Télétravail: habiter dans une ville et travailler dans une autre ?

Une grande partie de la région est en bonne position pour le télétravail, au point de vue technologique, croit André Nepton, coordonnateur à l’Agence interrégionale de développement des technologies de l’information et des communications (AIDE-TIC). Mais il est peut-être exagéré de parler de désurbanisation, avance pour sa part Annabelle Brossard, nouvelle directrice générale du Hub Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a établi de nouvelles cibles pour les vitesses de connexion Internet. Il souhaite que tous les ménages et toutes les entreprises au pays puissent compter sur une connexion à large bande d’au moins 50 Mbits/s en téléchargement et d’au moins 10 Mbits/s en téléversement. C’est présentement le cas dans les grands centres urbains, mais la situation est plus difficile en milieu rural ou dans les régions éloignées. Le CRTC a donc développé un fonds et d’ici la fin de 2021, il prévoit que 90 % des familles et entreprises pourront atteindre les nouvelles cibles.

Selon André Nepton, le nouveau standard est atteint dans les grands centres urbains du Saguenay-Lac-Saint-Jean et au cœur des principales villes de la région. Il y a cependant encore du travail à faire lorsque c’est le câble filaire qui amène Internet, ce qui est le cas dans certains villages.

Un autre élément à ne pas négliger est la téléphonie cellulaire, plusieurs personnes délaissant la téléphonie fixe. Actuellement, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y a 99 % du territoire résidentiel qui est desservi par la téléphonie cellulaire, l’installation récente de plusieurs tours ayant grandement amélioré le service. Il reste cependant les secteurs de villégiatures où le service n’est toujours pas disponible ou très difficile.

Mais habiter dans une ville et travailler dans une autre, est-ce possible ? De plus en plus, croit M. Nepton, d’autant plus que le CRTC veut que les nouvelles cibles soient atteintes partout.

« Peut-être que la prochaine génération sera sélectionnée en fonction de ses compétences et non en fonction du lieu de sa résidence. Si le travail est pensé différemment, la proximité du lieu de travail n’est plus aussi nécessaire », dit M. Nepton, ajoutant que d’ici cinq ans, « il n’y aura pas beaucoup de choses pareilles à aujourd’hui au niveau technologique ».

La crise, selon lui, va changer beaucoup de choses, comme les études à distance pour certains niveaux scolaires et le télétravail qui a été amplifié au cours des derniers mois.

« La crise va avoir démarré quelque chose d’important. Le télétravail peut responsabiliser des gens. Des études disent que les gens en télétravail purement et simplement sont plus performants que ceux en milieu de travail, de peur que les gens pensent qu’ils ne travaillent pas. Il y a également des économies pour les employeurs en pieds carrés, en chauffage, en climatisation, etc. »

Mouvement social

Annabelle Brossard, directrice générale du Hub Saguenay-Lac-Saint-Jean, constate en ce moment un grand mouvement social. Travailler à travers différentes régions sera sans doute possible, mais elle qualifie le terme désurbanisation comme étant « un peu fort ».

« La situation actuelle va certainement favoriser certains pôles, par exemple si la maison-mère est au Saguenay et que tu habites à Dolbeau. Mais de là à dire qu’il y aura un impact majeur avec les régions versus Québec ou Montréal, je ne sais pas. On va voir avec les années s’il y a un changement. L’avenir va nous le dire », avance-t-elle.

Mme Brossard voit cependant beaucoup d’éléments qui sont mis en place pour pousser les organisations à être efficaces à distance. La technologie et les ressources humaines sont là, le mouvement est déjà entamé.

« La COVID a un gros impact sur les changements technologiques. Pour l’après-COVID, on sait ce qu’on est capables de faire », dit-elle, ajoutant que pendant la crise, 56 % des travailleurs ont gardé leur emploi et, de ce nombre, une bonne portion s’était adaptée au télétravail.

Le Hub Saguenay-Lac-Saint-Jean s’affaire présentement à mettre en place une plateforme pour recenser les aides financières disponibles pour les entreprises et, aussi, à cartographier les ressources humaines et matérielles dans la région.

« Il faut matérialiser, mettre en valeur ce qui est disponible, précise Mme Brossard. Il y a une nécessité de savoir ce qu’on a comme ressources dans la région. Ce n’est pas parce que tu ne travailles pas dans le même domaine économique que tu ne peux pas aider une autre entreprise. »

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UNE OPTION POUR LES FONCTIONNAIRES

L’un des chantiers que s’est donnés le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) est de transférer 5000 fonctionnaires dans les régions dans un horizon de 10 ans. La crise que l’on traverse présentement démontre au gouvernement du Québec que le télétravail peut offrir de nouvelles avenues. 

Le cabinet de Christian Dubé, ministre responsable de l’administration gouvernementale et président du Conseil du trésor, explique que dès le début de la crise, tout a été mis en oeuvre pour que les fonctionnaires puissent travailler de la maison afin de maintenir les services aux citoyens. Force est de constater qu’après quelques semaines, « ça fonctionne super bien », a dit le cabinet au Progrès, vendredi matin. 

Dans les plans, il n’y a pas encore de date pour un retour au travail « physique », notamment parce que cela va très bien et, aussi, parce que les fonctionnaires apprécient jusqu’à maintenant le télétravail, affirme-t-on du côté du cabinet de M. Dubé.

Avant la COVID-19, la CAQ avait plusieurs chantiers en cours. Notamment, le gouvernement se demandait comment devenir un employeur encore plus intéressant et, aussi, il avait la volonté de transférer 5000 fonctionnaires dans les régions d’ici 10 ans. 

« Nous constatons que nous avons de nouvelles avenues avec le télétravail. Ça fait des années que nous en parlons (du télétravail) et nous constatons tous les bénéfices. »

Le cabinet de Christian Dubé n’est cependant pas prêt à dire qu’il ira de l’avant avec cette façon de faire, car le gouvernement est actuellement en gestion de crise et en situation d’urgence. 

« Mais ça permet de développer de nouvelles approches. »