Depuis le 3 novembre, Julie Orphanos a tatoué plus de 550 personnes aux quatre coins de la province.

Tatouer pour la cause

C’est en mémoire de son amie décédée en novembre 2017 que Julie Orphanos sillonne le Québec, depuis plus de deux mois, afin de laisser une trace permanente sur la peau des gens qu’elle rencontre. La tatoueuse porte en elle et dépose sur les autres un vibrant message d’espoir. De ville en ville, elle tatoue un point-virgule sur les corps des gens. Grâce à ce projet, l’artiste tatoueuse a remis plus de 5000 $ à divers organismes.

Julie Orphanos a décidé de souligner le premier anniversaire du décès de son amie d’une façon unique. Avec l’accord de la mère de la défunte, elle s’est lancée dans ce projet qui devait initialement durer une seule journée. Le succès est plus qu’au rendez-vous, puisque la tatoueuse n’a pas cessé depuis. 

« La mère de mon amie a été la première participante à la collecte de fonds. C’était son premier tatouage », explique la jeune femme. Environ 40 % des participants en sont à leur premier tatouage. 

Depuis le 3 novembre, l’instigatrice a eu l’occasion de tatouer des personnes âgées de 16 ans à 78 ans. Les participants en profitent pour marquer leur peau en famille, en fratrie et même en groupe de travail. 

La première visite au Lac-Saint-Jean de Julie Orphanos aura permis de marquer une centaine de personnes, alors que des événements ont eu lieu jeudi et vendredi derniers à Saint-Nazaire et à Alma. À la fin de sa première journée en sol jeannois, la principale intéressée estimait avoir tatoué plus de 550 points-virgules, alors qu’une cinquantaine de participants l’attendaient, le lendemain, à Alma.

Forte signification

Le tatouage de ce signe de ponctuation n’a rien d’anodin alors qu’une signification bien précise entoure le point-virgule. « En littérature, le point-virgule, c’est quand l’auteur aurait pu mettre un point à sa phrase, mais qu’il décide de la poursuivre. C’est un symbole qui signifie de continuer. Cela touche beaucoup de choses, comme la dépression, le suicide, la maladie mentale et la dépendance, explique-t-elle. Tout le monde, que ce soit de près ou de loin, risque d’être touché. »

Les séances de tatouage n’ont rien de banal. Julie Orphanos rencontre des gens avec des histoires bien particulières. Les pleurs sont parfois du rendez-vous. « Il y a de belles histoires et des histoires très tristes. Les gens prennent rendez-vous en me racontant leur histoire, la raison du tatouage », témoigne celle qui coordonne le tout bénévolement, en compagnie d’une amie. La jeune femme de Saint-Lambert, sur la rive sud de Montréal, consacre près de 60 heures par semaine à ce projet. 

Cette activité fait partie du processus de guérison pour certains. « On me dit : “J’ai besoin de ce tatouage, d’une tape dans le dos, de souligner mon courage, que ce soit moins tabou et moins lourd.” », exprime Mme Orphanos. 

Un tarif minimum de 20 $ est demandé par tatouage. La moitié de l’argent est remise à l’Association québécoise de prévention du suicide. Certaines journées sont également dédiées à des organismes spécifiques. Ceux-ci sont toujours reliés à la signification du point-virgule, soit à la santé mentale, à la dépression ou à la dépendance. Jusqu’à présent, la jeune femme a remis plus de 5300 $ en dons.

La principale intéressée se laisse porter par la demande. Le projet voyage grâce au bouche-à-oreille et aux réseaux sociaux. Les prochaines semaines la conduiront notamment à Joliette, à Sherbrooke et en Gaspésie. Elle prévoit revenir bientôt au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les détails se retrouvent sur sa page Facebook, Orphanos tattoos.

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Si vous avez besoin d’aide ou remarquez qu’un proche est en détresse, n’hésitez pas à contacter 1866 APPELLE (277-3553). Une aide immédiate, offerte par un intervenant formé en intervention de crise suicidaire, est accessible 24 heures par jour et sept jours par semaine. Le service est sans frais et confidentiel. 

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EN SOUVENIR D'UNE AMIE

La motivation de remettre 50 % des recettes à des organismes et à des associations reliées à la santé mentale n’est pas étrangère à Julie Orphanos. L’infirmière de formation, qui est maintenant tatoueuse, a elle aussi combattu la dépression, au cours des dernières années.

Julie Orphanos a été hospitalisée à l’été 2017 en raison d’une dépression. Cet épisode difficile de sa vie l’a conduite à une thérapie comportementale de trois mois. Durant cette période, la jeune femme s’est liée d’amitié avec d’autres personnes. De ce groupe d’amis, l’une d’elles s’est malheureusement enlevé la vie, le 2 novembre 2017. « Cette personne est à l’origine de mon changement de carrière », explique-t-elle.

C’est en quelque sorte pour elle une façon de faire le tatouage que son amie n’aura jamais eu le temps d’avoir. Annie-Claude Brisson