Le groupe formé de 14 élèves et de quatre enseignants a mangé de l’orignal et du castor.

S’ouvrir à l’autre: des élèves de Riverside en sol innu

Faire tomber les barrières. Celles bien présentes entre les Blancs et les représentants des Premières Nations et celles qui séparent les élèves performants de leurs camarades au parcours moins linéaire. Des enseignants de l’école secondaire Riverside ont fait d’une pierre deux coups, la semaine dernière, en permettant à 14 jeunes de participer à une expédition de trois jours sur la Côte-Nord, en territoire innu.

L’initiative était celle de Marianne Larouche, enseignante en français et en histoire à Riverside. En visionnant la série webdocumentaire Les acteurs du Nord, dont l’un des épisodes place les projecteurs sur Jean-Luc Kanapé, guide et copropriétaire de la pourvoirie Mashkuss Aventures, elle est tombée sous le charme des lieux et du personnage. Dès lors, elle s’est fixé pour objectif d’organiser une expédition chez Mashkuss Aventures, à Pessamit, près de la centrale Bersimis 2. L’objectif était de fournir à un groupe d’élèves volontaires une expérience riche en découvertes et en apprentissages. Elle a convaincu la direction de la pertinence du projet. 

«Nous voulions faire vivre une expérience hors du commun à des jeunes de deuxième et troisième secondaire en difficulté d’apprentissage autant qu’à des premiers de classe. Ce sont tous des jeunes qui ont en commun de vouloir se dépasser, dans un tel voyage», résumait Marianne Larouche, à quelques jours du coup d’envoi de l’aventure, à laquelle se sont greffé ses collègues enseignants Derek Savoy, Christine Tremblay et Jessica Duguay. Rencontrée à son retour, alors qu’elle était entourée d’élèves qui ont participé à l’expédition et de ses deux consoeurs, l’enseignante affichait un sourire satisfait. 

«Il y a des élèves dans le groupe qui ont des difficultés à l’école et d’autres qui n’en ont pas. En début d’année scolaire, on voulait favoriser un contact entre des jeunes qui ne se connaissent pas ou qui ne sont pas nécessairement des amis. On voulait aussi les sortir de leur zone de confort, même si, rendus là-bas, on s’est rendu compte que certains se trouvaient directement dedans», a expliqué l’enseignante.

Ouverts d’esprit

Le dossier académique n’avait absolument rien à voir avec l’admissibilité au projet. Pour être considérés, les adolescents de 13 à 15 ans devaient satisfaire un seul critère : démontrer de l’ouverture d’esprit à l’égard d’une autre culture. Cette caractéristique est commune à Mark, Victoria, Arielle, Noémie, Ugo, Devan, Francis, Kya et les autres membres du groupe qui s’est rendu au campement situé aux abords de la rivière Betsiamites. Le trajet de quatre heures en autobus scolaire en valait le coup, se sont-ils tous entendus pour dire, puisque chaque adolescent a vécu une expérience unique qui marquera à jamais son parcours. 

En plus d’explorer une partie du territoire ancestral innu et d’en apprendre davantage sur les us et coutumes des Premières Nations, la délégation de Riverside a pu se familiariser avec les enjeux auxquels font face les jeunes autochtones d’aujourd’hui. Les élèves ont pratiqué la trappe, coupé les branches de sapin qui leur serviraient de lit et dormi dans un tipi. Ils sont partis chasser en chaloupe et se sont imprégnés des traditions amérindiennes en matière de subsistance. Ils ont marché en nature, pris part à un repas traditionnel d’orignal, mangé de la viande, du foie et de la queue de castor, préparé la banik et rempli leurs poumons de l’air pur et revigorant du Nord.

L’enseignante en français et en histoire à l’école secondaire anglophone Riverside, Marianne Larouche (à droite) a été la bougie d’allumage de ce projet. L’ont suivie dans l’aventure ses collègues Derek Savoy, Jessica Duguay et Christine Tremblay.
Le jeune William Couture a trappé le castor avec le guide Tommy Bellefleur.

Formateur et rassembleur

Ugo Camps, originaire de France, n’avait jamais vécu une expérience aussi dépaysante. Celui qui vit au Québec depuis un an s’est retrouvé dans un univers qu’il situe géographiquement «au milieu du nulle part», mais qui, au plan personnel, a trouvé une place dans son coeur. 

«C’était un environnement tellement calme et apaisant. On avait un sentiment de liberté et le paysage était magnifique», a relevé l’adolescent qui a adoré son séjour à Pessamit. 

Son camarade Francis Radiff abonde dans le même sens. Sauf pour la prise de photos, les cellulaires ont été mis au rancart pendant trois jours, placés dans le même tiroir, à côté de la notion du temps. L’étudiant, dont la langue maternelle est l’anglais, a confié qu’il a grandement profité de cette chance, très rare, de ne pas devoir se plier à un horaire.

Au plan humain, le passage de la délégation de Riverside chez les Innus de Pessamit a eu un impact colossal sur toutes les parties impliquées. Marianne Larouche souligne que la table était mise pour l’amorce d’un maillage entre deux catégories d’élèves qui, au quotidien, évoluaient en parallèle. Les bases étaient certes jetées, mais il appartenait aux jeunes de s’ouvrir les uns aux autres et de travailler en équipe. L’exercice a porté ses fruits, comme en témoigne Noémie Lamontagne. 

«Avant, on se parlait peu, mais depuis qu’on est de retour, on a un point en commun et on se parle beaucoup plus», a raconté l’étudiante, qui retient de son périple les différences marquées entre sa culture et celle des autochtones. Son amie Arielle Jean-Dingle confie qu’elle ne va pas dans le bois très souvent et que son passage à Pessamit lui a donné l’envie de se coller davantage aux grands espaces.

L’enseignante Marianne Larouche avait une étincelle dans les yeux quand elle est revenue sur les moments forts de ce beau et grand voyage, qu’elle avait imaginé à la fois formateur et rassembleur.

«Plus ça allait, plus ont voyait les barrières tomber. On ne voyait plus les différences ou les difficultés. L’expérience a été positive pour tout le monde. Pas seulement pour les jeunes, mais pour les enseignants aussi. C’est un peu pour ça qu’on a décidé de faire l’expédition en début d’année. On voulait créer des liens», a-t-elle confié. 

Sa collègue Christine Tremblay, professeure de français à Riverside, a soulevé un point fort intéressant en mentionnant que ce type d’expérience enrichit la relation élève enseignant. Loin des murs de l’école, dans un contexte de nature et de découvertes, la dynamique n’est pas la même et devient moins axée sur l’autorité. 

«On a pu voir d’autres aspects de nos élèves et ils nous ont vus sous un autre jour également. Là-bas, on était tous égaux», a-t-elle signifié.