Réjean Boivin, Éric Dubé et Mario Fortin, devant le presbytère de Normandin.

Terre d'accueil pour les Guatémaltèques à Normandin

Le presbytère de Normandin accueillera à compter de juin des travailleurs guatémaltèques des Serres Toundra de Saint-Félicien. Après avoir subi une cure de rajeunissement, le bâtiment pourra accueillir jusqu’à 36 personnes.

L’entreprise loue depuis le début du mois de février une résidence au centre-ville de Saint-Félicien d’un propriétaire privé. Elle peut cependant héberger jusqu’à 50 personnes, ce qui ne lui laisse pas de place pour la vingtaine de Guatémaltèques qui s’ajouteront à ce nombre cet été. 

«Nous aurons 70 ou 75 personnes cet été, mais il n’y a rien qui dit que l’année prochaine, nous ne serons pas à 125, 130 ou même 150 personnes», précise le président des Serres Toundra, Éric Dubé. 

Celui-ci assure que la direction des Serres «est en train de regarder pour bâtir la phase deux», qui doublerait la superficie actuelle de l’établissement et, par la même occasion, ferait passer de 100 à 200 le nombre d’employés. 

Un établissement peu fréquenté 

Le presbytère de Normandin présentait donc une option intéressante à la fois pour la municipalité et les Serres Toundra. Le bâtiment n’héberge plus de prêtre résidant depuis plusieurs années. Une poignée d’organismes communautaires y avaient pignon sur rue et la Fabrique Saint-Cyrille songeait à le vendre. Ceux-ci déménageront au sous-sol de l’église, juste à côté. 

«On avait commencé à penser à offrir notre presbytère au public, mais il a été payé par l’ensemble de la population et si la Ville en fait l’acquisition, au moins, ça demeure une propriété collective», croit Réjean Boivin, le président de la Fabrique Saint-Cyrille. Les Serres loueront donc l’emplacement à la Ville. 

«C’est une entente qui va suivre ou presque la durée de vie des Serres. C’est une entente à perpétuité si on considère tout ce qui s’en vient», assure M. Dubé. 

Puisque le presbytère a déjà hébergé jusqu’à quatre prêtres à la fois, le bâtiment est muni de chambres avec salles de bain privées à l’étage. Il ne suffira donc que d’ajouter des lits superposés et le tour sera joué. Au rez-de-chaussée, un plafond coupe-feu sera installé et la cuisine sera réaménagée. C’est la seule pièce qui sera modifiée. Les travaux de rénovation devraient coûter entre 30 000 et 40 000 $. Éric Dubé et Mario Fortin, le maire de Normandin, assurent que la bâtisse gardera son cachet.

Communauté latine

«Pour Normandin, ça fait environ cinq ans qu’on reçoit une cinquantaine de Mexicains ici durant l’été qui travaillent chez Nutrableu. La population s’est habituée même si elle trouvait ça drôle au début de voir des travailleurs étrangers ici», indique Mario Fortin. 

Il fait valoir que la municipalité a accueilli des Guatémaltèques une partie de l’hiver et que les commerçants ont senti la baisse de leur chiffre d’affaires lorsqu’ils ont déménagé à Saint-Félicien.

«On veut continuer à accueillir des travailleurs guatémaltèques et même, si on veut rêver, être capable un jour d’attirer les familles. On voit les travailleurs étrangers qui viennent en région et qui repartent parce qu’ils ne se sentent pas dans leur communauté. Il faut être capable de leur offrir ce sentiment d’appartenance à une communauté», estime le maire.

Les contrats des travailleurs étrangers avec les Serres Toundra sont d’une durée d’un an, mais sont renouvelables. La plupart d’entre eux sont âgés entre 25 et 30 ans et ont des familles qui sont restées au Guatemala.

Le coût de la transaction pour l’achat de la propriété sera dévoilé après avoir été finalisé. La Corporation de développement économique des Grandes Plaines a eu le mandat de gérer ce dossier. 

De toutes les pièces du presbytère de Normandin, seule la cuisine sera réaménagée afin d’ajouter de l’espace de travail et des réfrigérateurs.

Le soccer comme moyen de communication

La cinquantaine de Guatémaltèques qui sont venus s’établir à Saint-Félicien pour le travail n’apportent pas seulement que des retombées économiques pour les commerçants locaux. Ils amènent une dynamique différente à Saint-Félicien et les gens sont nombreux à vouloir les aider à bien s’intégrer. 

«Il faut qu’on se tienne occupés sinon on s’ennuie de notre famille. Il y a des gens qui parlent un peu l’espagnol et qui souhaitent nous aider, c’est très généreux», assure Jofrey Tesaguic, dans une entrevue en espagnol accordée au Progrès. Il se rappelle notamment d’une dame qui avait invité plusieurs de ses collègues et lui pour casser la croûte chez elle à Normandin.  Pour José Morales, père de quatre enfants, les choses sont loin d’être faciles, mais il «est ici pour s’assurer que sa famille ne manque de rien» dans son pays. Toutefois, il leur parle souvent par WhatsApp, une application de téléphonie cellulaire largement utilisée en Amérique latine et qui lui permet également de voir leurs visages en direct. Lui aussi essaie de se tenir occupé, avec le soccer notamment.

Un petit groupe de citoyens s’est occupé de louer le gymnase du Cégep de Saint-Félicien pour que ceux qui le souhaitent puissent pratiquer leur sport. Des discussions sont même en cours afin de créer une ligue de soccer à laquelle ils pourraient adhérer.  

Où ils habitent au centre-ville, la dame qui entretient leur résidence, une enseignante à la retraite, leur donne à l’occasion des cours de français gratuitement. Puisque leurs contrats sont de courte durée, le gouvernement fédéral ne les oblige pas à entrer dans un processus de francisation. Ceux-ci peuvent lancer un «bonjour, comment ça va?» de temps à autre, mais sans plus. 

Les membres des Serres Toundra souhaitent suivre des cours de français afin de pouvoir communiquer avec eux. À l’heure actuelle, un seul de leurs employés peut servir d’intermédiaire.   

José Morales et Jofrey Tesaguic, tous deux dans la vingtaine, sont arrivés en août à Saint-Félicien et ont l’intention de renouveler leur contrat avec les Serres Toundra. Le salaire qu’ils gagnent ici est 15 fois plus élevé que celui qu’ils avaient dans leur pays.

José Morales et Jofrey Tesaguic, deux Guatémaltèques, sont arrivés à Saint-Félicien en août.

Bientôt des concombres «format collation»

En plus des concombres libanais et anglais, les Serres Toundra produiront et distribueront bientôt dans les épiceries IGA des petits concombres «format collation». L’entreprise félicinoise vient de signer une entente avec la compagnie Sobeys. Elle produira une petite quantité pour le moment en guise de période d’essai.