Gilles Tremblay, de Saguenay, a travaillé pour la Commission des transports du Québec à titre de directeur de la recherche socioéconomique, mais aussi de commissaire.

Taxis: « Une fumisterie et un abandon »

Le projet de loi 17, qui prévoit la déréglementation de l’industrie du taxi, est une fumisterie, estime l’ex-directeur de la recherche socioéconomique de la Commission des transports du Québec, Gilles Tremblay. « Il s’agit d’une loi créée en fonction d’Uber, un abandon clair des travailleurs de l’industrie », estime le retraité, qui a notamment travaillé à la réforme de l’industrie du taxi de 2001.

Gilles Tremblay, de Saguenay, a travaillé pour la Commission des transports du Québec à titre de directeur, mais aussi de commissaire. Il a œuvré à la réglementation de toutes les industries du transport, que ce soit celle de l’autobus, du taxi, du camionnage, maritime et ferroviaire. Consterné devant la décision du gouvernement caquiste de déréglementer l’industrie du taxi en adoptant le projet de loi 17, Gilles Tremblay estime que les propriétaires de permis devraient être dédommagés au même titre que les propriétaires de commerces qui sont expropriés.

« Les propriétaires de permis ont investi et emprunté en ayant comme garanti que cette industrie était réglementée par l’État. Présentement, le projet de loi propose une petite partie de remboursement, mais ce n’est pas juste par rapport à la réalité. Par exemple, si je possède un dépanneur et qu’on m’exproprie, on me donnera le montant que le bâtiment vaut actuellement, en plus d’un montant pour mon fonds de commerce. C’est la même chose pour un taxi. La loi était claire. Cette industrie était encadrée et réglementée par le gouvernement. C’est donc dire que le propriétaire devrait recevoir le montant que son permis valait, avant l’arrivée d’Uber. Le 250 millions $ ne couvriront pas les investissements de ces propriétaires. Et je peux vous dire que les propriétaires ont une très bonne cause pour se retrouver devant les tribunaux », estime Gilles Tremblay.

Au profit d’Uber

Selon lui, la nouvelle loi a été créée au bénéfice de la multinationale Uber, mais il ne s’explique pas pour quelle raison précisément.

« Le gouvernement explique que l’industrie du taxi est désuète, que les propriétaires ne se sont pas adaptés à notre époque. C’est faux. Au cours des dernières années, il y a eu une grande modernisation de l’industrie. Les taxis ont, eux aussi, leur application et ils offrent tous les modes de paiement, par exemple. Mais ce qui est encore plus important, c’est que l’industrie est actuellement réglementée, ce qui ne sera plus le cas », affirme Gilles Tremblay, donnant en exemple l’obligation des chauffeurs de taxi de procéder aux courses, quelles qu’elles soient. « Le chauffeur a l’obligation d’embarquer tous les clients. Même les clients qui ne rapportent pas. Même les clients qui ne font pas leur affaire. Il existe également une protection tarifaire, ce qui ne sera plus le cas. Par exemple, si un touriste prend un taxi de Chicoutimi à Jonquière, il n’a aucune idée de combien ça vaut. Avec le taxi, il sait que le tarif est réglementé. Avec Uber, il n’y a pas de réglementation du genre », souligne Gilles Tremblay, ajoutant que n’importe qui pourra s’improviser chauffeur de taxi, à la grandeur de la province. « Quelqu’un de Montréal pourra venir faire du taxi ici, à La Baie, une fin de semaine où il y a des bateaux de croisière, et repartir ensuite. C’est assez aberrant », ajoute-t-il.

Clientèle handicapée

Mais l’aspect qui révolte le plus l’ancien commissaire, c’est celui du transport pour les personnes handicapées.

« Le transport adapté est réglementé dans la loi sur l’industrie du taxi. Si le projet de loi est adopté, il ne le sera plus. Uber n’aura donc pas à offrir un service obligatoire aux clients handicapés. Ça, le gouvernement n’en parle pas et le ministre a dit qu’il n’y avait pas pensé. C’est impossible. Il y a ici un réel abandon de la clientèle à mobilité réduite », estime Gilles Tremblay.