Tempête à l’extérieur, plaisir à l’intérieur

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
C’était jour de tempête. Les commerces du centre-ville de Chicoutimi étaient moins achalandés qu’à l’ordinaire, même que plusieurs cases de stationnement étaient libres sur la rue Racine. Un temps idéal pour demeurer à la maison et regarder tomber les flocons à travers la fenêtre du salon, mais pas aux yeux des 1200 irréductibles qui ont assisté au concert de Noël tenu à la cathédrale, dimanche après-midi, au profit de la Fabrique Saint-François-Xavier.

L’église était pleine, en effet, et les éclairages concoctés par le metteur en scène Louis Wauthier lui conféraient un air majestueux, en parfaite résonnance avec cette période de l’année qui ne ressemble à aucune autre. C’est celle du temps retrouvé. L’ancien, ennobli par la patine du souvenir, de même que celui d’aujourd’hui, évoqué par le président de la fabrique, Marc-André Bédard, dans son mot de bienvenue.

Il a d’abord salué la présence de la foule, massive en dépit des circonstances. « Vous pouvez vous applaudir. Vous avez bravé la tempête et l’église est remplie », a souligné le grand bénévole, qui se démène depuis des années afin d’assurer la pérennité de ce joyau architectural. C’est en songeant aux défis à venir qu’il a accueilli avec joie la mairesse de Saguenay, Josée Néron, ainsi que la députée et ministre Andrée Laforest. « C’est important d’avoir des amies bien informées. »

La soprano Lyne Fortin a interprété plusieurs airs de Noël en compagnie du Choeur Euphonie, dimanche, dont le célèbre Minuit, Chrétiens.

Le moment était venu d’ouvrir le programme et des centaines de têtes se sont tournées vers le deuxième jubé lorsqu’ont retenti les premières notes de trompette. Sur l’air de Trumpet Voluntary, justement, un étudiant du Conservatoire de musique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Nicolas Gobeil, a interprété cette pièce en compagnie de l’organiste de la cathédrale, Céline Fortin.

Les sons métalliques émanant de son instrument ont compensé pour la chaleur qui faisait défaut à l’extérieur, un effet accentué par les jets de lumière dorés, puis orangés à la manière d’un coucher de soleil, qui ont enveloppé le choeur. Après cette mise en bouche, le Choeur Euphonie, dirigé par Micheline Hamel, s’est joint à Céline Fortin, de même que la soprano Lyne Fortin, afin de recréer La nuit de Rameau. Debout face à l’autel, celle-ci a chanté le dernier couplet seule, sans le secours d’un micro.

Cette photographie témoigne de l’impact des éclairages concoctés par Louis Wauthier, metteur en scène du concert de Noël tenu dimanche après-midi, à la cathédrale de Chicoutimi. Cet événement pour lequel tous les billets avaient été vendus réunissait cinq musiciens, le Choeur Euphonie, de même que la soprano Lyne Fortin et le baryton Marc-André Houde. Les profits ont été versés à la Fabrique Saint-François-Xavier.

« Je suis heureuse, flattée et honorée de me trouver parmi vous », a-t-elle mentionné entre deux airs tirés de l’opéra La Bohème. Le public a pu constater que sa voix ample, puissante, laissant filtrer une jolie vibration, composait bien avec les difficultés techniques posées par la configuration de la cathédrale. L’interprète possède aussi un don de comédienne qui s’est exprimé à travers sa gestuelle, à la fois précise et évocatrice.

Pour la première fois, des élèves du Conservatoire de musique du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont participé au concert de Noël de la cathédrale de Chicoutimi. C’est ainsi que le baryton Marc-André Houde a pu chanter en duo avec la soprano Lyne Fortin, sur un air tiré de l’opéra Don Giovanni.

Circonstances obligent, le ton était guilleret, ainsi que l’a confirmé l’extrait de Don Giovanni offert par un autre étudiant du conservatoire, le baryton Marc-André Houde, aux côtés de Lyne Fortin. Ce fut Mozart avec une touche de comédie, la soprano feignant d’être étonnée, puis charmée – séduite ? –, de former un tandem avec un si jeune partenaire.

Des airs de Noël ont suivi, mettant en vedette le Choeur Euphonie, installé pour de bon à l’intérieur du choeur. L’un des plus beaux fut Dans le silence, où son chant somptueux s’est marié élégamment à celui de Lyne Fortin, assise dans les marches, près des musiciens Martin Dubé (piano), Rachel Baillargeon (violoncelle) et Jean-Michel Marois (violon). Ensemble, ils ont fait revivre l’esprit des Noëls anciens, où les adultes aussi cultivaient le sens du merveilleux.

Frisson collectif

Au retour de la pause, événement social par excellence, théâtre de séances intensives de réseautage, l’opéra a remontré le bout de son nez par le truchement de l’Air des bijoux. Ce fut une autre performance appréciée de la part de la soprano. Après l’avoir vue jouer les coquettes, faisant mine de s’admirer dans une glace, les spectateurs l’ont applaudie vigoureusement.

Le trio formé par les musiciens Martin Dubé, Rachel Baillargeon et Jean-Michel Marois a assumé une présence discrète, mais efficace, lors du concert tenu dimanche, à la cathédrale de Chicoutimi. On les voit en compagnie de la soprano Lyne Fortin, l’une des têtes d’affiche de cet événement.

Tous savaient ce qui s’en venait, cependant, le Minuit, Chrétiens devant clore le concert. Les cordes se sont alors démarquées, nerveuses, un brin dramatiques, pendant que le choeur et la soliste se partageaient le refrain et les couplets en faisant monter la tension. Porteurs d’un même frémissement, ils ont donné le frisson à bien des gens, tandis qu’autour d’eux, le choeur de la cathédrale passait du vert au bleu.

En guise de rappel, les artistes ont proposé une version étonnamment riche, texturée, de Petit papa Noël. Marc-André Houde s’est joint à eux afin de pousser un couplet, mais ce que plusieurs retiendront, c’est la génuflexion qu’il a exécutée au moment où Lyne Fortin, a lancé : « À genoux, les petits enfants». Même Micheline Hamel chantait au lieu de diriger les choristes, signe que l’heure était venue de célébrer la joie d’avoir participé à ce concert où, une fois de plus, la musique a servi une noble cause.