Le code du bâtiment n’autorise pas une réduction des charges dues à la neige lors des calculs pour déterminer si la structure répond aux normes. Il s’agit visiblement, dans la situation du Centre Georges-Vézina, d’une mesure qui aurait dû être temporaire et qui est devenue permanente.

Toit du CGV: « dans une zone grise » en 2013

Les jours du Centre Georges-Vézina sont comptés depuis décembre 2013 alors que l’ingénieur Christophe Rigert, de la firme Roche (Norda Stelo), concluait que « la sécurité du Centre Georges-Vézina se situe présentement dans une zone grise où toute surcharge, jumelée à un ensemble de circonstances telles que des conditions météorologiques exceptionnelles dont les probabilités sont difficiles à prédire, pourrait avoir des conséquences importantes sur la sécurité des usagers ».
Le tableau indicateur actuel avait été hissé au toit en août 2013.

L’ingénieur et son équipe en arrivaient à cette conclusion au terme d’un rapport de 417 pages que Le Quotidien a consulté sur le Système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec. Le rapport, qui a été remis à la Ville en décembre 2013, confirme que même à cette époque, la toiture du Centre Georges-Vézina présentait une probabilité de défaillance plus élevée que celle permise par les normes de conception et codes en vigueur.

Les auteurs de l’étude ont réalisé plusieurs scénarios à partir de 1949, année de construction du centre sportif, avec le système de toiture conçu par Dominion Bridge. Le premier constat à partir des données des plans du fabricant confirme que dès la fin des travaux de construction en 1949 « il n’y avait pas, déjà à l’époque, beaucoup de marge de manœuvre pour suspendre des charges additionnelles en toiture. »

Les membrures des fermes (sections de ferme) de toit avaient donc des charges atteignant dans certains cas 93 % de leur capacité. Depuis, deux passerelles ont été ajoutées avec un tableau indicateur. À la fin des années 80, la Ville a procédé à une modification majeure de la structure du toit en construisant une nouvelle toiture fermée par des feuilles de contreplaqué, 24 pouces par dessus l’ancienne.

De plus, les résultats de 1949 ont été calculés avec des charges dues à la neige de 30 livres par pied carré alors que, selon la norme actuelle, celles-ci sont de 59 livres par pied carré.

Premier scénario

Le premier scénario a consisté à faire les calculs en tenant compte des charges à partir des plans de 1949 en fonction des nouvelles méthodes de calcul aux états limites. Le scénario ne comprend pas les charges des deux passerelles et du poids de la nouvelle couverture, et les auteurs ont utilisé uniquement les charges dues à la neige de 1949.

Avec un tel scénario, 30 % des membrures des fermes dépassent les capacités et dans certains cas, ce dépassement atteint 165 %.

« Depuis sa construction, le Centre Georges-Vézina a fait l’objet de plusieurs modifications, notamment au niveau de l’ajout d’une galerie des commentateurs et une galerie de presse, des systèmes audiovisuels, etc. Comme illustré précédemment, la toiture du CGV, selon la norme (n.d.l.r : de charge de neige) de 2009, dépassait le niveau de sollicitation acceptable même avant de recevoir ces nouvelles charges », stipule le rapport.

Les ingénieurs ont tenu compte des charges actuelles dans un scénario où il n’y a pas un centimètre de neige sur la toiture. Malgré le retrait de la charge de neige, les fermes centrales 5 et 6 ont 20 membrures chacune dont la sollicitation est supérieure à leur résistance et les six autres fermes présentent chacune trois membrures sous-dimensionnées.

Trois fois trop lourd

Les auteurs ont fait les calculs d’un dernier scénario qui tient compte de toutes les charges de la toiture, incluant un ajustement pour la réfection majeure de la fin des années 1980. Selon les résultats, toutes les fermes de toit du Centre Georges-Vézina sont problématiques. 

« Contrairement à la situation précédente sans neige, où seules les fermes 5 et 6 étaient sous-dimensionnées, il s’agit dorénavant des fermes dans l’ensemble, soit les membrures des fermes 2 à 9, qui ont des taux de sollicitation supérieurs à 100 %. Au total, il s’agit de 60 membrures par ferme », stipule le rapport.

Quant aux taux de sollicitation, certaines membrures sont exposées à des sollicitations de 283 % de leur résistance.

Dans les conclusions de son rapport, l’ingénieur Rigert recommande le déneigement de la toiture en attendant le renforcement des fermes de toit. Les travaux de renforcement ne sont pas encore réalisés malgré l’importance des problèmes.

Une décision basée sur les mêmes informations

La mairesse Josée Néron a pris la décision de fermer temporairement le Centre Georges-Vézina (CGV) sur la foi des mêmes informations dont disposait l’ancienne administration Tremblay. Celle-ci comptait pourtant dans son cercle au moins deux ingénieurs.

Ce n’est pas la firme Gémel qui a choisi de fermer l’amphithéâtre, mais bien la mairesse de Saguenay qui a jugé le risque trop élevé. Après avoir entendu le commentaire de la firme mandatée d’évaluer l’amphithéâtre, la mairesse a opté pour la fermeture, non sans avoir pris connaissance de la première étude produite en décembre 2013 par l’ingénieur Christophe Rigert, de Roche devenue Norda Stelo depuis.

L’ancienne administration, sous Jean Tremblay, ne peut pas affirmer aujourd’hui qu’elle n’avait pas entre les mains les informations pour décider de la fermeture du CGV. Le rapport de Roche a été commandé par le haut fonctionnaire Jean Trudeau, à l’époque directeur général adjoint au Service des immeubles et équipements motorisés de Saguenay. M. Jean Trudeau, selon les informations obtenues à la mairie, lundi, est ingénieur en structure.

Le directeur général de la ville, Jean-François Boivin, a également une formation d’ingénieur et est toujours inscrit au tableau de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). Selon la porte-parole du cabinet, M. Boivin ne pratique plus comme ingénieur. Le troisième cadre supérieur à détenir une formation en génie est le directeur général adjoint, Denis Simard, également inscrit au tableau de l’OIQ. Il y avait donc potentiellement au moins trois professionnels capables de mesurer les conclusions de Roche au sein de l’administration.

Un an après le rapport de Roche, l’administration de Saguenay a donné un mandat à la firme Gémel pour évaluer un scénario d’intervention sur la toiture et, en fin de compte, les démarches ont diminué d’intensité en 2015 alors que le coût de réfection du CGV ne cessait d’augmenter.

En février 2016, la firme Gémel a publié sur son site Internet dans le répertoire des projets une description de son mandat pour le Centre Georges-Vézina. Dans le texte, la firme écrit que la situation de la toiture du Centre Georges-Vézina est encore pire que ce à quoi elle s’attendait. La firme avait déjà entre les mains le rapport de Roche qui faisait partie des documents utilisés pour construire la soumission.

La Ville a fait de la mesure temporaire de déneigement une mesure permanente qui ne rend pas la toiture plus sécuritaire puisque les ingénieurs de Roche confirment que sans un seul centimètre de neige, la toiture de l’amphithéâtre ne répond pas aux exigences du Code du bâtiment.

La mairesse Josée Néron attend à mercredi, 10 h, pour commenter cette situation. Un point de presse doit avoir lieu au cabinet afin d’expliquer le rapport Roche et faire connaître les conclusions des derniers travaux menés par Gémel.

Le code du bâtiment n’autorise pas une réduction des charges dues à la neige lors des calculs pour déterminer si la structure répond aux normes. Il s’agit visiblement, dans la situation du Centre Georges-Vézina, d’une mesure qui aurait dû être temporaire et qui est devenue permanente.

Pas juste le tableau

Le tableau indicateur installé en août 2013 au centre de la toiture n’est pas le principal problème du Centre Georges-Vézina. Le doublement de la toiture réalisé à la fin des années 1980 a changé la donne pour le poids qui est passé de 21 à 30 livres au pied carré.

Comme ces travaux constituaient un changement majeur à la charge de la structure du toit, une période de 30 ans était nécessaire pour qu’elle bénéficie de la situation des « droits acquis » dans le code du bâtiment comme tous les immeubles. Puisque les ingénieurs ont découvert la non-conformité avant cette échéance, l’immeuble est donc déclaré à risque comme le stipule la conclusion. De toute façon, précisent les auteurs, même en utilisant des facteurs de pondération réduits, les facteurs de résistance de la toiture sont tels qu’il serait impossible d’atteindre un niveau de sollicitation acceptable pour les composantes de la toiture. 

Pas tous les travaux

Il est surprenant d’apprendre qu’il y a un problème dans le suivi de l’immeuble qu’est le Centre Georges-Vézina qui constitue l’une des plus importantes propriétés de la ville pour sa capacité d’accueil (4000 personnes).

« De plus, il est important de mentionner que nous n’avons pas retracé tout l’historique des travaux réalisés par d’autres firmes ou entrepreneurs. Ce faisant, il est également difficile de se prononcer à savoir si ces travaux avaient été réalisés en conformité avec les codes et normes en vigueur à l’époque », stipule le rapport.

Rien de refait pour le toit

Les ingénieurs de Roche n’ont pas jugé opportun dans leur étude de 2013 de réaliser l’inspection des fermes de toit et autres structures. Ils ont considéré que les calculs réalisés étaient suffisants pour démontrer que la toiture du Centre Georges-Vézina, selon certaines conditions, pouvait représenter un danger pour la sécurité des utilisateurs. La découverte de dommages à la structure n’aurait fait que confirmer les calculs.