Spectacle aérien de Bagotville 2021: un hommage aux victimes de la COVID-19

Normand Boivin
Normand Boivin
Le Quotidien
Les organisateurs du Spectacle aérien international de Bagotville (SAIB) 2021 étudient une façon de rendre hommage aux personnes touchées par la COVID-19.

La suggestion est venue de la ministre des Affaires municipales et députée de Chicoutimi, Andrée Laforest, lors d’une rencontre tenue récemment.

« C’est quelque chose que nous voulons faire, mais ça reste à déterminer quelle forme cela va prendre », précise le commandant de la Base militaire de Bagotville et de la 3e Escadre, le colonel Normand Gagné.

La pandémie a touché tout le monde. Il y en a qui sont morts, d’autres ont été malades, des emplois ont été touchés. On a dû prendre soin de certaines personnes, travailler à distance ou carrément se tourner vers des prestations salariales. « Ça prend quelque chose de significatif, même si ce n’est pas le but premier de l’événement, qui est avant tout une fête. Il va falloir trouver une façon de l’harmoniser avec le thème qui sera choisi pour la livrée du CF-18 de démonstration 2021 et qui n’a pas encore été déterminé. »

L’organisation est allée chercher du soutien auprès des maires et des représentants des MRC qui seront visitées, en plus d’avoir des discussions avec le maire de Québec, Régis Labeaume.

Outre le défi logistique d’offrir un spectacle aérien sans rassemblement, au cas où la région soit toujours en zone rouge, le SAIB 2021 reste un casse-tête financier. « Habituellement, nos commanditaires fournissent 95 % de notre budget de 1,8 M $, note Michel Aubin, directeur général adjoint du SAIB. L’été prochain, nous aurons moins de dépenses, mais pas tant que ça, car nous devons payer les frais des équipes invitées. Bien que les Snowbirds fassent partie de l’Aviation royale canadienne, ce n’est pas elle qui paie les dépenses, mais ceux qui les font venir. Et même si on n’aura moins d’infrastructures à payer pour accueillir des gens sur la base, les appareils vont voler davantage pour faire la tournée et ainsi dépenser plus de carburant. »

En contrepartie de ces dépenses, le SAIB 2021 ne peut pas offrir à ses commanditaires une visibilité comparable à celle d’une édition normale, où plus de 100 000
personnes se rassemblent à Bagotville. Il y aura néanmoins un programme gratuit sur Internet, que les gens pourront télécharger et imprimer.

Carboneutre

COVID ou pas, la prochaine édition ne veut pas être moins verte que la dernière, qui avait décroché le prix Platine des Pinnacle Awards pour son leadership mondial en écoresponsabilité événementielle, lors de la convention annuelle de l’International Council of Air Shows, ce qui avait valu à l’organisation une invitation pour présenter sa démarche écoresponsable au European Council Airshow.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du SAIB 2019 se sont élevées à 1071 tonnes de dioxyde de carbone. Tous ces GES ont été compensés en double par des crédits carbone Gold Standard correspondant à la plantation d’environ 7650 arbres et des investissements dans des projets d’énergie renouvelable.

En 2021, le SAIB compte encore se conformer aux normes BNQ, ISO et Carboneutre.

Malgré la pandémie, il y aura un spectacle aérien à Bagotville en juin, grâce aux efforts de Michel Aubin, Normand Gagné et David Chown. L’Opération bon voisinage vise à garder allumée la flamme chez les amateurs d’aviation en attendant un spectacle inédit en 2023.

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À REGARDER À LA MAISON

COVID-19 ou pas, il y aura un spectacle aérien à Bagotville en juin. Cependant, il n’y aura pas de grands rassemblements de dizaines de milliers de personnes sur deux jours comme c’est habituellement le cas.

Le SAIB 2021 se déplacera vers les foyers du Saguenay–Lac-Saint-Jean et possiblement à Québec, le 26 juin, pour l’Opération bon voisinage. Les organisateurs se gardent la porte ouverte pour le 27, en cas de mauvais temps.

« Je ne voulais surtout pas organiser un événement qu’on risquait de devoir annuler. Peu importe l’évolution de la pandémie, nous souhaitions que ce soit couronné de succès », lance d’emblée le commandant de la Base militaire de Bagotville et de la 3e Escadre, le colonel Normand Gagné.

« Nous ne savons pas où en sera la pandémie dans six mois. Peut-être que le virus sera chose du passé et que tout sera revenu à la normale. Mais peut-être qu’on sera encore en zone rouge, orange ou jaune. Alors, on joue de prudence avec une activité qu’on pourra tenir même en zone rouge. Si la pandémie est terminée, tout dépendant du temps qu’il restera avant l’événement, on pourra peut-être organiser des activités pour accueillir des gens sur la base pour qu’ils puissent voir décoller les avions », promet ce dernier.

Survols à basse altitude

Même s’il reste encore beaucoup de détails à régler, le plan consiste à offrir un spectacle d’une à deux heures, par un défilé continu d’aéronefs militaires, dont le CF-18 de démonstration et l’équipe des Snowbirds.

Les appareils décolleraient de Bagotville pour faire la tournée des principales villes de la région. Ils ne le feraient pas tous en même temps, d’où le fait que le spectacle puisse s’étirer sur plus d’une heure. Il n’est évidemment pas question de voir les aéronefs réaliser des acrobaties au-dessus des résidences. Ils passeront à une altitude sécuritaire, mais assez basse pour offrir une bonne vue aux personnes au sol.

Au même moment, des équipes d’animation de CKYK-FM seraient déployées pour décrire ce qui se passe, dès le décollage de Bagotville, et pouvoir ainsi aviser les citoyens du moment où les appareils apparaîtront dans le ciel de leur coin de pays. Parallèlement, DERYTelcom fournirait des images en continu (streaming), que les citoyens pourraient visionner sur une application à télécharger.

De six à dix équipes pourraient se succéder pendant ce spectacle aérien à domicile, qui devrait aussi se déployer jusqu’à Québec, en passant par Tadoussac, Saint-Siméon et Rivière-du-Loup, survolant 1,5 million de personnes. Ce sera très dynamique, promettent les organisateurs.

Invités

Outre les CF-18 et les Snowbirds, l’organisation pourra compter sur les hélicoptères CH-146 Griffon et a lancé l’invitation aux CH-147 Chinook de la force terrestre et CH-148 Cyclone de la Marine, ainsi qu’aux avions stratégiques CP-140 Aurora, chasseurs de sous-marins, CC-177 Globemaster, le plus gros avion de transport du Canada, CC-150 Polaris (Airbus) et CC-130 Hercules. L’avantage, s’il en est un, est que plusieurs de ces aéronefs sont exposés au sol pendant une édition normale. Cette fois, tout le monde pourra les voir voler.

En raison des coûts élevés des assurances pour le survol de régions habitées, il n’y aura aucun aéronef civil invité.

Le SAIB est un événement qui génère des retombées importantes, évaluées à 10 M $. L’Opération bon voisinage va lancer la saison 2021 de l’Association touristique régionale au Saguenay–Lac-Saint-Jean et est, pour l’instant, le seul événement majeur au programme, en raison de la pandémie.

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«IMPENSABLE D'ANNULER»

Le Spectacle aérien, qu’on connaissait sous le terme anglais « pageant » lors de sa création en 1953, est un incontournable, mais le rendez-vous annuel a tout de même été retiré du calendrier en 1996, 2001 et 2003, avant de revenir tous les deux ans à partir de 2005. Une situation que son président d’office, le commandant Normand Gagné, son directeur général, le lieutenant-colonel David Chown, commandant du 3e Escadron de maintenance (Air), et le directeur général adjoint, Michel Aubin, voulaient éviter à tout prix.

« Bagotville est trop reliée à l’histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour ne pas aller à la rencontre de sa population. Moi qui viens d’ailleurs, j’ai pu constater que contrairement à d’autres endroits, les gens y sont très attachés, car la Base [militaire de Bagotville] a été créée en 1942 pour défendre les usines et les barrages hydroélectriques d’Alcan qui produisaient l’aluminium utilisé pour fabriquer les avions des Alliés. Pas pour rien que notre devise est ‘‘Défendez le Saguenay’’ », plaide le colonel Gagné, tout en rappelant l’impact économique que génère une installation comptant 1800 employés militaires et civils.

Et c’est sans compter les investissements de plusieurs centaines de millions de dollars en cours pour moderniser les hangars, construire l’édifice de la 2e Escadre, préparer l’arrivée des nouveaux chasseurs et réaménager la zone d’alerte, où deux pilotes sont prêts à décoller 24 heures sur 24, sept jours sur sept. « Bagotville est là pour rester », dit-il, faisant référence aux années d’incertitude dans la décennie 80-90.

Dans le contexte sanitaire actuel, l’équipe du SAIB s’est cassé la tête pour transformer un événement qui a attiré, en 2019, plus de 143 000 personnes, dont 56 000 visiteurs de l’extérieur, en une fête que chacun pourra regarder en toute sécurité chez soi.

« Pour nous, être quatre années sans spectacle aérien était impensable. Cette formule va nous permettre d’être là et de lancer ce que sera le SAIB 2023 », poursuit le colonel Normand Gagné. 

« Dans les moments difficiles, il faut que les communautés se solidarisent. Et le spectacle 2021 est là pour ça », renchérit le lieutenant-colonel Chown.

« Nous ne pouvions pas briser les liens avec nos commanditaires pour une si longue période. Ils sont des contributeurs importants, car ils fournissent 95 % de notre budget », ajoute Michel Aubin.