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Tordeuse des bourgeons de l'épinette: une épidémie différente
Tordeuse des bourgeons de l'épinette: une épidémie différente
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Des photos aériennes confirment que la tordeuse attaque en ce moment une forêt dans le secteur de la Perdrix blanche, au nord du lac Saint-Jean, où le MFFP avait déjà financé des travaux de récolte pour permettre une croissance plus rapide des peuplements. Ces investissements se traduisent par des pertes nettes pour l’État.
Des photos aériennes confirment que la tordeuse attaque en ce moment une forêt dans le secteur de la Perdrix blanche, au nord du lac Saint-Jean, où le MFFP avait déjà financé des travaux de récolte pour permettre une croissance plus rapide des peuplements. Ces investissements se traduisent par des pertes nettes pour l’État.

Le ministre Dufour n'écarte aucune option

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, n’écarte aucune solution pour faire face à l’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette, dont celle d’autoriser des récoltes dépassant la possibilité forestière annuelle, même si cette avenue nécessite une analyse très sérieuse de la situation.

La Loi sur l’aménagement durable des forêts du Québec accorde au ministre le pouvoir d’autoriser des récoltes pour des volumes supérieurs aux prévisions du Forestier en chef, lesquels pourraient s’ajouter aux garanties d’approvisionnement des usines qui sont basées sur cette possibilité forestière. Il est arrivé à deux reprises que des ministres titulaires des forêts en arrivent à des décisions de cette importance qui, en ce moment, ne seraient pas sans soulever la grogne au sein des opposants à la récolte forestière au Québec.

« Nous n’écartons aucune option et celle d’autoriser de dépasser la possibilité forestière n’est pas écartée », a confirmé au Progrès Vincent Bolduc, attaché aux communications au cabinet du ministre Pierre Dufour. Il s’est toutefois empressé d’enchaîner qu’une telle option nécessitera des analyses et il est évident que le ministre n’est pas sur le point d’aller de l’avant avec cette disposition de la loi.

« Nous mettons en ce moment en place des plans spéciaux de récolte comme c’est prévu dans le secteur de la rivière Péribonka », indique l’attaché politique. Québec a aussi réalisé des plans de récolte au sud du lac Kénogami et à proximité du Valinouët. Quant au dépassement de la possibilité forestière, c’est une autre question et il n’est pas assuré que le gouvernement puisse passer à l’action.

« Il faudrait évaluer si nous avons la capacité d’augmenter la récolte en ce moment », ajoute Vincent Bolduc. L’infrastructure industrielle pour la récolte forestière au Québec a subi une sérieuse cure d’amaigrissement, dans les dix dernières années. La récolte est ainsi passée de 30 millions de mètres cubes de bois par année en 2005 et elle est aujourd’hui de 20 millions de mètres cubes. En ce moment, l’industrie peine à recruter les entrepreneurs dans les domaines de la récolte, et surtout du transport, pour réussir à traiter les volumes prévus aux plans de coupe en fonction des garanties d’approvisionnements régulières.

La capacité de transformation en usine est quant à elle en mesure théoriquement de passer plus de bois. Il y a toutefois une problématique de main-d’oeuvre qui frappe l’industrie forestière comme plusieurs autres secteurs manufacturiers au Québec.

responsabilité du MFFP

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) est en bonne partie responsable des millions de mètres cubes de bois qui vont d’ici quelques années pourrir et libérer du CO2 dans l’atmosphère en raison du caractère rigide de la loi qui est basée sur une planification annuelle des opérations forestières.

L’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette, qui entre dans une phase critique en ce moment, a débuté lentement en 1993 en Outaouais pour prendre de la vitesse vers 2010 et toucher aujourd’hui 13 millions d’hectares à la grandeur du Québec, dont trois millions d’hectares au Saguenay-Lac-Saint-Jean — où on constate une défoliation de modérée à grave — et 4,4 millions sur la Côte-Nord, selon le rapport 2020 produit par le MFFP.

Il faut uniquement se fier aux forestiers qui ne sont pas à l’emploi du ministère pour établir la perte nette de bois attribuable à la tordeuse, puisque le gouvernement ne fait plus le calcul de ces volumes à partir du moment où il y a défoliation totale de l’arbre. Les estimations effectuées par Arbec et Résolu font état d’une perte de 8 millions de mètres cubes de bois, soit le tiers des garanties d’approvisionnement annuelles au Québec qui atteignent 24 millions de mètres cubes de bois dans les essences de résineux.

L’impact le plus important de l’épidémie actuelle aura lieu l’an prochain, lorsque le Forestier en chef dévoilera la possibilité forestière que l’État peut accorder aux entreprises pour les cinq prochaines années. Les pertes attribuables à la tordeuse vont faire diminuer la possibilité forestière qui, elle, sera soustraite aux usines. Ce qui se traduira par des fermetures de quarts de travail dans les scieries et des pertes d’emplois dans les régions forestières dans toute la chaîne de production.

L’observation des cartes produites par le ministère confirme le problème appréhendé de la possibilité forestière. La tordeuse est maintenant présente sur un peu plus de 50 % de la forêt boréale sous aménagement dans la région. Elle épargne uniquement l’unité d’aménagement 25, située complètement à l’ouest du Lac-Saint-Jean.

Selon les statistiques publiées dans le rapport de la Commission Coulombe, l’épidémie de tordeuse des années 1970 a représenté une perte de volume de bois de l’ordre de 500 millions de mètres cubes lorsque l’on combine le bois mature qui a disparu et le ralentissement de la croissance des tiges.