que la valeur économique de la récolte sera intéressante autant pour ceux qui récoltent le bois que pour l’entreprise qui le transforme et le met en marché.

Selon les chiffres cités par Pierre Cormier, Résolu a récolté cette année plus ou moins 465 000 mètres cubes de bois de tordeuse en plus de 160 000 mètres cubes provenant du feu de forêt. La papetière a des garanties d’approvisionnement totalisant 2,4 millions de mètres cubes et achète un autre million aux enchères et d’autres sources d’approvisionnement.

Des photos aériennes confirment que la tordeuse attaque en ce moment une forêt dans le secteur de la Perdrix blanche, au nord du lac Saint-Jean, où le MFFP avait déjà financé des travaux de récolte pour permettre une croissance plus rapide des peuplements. Ces investissements se traduisent par des pertes nettes pour l’État.

« Sur la Côte-Nord, nous avons réalisé une évaluation scientifique avec la Scierie Outardes [à Baie-Comeau] pour bien connaître la limite de la récolte du bois de tordeuse. Si on nous donne du temps pour planifier, on serait en mesure au Saguenay-Lac-Saint-Jean de nous rendre à 1 million de mètres cubes en sapin qui est légèrement affecté avant qu’il ne soit trop tard ou que le bois soit d’une très mauvaise qualité », reprend le vice-président de Résolu.

Comme le mentionnait Hubert Morin, il est possible de prévoir la trajectoire d’une épidémie. Les forestiers peuvent également identifier les zones et ainsi déterminer les récoltes à réaliser à l’intérieur de la possibilité forestière.

Selon Pierre Cormier, une entreprise forestière peut très bien réaliser des opérations de récolte avec des approvisionnements de 30 à 35 % en sapin et la balance en épinette noire.

barrière

La Loi sur l’aménagement durable des forêts constitue une véritable barrière à une foresterie préventive qui permettrait de transformer une ressource vouée à la perte en apport au PIB du Québec. Avec un prix moyen du panier des produits de 800 $ US, une bille de sapin de 16 pieds d’un diamètre normal récolté dans les derniers jours dans le secteur de l’Aigle, à Saint-Ludger-de-Milot, aura un apport de 50 $ dans le PIB du Québec. Comme il y a souvent deux billots de 16 pieds dans un arbre, c’est 100 $ d’apport au PIB pour l’arbre au complet, sans compter les revenus provenant des copeaux. Or, cet apport sera de 0 $, dans 24 mois, quand la tordeuse aura complètement défolié et asséché le même arbre.

Les entreprises n’ont pas encore évalué les volumes de bois perdus dans les unités d’aménagement de la région. Cependant, Pierre Cormier confirme que des visites sur le terrain ont permis de constater que la tordeuse avait déjà détruit certains secteurs qui ont fait l’objet de travaux sylvicoles par le passé et qui ne sont plus récupérables en raison de la défoliation des tiges.

Québec trouverait son compte en apportant les modifications nécessaires pour établir une planification sur 5 ou 10 ans. En ce moment, le gouvernement accorde des réductions sur le prix des droits de coupe en fonction de l’état d’avancement de la défoliation des arbres. La récolte préventive permettrait à l’État de toucher la pleine valeur pour chaque arbre récolté et transformé.

La récolte des tiges avant une trop grande défoliation de l’arbre par la tordeuse facilite les opérations et assure une meilleure conservation de la valeur du bois sur toute la chaîne de production.

Les entrepreneurs rencontrés lors de la visite du chantier considéraient que le bois était de belle qualité. Certains d’entre eux ont travaillé dans des zones beaucoup plus dévastées par la tordeuse, au cours des dernières années. La récolte du bois de tordeuse est en général moins rentable pour les entrepreneurs, surtout lorsque les tiges éclatent dans les rouleaux des têtes d’abatteuse.

Résolu a évidemment des ententes avec les entrepreneurs forestiers dans le cadre de ces opérations de récupération de bois de contrainte.