Répondante politique pour l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Lynn Brie confirme l'inquiétude des intervenants du Centre jeunesse au sujet de l'hébergement de jeunes aux prises avec des problèmes de santé mentale en unité régulière.

Surcharge en santé mentale

Les unités d'hébergement en santé mentale du pavillon Saint-Georges, à Chicoutimi, débordent. Si bien que des jeunes qui présentent des troubles psychologiques importants sont transférés vers des unités régulières, prétend le syndicat. Ceci créerait ainsi une situation potentiellement dangereuse, autant pour la clientèle que pour les intervenants du Centre jeunesse.
Il y a quelques années, des compressions budgétaires ont forcé la fermeture d'une unité en santé mentale dans la région. Deux ressources subsistent : l'une destinée aux filles et l'autre réservée aux garçons, pour une capacité d'accueil de 14 lits. L'accroissement de la clientèle aux prises avec des troubles d'ordre psychologique fait en sorte que les ressources demeurent insuffisantes. 
Répondante politique régionale de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Lynn Brie confirme la véracité d'informations transmises au Quotidien à ce chapitre. Selon ce que nous avons appris, des intervenants qui ne sont pas outillés ou présents en nombre suffisant pour oeuvrer auprès de jeunes en santé mentale se trouvent dans l'obligation de le faire. Tout cela est loin d'être « optimal », de l'avis du syndicat, selon lequel la situation rend difficile l'application de plans d'intervention, en plus de compromettre la sécurité des jeunes et des éducateurs.
« Avec l'augmentation des cas, les deux unités ne suffisent plus. Il est fréquent que la clientèle en santé mentale se retrouve avec celle régulière. Le ratio éducateur-jeune en santé mentale est d'un pour sept et il y a deux éducateurs en tout temps. En unité régulière, on parle d'un éducateur pour 12 jeunes. Parfois, il peut y en avoir deux, mais en santé mentale, c'est toujours deux éducateurs », met en contexte Lynn Brie. Elle ne peut fournir de chiffres précis quant au nombre de jeunes hébergés en ressource régulière chaque semaine, mais assure « qu'il y en a tout le temps et que c'est constant ». 
Selon la représentante syndicale, l'ajout de cas particuliers à l'unité régulière ajoute à la charge de travail des éducateurs, qui n'ont plus le temps d'intervenir comme ils souhaiteraient le faire auprès des jeunes en difficulté.
« On n'a pas le choix de diminuer l'intensité des interventions. Ça amène une augmentation de la gestion de crises. On éteint davantage les feux », note-t-elle.
Causes
Le syndicat ne peut se prononcer sur les causes exactes de l'explosion des cas de santé mentale en centre jeunesse. Une chose est sûre, dit Lynn Brie, les compressions gouvernementales y sont pour quelque chose puisque certaines mesures de rationalisation ont mené à la diminution de services à l'externe.
« Il y a des questionnements chez les intervenants concernant les services offerts en prévention. Ça pourrait expliquer la progression de cette clientèle-là en centre jeunesse », enchaîne la porte-parole syndicale. 
Lynn Brie signale que du point de vue des éducateurs, qui veulent offrir le meilleur service aux jeunes, la solution serait d'ouvrir une autre unité spécialisée ou d'augmenter le ratio éducateur-jeune. Tous estiment cependant que depuis la création du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS), l'heure est davantage aux coupes qu'à la bonification des ressources humaines et matérielles.
Faux, soutient le CIUSSS
La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) nie que des jeunes avec de graves problèmes de santé mentale sont hébergés en unité régulière, faute de places.
Adjoint à la présidente-directrice générale et directeur des relations médias, Jean-François Saint-Gelais a précisé qu'il n'y a « pas de jeunes hébergés à l'Unité de traitement individualisée (UTI) en santé mentale qui sont transférés au régulier ».
Quant aux ressources disponibles en intervention, le CIUSSS assure qu'il y a « assez de personnel pour s'occuper des jeunes ». 
« Par contre, on est en recrutement constant. Ça fait partie du type d'emplois pour lequel on recrute tout le temps », pointe Jean-François Saint-Gelais. 
En ce qui a trait à la désuétude d'équipements qui pourraient mettre en péril la sécurité des intervenants et des jeunes, le CIUSSS reconnaît que des lacunes demeurent en ce qui a trait aux boutons panique. 
« C'est vrai qu'il y a eu des problèmes et c'est vrai que ça soulève des préoccupations. Il y a eu des bris, on a réparé et le système a brisé encore. Dès mardi, on va réessayer de nouvelles solutions. Si ça ne fonctionne pas et si ça implique que l'on doit changer le système au complet, c'est ce qu'on va faire », assure Jean-François Saint-Gelais.
Quant à la réparation de bris dans un délai déraisonnable, une situation dénoncée par le syndicat, le CIUSSS estime que les travaux se font le plus rapidement possible. 
« Considérant le type de clientèle, ça arrive souvent qu'il y ait des bris. On en a eu des majeurs dernièrement et une semaine plus tard, tout était réparé. C'est très facile de tout mettre sur le dos du CIUSSS. Mais il n'y a pas plus de lenteurs qu'avant », conclut le porte-parole.
Des bris inquiètent
Des enjeux de santé et sécurité au travail dans les unités d'hébergement interpellent l'APTS, le syndicat qui représente désormais les travailleurs du Centre jeunesse du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Autrefois, lorsque des bris d'équipement étaient signalés à la direction de l'Agence régionale de la santé et des services sociaux, les correctifs étaient apportés rapidement, résume Lynn Brie. Celle qui agit comme répondante politique régionale pour le syndicat remarque que depuis la naissance du CIUSSS, une structure plus imposante que la défunte agence, les délais s'étirent, ce qui n'est pas sans conséquences pour la clientèle et le personnel.
« Vous savez, une vis, ça peut aussi devenir une arme dans une unité d'hébergement. Une porte d'armoire arrachée, ça peut devenir un bâton. Ça peut être très dangereux si un jeune décide de l'utiliser envers lui-même ou envers un intervenant », tranche Lynn Brie.
Des boutons brisés
Selon les autorités syndicales, des boutons permettant de communiquer avec la sécurité en cas d'urgence présents sur les étages sont défectueux, une situation qui inquiète les intervenants et leurs représentants syndicaux au plus haut point.
« Quand quelqu'un appuie sur un bouton panique et que le signal décolle seulement 20 minutes plus tard, c'est assez inquiétant. Actuellement, la sécurité des lieux n'est pas optimale. Ça a été dit, mais les bris ne sont pas réparés rapidement », met en relief la répondante politique de l'APTS.