Au sein d’Accès Travail Femme depuis 1988, Thérèse Belley quittera bientôt la direction générale de l’organisme voué à la cause de l’employabilité chez les femmes.

Thérèse Belley, féministe dans l’âme

Lorsqu’elle œuvrait auprès des victimes de violence conjugale au CLSC de la Jonquière, Thérèse Belley répétait souvent la même question : « tu restes pour quoi ? ». Souvent, l’argument était économique. La travailleuse sociale a plus tard joint les rangs d’Accès-Travail-Femmes avec l’objectif de fournir des outils permettant à la clientèle d’accéder au marché de l’emploi et d’atteindre l’autonomie financière.

C’était il y a 30 ans. À l’aube de la retraite, la directrice générale de l’organisme croit qu’il reste encore bien du travail à faire et estime qu’il ne faut surtout pas baisser la garde. 

Ardente féministe, Thérèse Belley a été de toutes les luttes. Dès l’âge de 17 ans, elle descendait dans la rue pour militer en faveur de l’avancement de la cause des femmes et contre la violence et les agressions à caractère sexuel dont elles étaient victimes. C’était le début des années 70, une époque où tout était à faire. Vers la fin des années 80, après avoir passé 10 ans au CLSC, Thérèse Belley s’est retrouvée à la croisée des chemins, alors que le gouvernement du Québec fusionnait les centres locaux de santé et de services communautaires aux hôpitaux (CSSS). Le travail n’était plus le même et Thérèse Belley se rappelle une époque où les intervenants croulaient sous la paperasse. La travailleuse sociale de 35 ans, qui s’évertuait à dire aux femmes qu’elles ne devaient pas rester dans une situation où elles se sentaient malheureuses simplement pour des raisons pécuniaires, a choisi de prêcher par l’exemple.

« Je me suis dit : “tu restes dans ton travail pour l’argent. Est-ce que ça vaut vraiment la peine ?” », raconte la directrice générale sortante, qui détient un baccalauréat et une maîtrise en travail social. Pour employer le jargon sportif, Thérèse Belley s’est alors proclamée agente libre et l’a fait savoir à certains organismes communautaires dont la mission épousait ses propres valeurs. La cause de l’employabilité chez les femmes, chère aux yeux de l’intervenante, l’a motivée à accepter un emploi chez Accès-Travail-Femmes en 1988. Elle y a d’abord œuvré comme travailleuse sociale, avant de devenir directrice. En trois décennies, elle et son équipe ont permis à des centaines de femmes d’accéder à des métiers autrefois réservés aux hommes. Car si l’accès à l’éducation est dorénavant acquis pour la gent féminine québécoise, l’obtention de postes de qualité, bien rémunérés, demeure un défi. 

« On a vraiment développé une expertise dans le non traditionnel. On pense que toutes les femmes qui veulent devenir plombières devraient pouvoir devenir plombières. Vous savez, les métiers n’ont pas de sexe, mais les conditions de travail oui. Certains chantiers commencent très tôt le matin. Comment voulez-vous qu’une jeune maman se rende au travail à 7 h quand elle a des enfants à la maison ? Il y a des chantiers où il n’y a même pas de toilettes. Oui, l’accès à la formation est plus ouvert, mais il y a beaucoup d’efforts à faire en conciliation », signale cette féministe de la première heure.

En portant les bébés, les femmes apportent une contribution qui permet d’assurer l’avenir de notre société, pointe Thérèse Belley. Elle croit donc que de grands pas restent à faire pour que les milieux de travail soient plus ouverts et accommodants pour les femmes enceintes et les jeunes mères de famille. Selon elle, les coupes dans le financement accordé aux centres de la petite enfance par le gouvernement du Québec représentent une menace réelle pour les femmes qui souhaitent prendre la place qui leur revient en emploi et accéder à un revenu décent.


« Je me suis dit : “tu restes dans ton travail pour l’argent. Est-ce que ça vaut vraiment la peine ?” »
Thérèse Belley

Femmes en politique: encore beaucoup de travail à faire

En termes statistiques, Thérèse Belley reconnaît que les femmes sont plus présentes en politique. Elle salue d’ailleurs la récente élection de Josée Néron à la tête du conseil de ville de Saguenay. Toutefois, la directrice générale sortante d’Accès-Travail-Femmes, considère que la sphère politique demeure un « Boys’ Club ». 

« Oui on peut étudier, oui on est bonnes à l’école, oui on peut être mairesse. Mais quand on a accédé à certains postes, on voit qu’il y a des milieux qui n’ont pas changé et qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire », poursuit celle qui tirera sa révérence au cours des prochaines semaines.

En près de trois décennies passées chez Accès-Travail-Femme, un organisme qui souffle 30 bougies cette année, Thérèse Belley a mené plusieurs luttes et a assisté à moult révolutions, grandes et petites. Elle identifie notamment l’adoption de la Loi sur l’équité salariale et la mise en place du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) comme de belles victoires pour les femmes, en plus de la signature de la première entente spécifique en condition féminine en 1998. 

« Depuis l’obtention du droit de vote en 1940, les femmes ont avancé, mais tout n’est pas acquis. Nos droits sont fragiles. On n’a qu’à penser à l’avortement, qui est souvent remis en question », pointe-t-elle.

Tombées dans la marmite 

Thérèse Belley et son conjoint, Lamine Traoré, ont eu deux filles : Nadine et Amy. La directrice signale qu’elle a fait partie de cette génération de femmes qui « transportaient le sac à couches d’une main et le sac de travail de l’autre ». 

Les deux filles sont tombées très jeunes dans la marmite féministe. 

« Elles ont grandi en m’entendant leur dire que 75 pour cent des agresseurs étaient connus de leurs victimes », relate Thérèse Belley. 

Ce n’est donc pas un hasard si Amy, qui oeuvre au programme non traditionnel chez Accès-Travail-Femmes depuis maintenant neuf ans, succède à sa mère comme DG. Elle a soumis sa candidature et le conseil d’administration de l’organisme a jugé qu’elle était la meilleure personne pour prendre le relais. 

« On cherchait la perle rare et elle était juste à côté de nous. Ç’a été un des grands bonheurs de ma vie de pouvoir travailler avec ma fille au quotidien pendant toutes ces années. On a toujours su tracer la ligne et on ne parlait jamais du travail à la maison », confie la future retraitée, qui a bien l’intention de poursuivre son engagement au sein de divers conseils d’administration, notamment le conseil des partenaires du marché du travail et le comité consultatif provincial en matière de main-d’oeuvre féminine. 


Oui on peut étudier, oui on est bonnes à l’école, oui on peut être mairesse. Mais quand on a accédé à certains postes, on voit qu’il y a des milieux qui n’ont pas changé et qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.
Thérèse Belley

Un beau défi

La future directrice d’Accès-Travail-Femmes sera épaulée par Cindy Desgagné, qui agira comme coordonnatrice aux services. 

Il faut comprendre qu’au fil des ans, l’organisme communautaire, dont le fonctionnement est tributaire de subventions en provenance des coffres de l’État, a dû élargir son offre de services pour conserver son financement. C’est pour cette raison qu’Accès-Travail-Emploi est venu se greffer aux activités d’Accès-Travail-Femmes, au milieu des années 90. La clientèle est mixte et âgée de 45 ans et plus.

La fille de Thérèse Belley a bien l’intention de porter et de défendre les valeurs qui ont guidé sa mère tout au long de sa vie professionnelle. La directrice sortante espère pour sa part que l’organisation qu’elle a dirigée pendant des années continuera de rayonner.

« Le défi est aussi de maintenir les gens dans nos organisations avec des salaires qui ne sont pas toujours très élevés. L’économie sociale a besoin d’être revalorisée dans son sens le plus important. Maintenir le service auprès du monde, dans un contexte de centralisation et de compressions, continuera d’être un défi », conclut Thérèse Belley.

Quelques statistiques

  • Un emploi est considéré comme étant non traditionnel lorsque moins de 33 % de femmes l’exercent.
  • 75 % des travailleuses se concentrent dans 10 professions sur les 350 répertoriées dans la Classification nationale des professions
  • Plus de 80 % des femmes inscrites en formation professionnelle évoluent dans quatre secteurs : l’administration, le commerce et l’informatique, l’alimentation et le tourisme et la santé et les soins esthétiques.
  • Le Diplôme d’études professionnelles en Confection sur mesure et retouches, traditionnellement féminin, est un programme de 1470 heures. Celui en soudage-montage, traditionnellement masculin, compte 1800 heures. Les qualités personnelles et les intérêts requis pour les deux programmes sont les mêmes. Or, seulement 1 % des femmes exercent le métier de soudeur, contre 100 % en couture.
  • Selon Thérèse Belley, encore aujourd’hui, certains donneurs d’ouvrages à la recherche de main d’oeuvre spécifient clairement qu’ils ne veulent pas de femmes sur leurs chantiers. 

Source: Accès-Travail-Femmes