Vincent Garbugli et son père Dominique, Martine Girard et sa fille Jessie Blackburn, et les frères Étienne et François Déry obtiendront tous leur diplôme universitaire en même temps, samedi.

Six diplômés, trois familles

Samedi aura lieu la collation des grades de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), au cours de laquelle les efforts soutenus de dizaines d'étudiants seront récompensés. Pour trois familles de Saguenay, cette remise de diplôme revêtira un caractère unique. Un père et son fils issus de la même cohorte arboreront ensemble la toge et le mortier, tout comme deux frères qui comptent 13 ans d'écart. Une mère et sa fille monteront aussi sur la scène pour récolter, ensemble, les fruits de ce qu'elles ont patiemment semé. Portrait de parcours inspirants.
Dominique Garbugli, 56 ans, et Vincent Garbugli, 25 ans
Quand Vincent, un diplômé en marketing de l'UQAC, a décidé de s'inscrire au programme de Maîtrise en gestion des organisations (MGO), il a entraîné son père dans l'aventure. Dominique, qui était à l'emploi d'une compagnie oeuvrant dans le domaine ferroviaire, y avait songé par le passé, mais il avait mis le projet au rancart pour diverses raisons. Papa et fiston ont toujours eu une bonne relation. Le fait de se retrouver côte à côte sur les bancs de l'école les a littéralement soudés.
«Ce n'est pas évident de retourner à l'école à 56 ans et de te retrouver avec plein de jeunes autour de toi. Mais j'étais rendu là. J'avais envie d'un changement», explique d'emblée Dominique Garbugli. Le fils salue le courage de son père.
«Pour lui, c'était un défi parce qu'il était plus âgé. Je lui ai donné des conseils pour apprendre à étudier et lui, il a partagé avec moi toute cette expérience professionnelle que je n'avais pas», raconte celui qui travaillait dans le domaine bancaire lorsqu'il a commencé sa maîtrise. Pendant un temps, il a conjugué les deux occupations à temps plein, mais au bout de deux mois, il a fait le choix de privilégier les études. Dominique, lui, a complété son parcours à raison de deux cours par trimestre.
Évidemment, les Garbugli se sont associés pour les travaux d'équipe. La connaissance de l'autre et la connexion père-fils ont grandement facilité les choses. Ensemble, ils ont monté un plan d'affaires dans le cadre d'un cours d'entrepreneuriat. Le duo a raflé le premier prix du concours de création et de démarrage d'entreprise de l'UQAC, assorti d'une bourse. Ce fut un levier pour la création d'une compagnie spécialisée dans l'entretien et la réparation de voies ferrées. Les deux hommes s'y consacrent aujourd'hui corps et âme et les contacts acquis par Dominique Garbugli tout au long de sa vie professionnelle sont une véritable mine d'or. 
« Voir mon père sur la scène et recevoir son diplôme, ça va être quelque chose », a confié le plus jeune des Garbugli lors d'une entrevue réalisée lundi.
Martine Girard, 58 ans, et Jessie Blackburn, 22 ans
«Quand j'étais plus jeune, je n'aimais pas l'école. J'ai fait mon cours en commerce et secrétariat et j'ai toujours travaillé. J'ai souvent eu des opportunités de promotions dans des organisations où j'ai travaillé, mais je n'avais pas de diplôme alors ça me bloquait toujours», met en relief Martine Girard.
Minée par l'absence d'un « papier », Martine Girard jugeait impératif que sa fille poursuive des études universitaires et qu'elle le fasse à un jeune âge. D'abord inscrite en psychologie, Jessie a pris une session de pause pour évaluer ses options. La perspective de la voir décrocher était agonisante pour sa mère, qui s'est elle aussi mise à revoir ses propres objectifs.
Jessie s'est inscrite au baccalauréat en sciences comptables et sa maman a été admise à la Maîtrise en gestion des organisations sur la base de son expérience professionnelle. Celle qui agit comme attachée politique depuis quelques années s'est toujours sentie « sur un siège éjectable » et souhaitait se doter d'une police d'assurance. La perspective de devenir la doyenne d'une salle de cours, 38 ans après la fin de son cheminement scolaire, avait néanmoins de quoi la faire réfléchir. Mais c'était, en quelque sorte, la rançon de la gloire et aujourd'hui, les deux femmes savourent ce succès en tandem. 
«Ma fille m'a dit : ''inscris-toi dans le même cours que moi et je vais te montrer comment ça marche l'université'' », lance Martine Girard. 
Jessie est on ne peut plus fière de sa maman et la trouve très inspirante. Elle n'hésite pas à saluer le courage dont elle a fait preuve pour aller chercher son diplôme de maîtrise à l'aube de la soixantaine et dans un contexte parfois difficile. Martine est animée du même sentiment à l'égard de sa fille, qui a l'a motivée à se dépasser et à croire en son rêve. 
François Déry, 36 ans, et Étienne Déry, 23 ans
Jamais le programme de Maîrise en gestion des organisations de l'UQAC n'aura accueilli autant de membres d'une même famille. En 1984, Gilles Déry a obtenu son diplôme. Celui qui agit, depuis quelques mois, comme directeur général du Centre québécois de recherche et de développement de l'aluminium (CQRDA) et qui est très connu du milieu économique régional effectuait alors un retour aux études, six ans après avoir obtenu un baccalauréat en finances à Chicoutimi. Il était père de deux enfants et en a eu cinq autres par la suite. Son aînée, Marie-Ève, a suivi les traces de son père et a complété son cheminement en 2009. Ce n'est donc pas une surprise si ses frères François et Étienne emboîtent le pas. Fait à noter : Gilles Déry tient une charge de cours dans ce programme. Il n'a cependant pas enseigné à ses fils.
François, 36 ans, a commencé son parcours alors qu'il était «entre deux emplois». Il a commencé le tout à temps partiel, puis s'est dit qu'il serait sage d'accélérer la cadence pour obtenir son diplôme dans un délai raisonnable. Nommé directeur général de la Société touristique de L'Anse-à-la-Croix alors qu'il étudiait à temps plein, le père de deux enfants a concilié travail, famille et études pour atteindre son but. 
Étienne, de 13 ans son cadet, finissait son bac en administration. Les deux frères, issus d'une grande famille tissée serrée, savaient qu'ensemble, ils étaient en voiture. 
«On n'avait pas besoin de mettre un filtre pour se parler et pour donner nos idées. Ça se faisait naturellement et c'était facilitant», relève Étienne, qui a fait une demande d'admission au doctorat en développement régional et qui est aussi officier réserviste chez les cadets.