Le directeur de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées Pascal Sirois considère que le survol mondial sur les stocks de ouananiches qui fait du lac Saint-Jean le joyau du saumon d’eau douce aura des retombées positives pour toute la région et tous les groupes impliqués dans la gestion de l’aire faunique communautaire.

Stocks de ouananiches dans le lac Saint-Jean: un modèle de gestion salvateur

Le modèle de gestion mis en place pour redresser les stocks de ouananiches dans le lac Saint-Jean depuis 2003 ajoute au caractère unique du plan d’eau sur le plan mondial alors que le système de gestion est bâti sur la capacité de support du lac Saint-Jean et non sur la production des frayères et sur une grande flexibilité réglementaire.

Au cours de l’entrevue qu’il accordait au Quotidien mercredi, Pascal Sirois a fait un bref retour dans le passé pour souligner le chemin parcouru depuis l’imposition d’un moratoire, en 2003, pour une période d’une année. « L’effet du moratoire a été sur le message qu’il lançait plus que sur le plan biologique », croit aujourd’hui Pascal Sirois.

À partir de la mise au jour de la relation proie-prédateur (éperlan-ouananiche), les études ont été lancées pour mesurer la production biologique du lac Saint-Jean. Les résultats ont mené jusqu’à la construction de « pyramides à éperlans » dans la zone de l’île aux Pins à la sortie de la rivière Mistassini.

Le chercheur attend l’automne avec impatience alors que les résultats des dérives de larves d’éperlans seront comptabilisés. Ils permettront de bien mesurer l’efficacité de ces empierrements sur lesquels les œufs d’éperlans s’accrochent.

Fait très rare et malgré ces résultats, Pascal Sirois croit que l’on a de fortes chances de ne plus assister à des cassures abruptes à la fin du cycle qui était de l’ordre de sept ans en moyenne. La modulation des règles de gestion combinée aux interventions physiques risque de fonctionner à plus long terme.

« C’est rare d’avoir la flexibilité que nous avons ici de modifier d’année en année les règlements. On peut commencer à pêcher plus tôt dans la saison. Il est possible d’augmenter ou diminuer les limites de prises quotidiennes par les pêcheurs », explique Pascal Sirois.

Dans toute cette aventure, le chercheur retient la patience des pêcheurs qui ont fait confiance en la science depuis 2003. Cette confiance, qui fait souvent défaut dans des situations complexes comme celle du lac Saint-Jean, a été accompagnée d’une collaboration entre le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, de la communauté de Mashteuiatsh, des MRC et de la Corporation LACtivité Pêche qui gère plus directement les activités de surveillance, de logistique et de coordination de tout ce qui touche la pêche en lac et en rivière.

À court terme et pour un avenir prévisible, Pascal Sirois ne voit pas de menace pour les stocks de ouananiches du lac Saint-Jean. Tant et aussi longtemps que les quatre rivières conserveront leur cadre naturel, il considère que la qualité de pêche et la pérennité de l’espèce seront assurées. Les résultats des dérives de larves permettront d’établir si la mise en place de nouvelles pyramides à éperlans s’avère pertinente pour la qualité de pêche.

Il plaide pour la conservation de tout ce qui a été mis en place historiquement et qui permet d’avoir des données probantes sur l’état des populations. L’exemple de la barrière de la rivière Mistassini, qui permet de compter année après année les poissons qui remontent sur les sites de frai depuis la fin des années 1960, illustre bien ces outils que le scientifique juge nécessaire de protéger.

+ MARC ARCHER JUBILE

« On ne peut pas demander plus que le joyau mondial. Après, c’est le Patrimoine mondial de l’UNESCO. »

Le directeur général de la Corporation LACtivité pêche, Marc Archer, a lu et relu à plusieurs reprises le survol mondial des stocks de ouananiches indigènes qui confirment que le lac Saint-Jean, pour différentes raisons, est devenu un joyau mondial pour ce saumon d’eau douce prisé des pêcheurs sportifs.

« Qu’est-ce que vous voulez, ça mord tempête sur le lac Saint-Jean, la montaison est débutée sur la Mistassini avec deux semaines de retard et nos projections font état de 500 saumons, exactement dans la cible de gestion. »

Le scénario ne pouvait être mieux établi puisque cette reconnaissance arrive alors que le début de saison de la pêche a enflammé les réseaux sociaux avec des centaines de photos de ouananiches « ballon de football », témoignant de la santé du plan d’eau. Des dépositaires d’autorisation de la CLAP ont commandé de nouveaux formulaires.

« Pour une fois, enchaîne le biologiste associé au dossier ouananiche depuis 35 ans, on peut dire que c’est mieux ici. On dit toujours qu’ils sont meilleurs ailleurs. »

Marc Archer savait que le lac Saint-Jean présentait des particularités pour la ouananiche dans le monde. La revue scientifique produite par des spécialistes et basée sur des données probantes confirme enfin ce qu’il percevait au fil des ans.

« Maintenant que nous savons que nous avons ici le joyau mondial, il faut le protéger et faire circuler l’information pour le futur », reprend le patron de la CLAP qui entend bien tabler sur cette reconnaissance pour maintenir la cadence sur les recherches et possiblement, envisager l’amélioration des sites de frai pour l’éperlan.

« On ne sait pas ce qu’il y avait avant les barrages (Isle-Maligne et Passes-Dangereuses/Rivière Péribonka), mais on sait que ce qu’il nous reste est exceptionnel », a conclu Marc Archer.

À gauche Marc Archer.