Me Dominic Bouchard croit que Stéphane Girard doit être acquitté des deux chefs d'accusation.

Stéphane Girard doit être acquitté

Le Jonquiérois Stéphane Girard ne peut non seulement pas être responsable de la mort de son ami Michel Gagnon, mais en plus, il n'a pas conduit sa motoneige en état d'ébriété, soutient Me Dominic Bouchard, qui demande son acquittement total.
Les plaidoiries au procès de l'homme de 44 ans accusé de conduite avec les facultés affaiblies et de conduite avec un taux de plus de .08 causant la mort, pour des événements survenus le 27 mars 2015, ont eu lieu mardi devant le juge Paul Guimond, de la Cour du Québec.
L'accident s'est produit dans un sentier de motoneige à Lac-Kénogami. Au moment de prendre une courbe en direction de Jonquière, l'engin de Michel « Gazelle » Gagnon, remorqué par Girard, n'a pas suivi le même tracé. Il s'est écrasé contre un panneau de signalisation. 
« Sur le lien causal, le reconstitutionniste Pierre Girard est venu dire que l'accusé ne pouvait être responsable de l'accident, que c'est la victime qui n'a pas suivi le tracé. Il ne comprenait pas que cela ait pu se produire, car tout s'était bien déroulé sur 21 kilomètres auparavant. »
« Il a conclu que l'autre motoneigiste n'avait pas les deux mains sur le guidon. Il a même indiqué qu'il était possible que Michel Gagnon ait fait un choc vagal, comme cela lui était arrivé dans les dernières années », a précisé Me Bouchard.
L'autre élément important du dossier est le taux d'alcool (.151 et .153) dans le sang du multirécidiviste (cinq antécédents en 1991, 1993, 1999 et 2007 (2)). 
Girard a consommé deux grosses bières et deux Grand Marnier entre 15 h et 18 h 30 avant de retourner vers la maison en remorquant la motoneige de son ami. 
À l'arrivée des policiers de la SPS, un agent a déclaré au procès que Girard avait l'air « ben chaud », un élément qui ne se trouvait pas dans le rapport original.
« L'agent est le seul à avoir noté ça. Le couple qui est arrivé sur les lieux en premier, notamment la dame qui a passé beaucoup de temps en sa compagnie, n'a rien remarqué. Même chose pour les autres agents sur place et même de l'enquêteur Katie Cantin, qui n'a rien noté lors de l'interrogatoire », reprend Me Bouchard.
« La Couronne a commandé une analyse à l'expert (laboratoire médico-légal) André Dion. Son rapport est un torchon et il n'a aucune valeur. Pourquoi ? Parce que les données qu'il a analysées ne sont pas les bonnes », a renchéri le criminaliste.
Me Bouchard note que les taux étaient en augmentation plus de trois heures après les événements, ce qui semble invraisemblable.
Dans le rétrocalcul, Me Bouchard note que l'expert s'est trompé sur l'âge de l'accusé (45 ans au lieu de 42), qu'il a établi le début de la consommation à 15 h 30, alors que c'était 15 h, et ne savait pas si les grosses bières étaient de 625 ou de 750 millilitres. Et il a calculé un shooter alors que Girard ne l'a pas pris. « C'est comme un fromage gruyère, c'est plein de trous », conclut Me Bouchard.
L'accusé a contribué au décès
En raison de ses capacités affaiblies par la consommation d'alcool, Stéphane Girard a démontré un comportement contributif plus que minime à l'accident de motoneige entraînant la mort de son ami. Il doit donc être reconnu coupable, selon Me Sébastien Vallée, de la Couronne.
Le représentant du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) reconnaît d'entrée de jeu que l'événement du 27 mars 2015 a été un accident, mais que cela ne fait pas en sorte d'exonérer de tout blâme le récidiviste de l'alcool au volant.
« Je suis d'accord sur deux points avec mon confrère de la défense. Le tribunal ne peut tirer d'inférence que les antécédents judiciaires font qu'il était nécessairement en facultés affaiblies. Vous pouvez par contre tirer une inférence qu'il devait être très sensibilisé à la situation en raison des antécédents », a indiqué Me Vallée.
« Et je suis d'accord sur le fait qu'il s'agit d'un accident, que M. Girard ne voulait pas la mort de son ami », ajoute-t-il.
Mais cela étant dit, ces éléments ne font pas en sorte que l'accusé ne peut pas être reconnu coupable sur le lien causal.
En fait, Me Vallée croit que le fait que Girard avait un taux d'alcool de plus de .08 démontre que son jugement était altéré et qu'il est en partie responsable de l'accident mortel.
« Et ce sur plusieurs points de vue. Il savait que son ami pouvait perdre conscience lorsqu'il avait consommé de la boisson. Son meilleur ami lui a aussi dit qu'il serait préférable de laisser la motoneige en bordure du sentier plutôt que de la remorquer. »
« En raison de la consommation d'alcool, M. Girard avait une mauvaise perception des choses. Avec un taux de plus de 80 (milligrammes d'alcool par 100 millilitres de sang), on peut démontrer qu'il a fait défaut de ne pas percevoir ce qu'un autre conducteur aurait perçu. Pour toutes ces raisons, son jugement était donc altéré », a soutenu Me Vallée.
L'ensemble des circonstances démontrent que l'accusé est responsable en partie de ce qui est arrivé.
Le juge Guimond s'est ensuite interrogé sur la compréhension à faire du rapport de l'expert André Dion. Il aurait aimé en savoir davantage sur le fait que le taux d'alcool a augmenté au lieu de diminuer, que l'expert n'avait pas le bon âge de l'accusé, ni la bonne heure du début de la consommation et qu'il ne savait pas si les bières absorbées étaient de 625 ou 750 millilitres.
« J'aurais aimé avoir les réponses. Est-ce que ça peut apporter un doute raisonnable ? », a-t-il demandé.
Le juge Paul Guimond rendra son verdict le 2 juin.