Germain Chevarie, député des Îles-de-la-Madeleine, Véronique Tremblay, ministre déléguée des Transports, Pierre Arcand, responsable de la révision des programmes et Jean Boucher, député d’Ungava, accompagnent le premier ministre Philippe Couillard.

Sommet de l'Aviation: de l'aide pour les voyageurs d'ici

Les voyageurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean auront de l’aide pour payer leurs billets d’avion. Le détail de la mesure annoncée vendredi par le premier ministre Philippe Couillard, à l’issue du Sommet sur le transport aérien régional qui se tenait à Lévis, sera dévoilé dans le prochain budget.

Pour donner un ordre de grandeur, le député de Roberval a cité en exemple un billet qui coûterait 800 $ à Bagotville reviendrait à 600$ pour le voyageur après l’aide de Québec. Une simple hypothèse qu’il ne faut pas tenir pour acquise a mis en garde le premier ministre, puisque le programme n’est pas encore détaillé.

Celui-ci existait déjà pour les régions nordiques. Dorénavant, il sera étendu, en plus de notre région, à l’Abitibi, la Gaspésie et la Côte-Nord. De plus, les sommes seront augmentées et le plafond annuel de remboursement existant dans l’ancien programme sera relevé.

Sur un autre front, Philippe Couillard compte favoriser la concurrence pour briser le monopole d’Air Canada dans certaines régions et ainsi, faire baisser les prix.

Il crée un fonds de desserte régionale destiné à favoriser l’émergence de nouvelles compagnies aériennes et encourager les forfaits touristiques. À cette fin, le gouvernement va créer un incitatif qui pourrait être fiscal pour que les Québécois découvrent leur province. Et pour aider à augmenter l’offre, il modifiera la façon dont les fonctionnaires vont voyager dans la Belle Province.

Dorénavant, ce ne sera plus eux qui réserveront leurs billets d’avion à plein tarif en échange de points bonis de fidélité. Québec ira en appel d’offres pour l’achat de billets, faisant en sorte qu’une compagnie émergente pourra compter sur ce levier économique pour s’implanter dans une région. En point de presse, quelques minutes plus tard, M. Couillard a affirmé qu’il examinerait aussi le cas d’Hydro-Québec qui, pour l’instant, gère elle-même ses 85 000 déplacements annuels en avion. En tout, Québec a annoncé six mesures pour répondre aux demandes des régions et de l’Union des municipalités du Québec.

Parmi elles, il y a également la remise en place d’un Programme d’infrastructures portuaires plus généreux. Une nouvelle qui réjouit le président d’Air Saguenay, Jean Tremblay, même s’il reste encore des zones d’ombre. «C’est une bonne nouvelle, car on voit que la volonté (d’aider) est là», affirme celui qui a demandé que les hydrobases soient incluses dans ce programme (voir autre texte).

Enfin, Québec veut établir une plateforme de discussion avec le fédéral, qui a juridiction sur le transport aérien, pour régler certains irritants comme la formation des pilotes, un problème que M. Couillard a avoué candidement qu’il croyait avoir réglé avec les AEC (voir autre texte).

Table régionale

Prenant ensuite la parole, la ministre déléguée aux Transports et responsable du sommet, Véronique Tremblay, a annoncé la création d’un groupe de travail permanent avec représentation régionale pour discuter d’autres mesures comme l’abolition de la TVQ sur les billets d’avion, l’établissement d’un prix plancher assorti de compensations financières pour éviter les guerres qui feraient mourir les petits joueurs, et faire la promotion du transport aérien en région.

À l’échelle régionale, le comité aurait à établir ses priorités en matière de transport aérien et promouvoir son offre touristique.

Vivre en région

Au début du sommet, le premier ministre avait mis la table pour ces annonces en parlant de son expérience personnelle comme citoyen de Saint-Félicien pratiquant la médecine dans la Métropole.

«Tant que j’ai eu un transporteur aérien entre Roberval et l’aéroport de Saint-Hubert, ç’a bien fonctionné et j’ai eu le sentiment qu’on pouvait vivre en région au Québec. Mais quand j’ai perdu le service, j’ai vécu la réalité qu’on constate aujourd’hui», a dit le premier ministre d’entrée de jeu.

Philippe Couillard a admis qu’on jonglait avec un problème complexe, de juridiction fédérale, mais ajouté que le gouvernement du Québec pouvait aussi faire sa part pour solutionner les trois enjeux identifiés: le prix des billets, la stabilité et la qualité du service, ainsi que les infrastructures.

«Pour nous, c’est une question d’occupation du territoire, dit-il. Nous voulons que les citoyens qui choisissent la qualité de vie des régions aient accès aux grands centres du Québec. Mais à l’inverse, nous voulons aussi que les gens des grands centres urbains aient accès au tourisme dans les régions. J’ai récemment inauguré un parc dans le nord du Québec. Il y a là des paysages à couper le souffle et ça appartient à tous les Québécois. Ils doivent y avoir accès à prix abordable.»

M. Couillard, s’était réjoui de constater que ce débat lancé il y a plusieurs mois par son gouvernement s’est étendu à l’ensemble du Québec, alors qu’on en parlait peu au début. «Et je constate qu’il y a déjà des retombées positives, car Air Canada a annoncé des réductions de tarifs», avait conclu le chef libéral.

À titre d’exemple, un billet qui coûterait 800 $ à Bagotville reviendrait à 600$ pour le voyageur après l’aide de Québec.

L'industrie touristique satisfaite

Le président de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec, Éric Larouche, est satisfait des annonces faites par le premier ministre Couillard, mais il demande maintenant d’agir rapidement, en prévision de la saison estivale qui s’en vient.

«Nous sommes satisfaits. Nous avions soulevé des enjeux et nous avons été entendus», a mentionné celui qui avait demandé l’introduction d’un prix plancher pour éviter les guerres que les gros transporteurs comme Air Canada risquaient de livrer aux petits pour éliminer la concurrence. La volonté de M. Couillard de créer des dessertes régionales pour favoriser l’industrie touristique fut de la musique aux oreilles du président de l’Alliance, mais il espère que le fonds de soutien pour la commercialisation des liaisons aériennes québécoises démarrera rapidement après la lecture du budget en mars. «Pour satisfaire la clientèle touristique, nous avons besoin de tarifs compétitifs et de vols réguliers», dit-il.

Éric Larouche trouve intéressante la subvention pour l’achat des billets d’avion qui s’adresse dorénavant aux voyageurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais ce n’est pas ça, selon lui, qui sera le fer de lance de l’industrie touristique régionale. «Oui, ça va aider les gens à choisir le transport aérien et créer du volume, mais cette mesure ne sera pas éternelle. Il faut créer une industrie aérienne qui va aider à changer le comportement des voyageurs. Aujourd’hui, quand on veut aller à Montréal, on pense à l’auto, au covoiturage ou à l’autobus. Avec ce qui est annoncé, ce sera aux compagnies ariennes à jouer leur rôle et s’imposer comme une option intéressante à long terme pour les voyageurs».

Là dessus, il estime que la décision d’aider l’émergence de nouveaux transporteurs par l’achat de blocs de billets pour les fonctionnaires par appel d’offres est une mesure intéressante.

Éric Larouche assure que l’industrie touristique aura sa place sur le comité régional et souhaite que les mesures annoncées soient mises en place rapidement.

PQ déçu

L’opposition péquiste, par la voix de son critique en matière de Transports, Martin Ouellet, et de la députée de Duplessis, Lorraine Richard, n’avait pas d’éloge à faire au gouvernement.

«On a attendu tout ce temps-là pour apprendre qu’il y aurait encore des études alors que ça fait un an et demi qu’on en parle», a dit le député Ouellet. «Demain, je vais encore payer mon billet Montréal-Sept-Îles 1200 $» a renchéri Mme Richard.

Éric Larouche

Hydrobases et pénurie de pilotes

Le président d’Air Saguenay, Jean Tremblay, demande que les hydrobases jouissent du même soutien pour leurs infrastructures que les aéroports.

«J’arrive de Vancouver. Quand je suis débarqué à Montréal, ça m’a coûté 75$ de stationnement pour deux jours. Lorsque les chasseurs et pêcheurs laissent leur véhicule à l’une de nos hydrobases, je ne leur charge rien», dit-il.

Pourtant, celles-ci occasionnent  des dépenses importantes. Air Saguenay, qui vient de se faire couper des revenus importants avec l’interdiction de la chasse au caribou, possède 10 hydrobases au Québec, du lac Sébastien jusqu’à la Baie-James, du nord au sud, de l’est à l’ouest, que les aéronefs privés utilisent également pour faire le plein ou se stationner pour des périodes plus ou moins longues.

Les dépenses sont assumées par l’entreprise. «Le printemps, après plusieurs mois d’hiver, il y a des travaux importants à réaliser. La gestion du pétrole en forêt est aussi soumise à des règles très sévères. Nous avons besoin de support», dit-il.

Taxes

Le président de l’Association québécoise des transporteurs aériens (AQTA), Jean-Marc Dufour, croit que les tarifs aériens élevés relèvent davantage d’un problème de taxes que de compétitivité. Une opinion qui a trouvé écho auprès du maire de Gaspé, Daniel Côté, qui soulignait que les taxes représentent 43% du prix du billet d’avion au Québec, comparativement à 14% aux États-Unis. M. Dufour, qui fut gestionnaire de l’aéroport de Bagotville, précisait d’ailleurs au Quotidien que la taxe d’amélioration des infrastructures aéroportuaires de 25$ rapportait plus d’un million $ par année à l’aéroport saguenéen qui relevait de Promotion Saguenay.

Pénurie de pilotes

La pénurie de pilotes s’est invitée dans le débat, puisque les petits transporteurs peinent à recruter des équipages. Représentant les transporteurs aériens, Jean-Marc Dufour a profité de la tribune qui lui était offerte pour demander au gouvernement du Québec d’enlever les embûches qui se dressent devant les écoles de pilotage du Québec, alors que la planète entière vit une pénurie de pilotes.

On estime en effet qu’on aura besoin de 560 000 pilotes de ligne au cours de 20 prochaines années dans le monde et que cette pénurie exerce une pression sur les transporteurs régionaux qui ne sont pas capables de retenir leurs équipages.

Or, si les Européens représentent une solution intéressante, les lois de l’immigration obligent les écoles de pilotages à détenir une Attestation d’études collégiales pour que ces étudiants étrangers obtiennent leur visa. Au Québec, seul le Centre québécois de formation aéronautique du Cégep de Chicoutimi avait cette attestation lors de l’adoption du règlement il y a quelques années, et les écoles privées comme Exact-Air ou Cargair à Saint-Honoré doivent débourser chaque année plusieurs milliers de dollars pour maintenir cette reconnaissance qui n’apporte rien de plus à la licence délivrée par Transport Canada. Selon lui, il suffirait que Québec demande au fédéral d’ajouter un mot dans sa loi pour que les écoles québécoises soient reconnues comme celles des autres provinces par Ottawa, sans devoir détenir cette coûteuse Attestation d’études collégiales.

Là-dessus, le coprésident Serge Simard, député de Dubuc, a indiqué que le ministère de l’Éducation est en discussions avec celui de l’Immigration.