Les débris carbonisés des installations sont éparpillés le long du rivage; les prises de homard des pêcheurs mi'kmaq, parties en fumées.
Les débris carbonisés des installations sont éparpillés le long du rivage; les prises de homard des pêcheurs mi'kmaq, parties en fumées.

Tensions entre pêcheurs de homards et autochtones: des policiers en renfort

La Presse Canadienne
WEST PUBNICO, N.-É. — Des policiers de la GRC sont envoyés en renfort au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, pour tenter d'apaiser les tensions là où un conflit sur la pêche au homard a tourné à la violence avec des autochtones qui, eux, évoquent leurs droits de pêche ancestraux.

Avant même l'incendie suspect d'un entrepôt de homards à Pubnico-Ouest en fin de semaine, six sénateurs de la Nouvelle-Écosse appelaient la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) à aller restaurer le calme et l'ordre.

Un chef autochtone a même demandé la présence de l'armée, pour empêcher ceux qui pratiquent la pêche commerciale à s'en prendre aux autochtones.

Le premier ministre Justin Trudeau a réagi aux plus récents événements sur le réseau social Twitter.

«Je suis atterré par les actes de violence, d'intimidation et de destruction qui ont lieu en Nouvelle-Écosse. Les auteurs devront répondre de leurs actes. Nous avons autorisé une demande pour offrir plus de soutien à la [AT]GRCNE, et notre objectif est d'assurer la sécurité de tous», a-t-il écrit dans un gazouillis.

À Ottawa, les dirigeants des partis d'opposition ont toutefois blâmé l'inaction du gouvernement fédéral pour le brasier qui a complètement détruit l'entrepôt de homards de Pubnico-Ouest.

Les débris carbonisés des installations sont éparpillés le long du rivage; les prises de homard des pêcheurs mi'kmaq, parties en fumées.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a, pour sa part, qualifié la flambée de violence contre cette communauté Mi'kmaq de «terrorisme».

Personne ne se trouvait à l'intérieur du bâtiment au moment de l'incendie. La police rapporte toutefois qu'un homme — possiblement une personne d'intérêt dans l'enquête — a été hospitalisé pour des blessures qui mettent sa vie en danger.

Le chef Mike Sack de la Première nation de Sipekne'katik a déploré que les pêcheurs commerciaux se fassent ainsi justice soi-même et s'en tirent sans conséquence, selon lui.

«Il faut que l'armée intervienne pour garder la paix», a-t-il lancé en entrevue.

Quelques heures avant que l'incendie n'éclate, la police a arrêté et accusé un homme pour une agression perpétrée plus tôt cette semaine contre Mike Sack.

«C'était des représailles, croit le chef autochtone.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, a autorisé un renforcement de «la présence de personnel de la GRC sous contrat, selon les besoins, dans cette juridiction», à la demande du procureur général de la province.

«Les actes de violence récents en Nouvelle-Écosse sont inacceptables et je les dénonce fortement», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Des pêcheurs non autochtones s'opposent à la décision des Mi'kmaq de lancer une pêche commerciale au homard «autoréglementée» — avant la saison prévue par la réglementation fédérale, vers la fin de novembre.

Ces derniers soutiennent toutefois que les peuples autochtones du Canada atlantique et du Québec ont le droit de pêcher où et quand ils le souhaitent, conformément à un arrêt de la Cour suprême du Canada de 1999, qui se base sur des traités signés par la Couronne au 18e siècle.

Mais de nombreux détracteurs non autochtones citent une clarification publiée quatre mois après l'arrêt de 1999 selon laquelle les droits issus de ces traités sont tout de même assujettis aux règles fédérales, afin d'assurer la conservation de la ressource, en consultation avec les Autochtones.

Le chef Sack s'objecte à ce que les saisons de pêche soient fixées en fonction de considérations commerciales. Il soutient que les activités de pêche autochtones ne nuisent pas aux stocks.