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Le neurochirurgien Hans McLelland, patron des services chirurgicaux du CIUSSS, a confirmé que ce service névralgique pour dispenser des soins à la population est plus fragile que jamais et que la population doit mettre l’épaule à la roue pour permettre au personnel restreint de maintenir les soins pour les urgences et la chirurgie oncologique.
Le neurochirurgien Hans McLelland, patron des services chirurgicaux du CIUSSS, a confirmé que ce service névralgique pour dispenser des soins à la population est plus fragile que jamais et que la population doit mettre l’épaule à la roue pour permettre au personnel restreint de maintenir les soins pour les urgences et la chirurgie oncologique.

Situation en chirurgie: «Le système est accoté»

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean n’a plus de marge de manoeuvre chirurgicale et la population doit tout mettre en oeuvre pour éviter une augmentation du nombre de cas de COVID-19 à l’hôpital de Chicoutimi, alors que les neuf blocs opératoires fonctionnent avec plus ou moins 55 % du personnel nécessaire.

Le chef du département de chirurgie du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le docteur Hans McLelland, a été formel dans une entrevue accordée au Quotidien, lorsqu’appelé à faire le point sur les listes d’attente : « Le système est accoté », a tranché le neurochirurgien, visiblement inquiet de la situation actuelle.

« Il ne faudrait pas mettre 40 cas de COVID-19 dans l’hôpital de Chicoutimi, ça ne ferait pas », a enchaîné le médecin. En ce moment, la liste d’attente contient 5000 patients, et avec neuf salles, les équipes parviennent à faire les urgences et la chirurgie oncologique.

Pour les cancers, malgré la pénurie de personnel, le CIUSSS respecte la règle ministérielle qui consiste à donner le traitement à 90 % des patients à l’intérieur d’un délai de 28 jours. Le patron de la chirurgie assure que tout est mis en oeuvre pour éviter que la condition des personnes atteintes d’un cancer ne s’aggrave. Le comité d’analyse des cas est toujours actif et veille au bon fonctionnement des blocs en fonction des priorités médicales.

« Nous avons réussi à grappiller des cas ici et là, mais malheureusement, la liste d’attente reste la même », insiste Hans McLelland, qui a répété à de nombreuses reprises pendant l’entrevue son respect à l’endroit du personnel épuisé par les longues heures de travail et le temps supplémentaire obligatoire.

Chaque jour, le chef de la chirurgie surveille la courbe de progression ou de régression des infections à la COVID-19. Il sait que l’hôpital n’aura d’autre choix que de traiter les personnes hospitalisées si la situation s’aggrave, ce qui signifie de mettre de la pression additionnelle sur d’autres services.

La chirurgie est un secteur qui regroupe beaucoup de personnel infirmier (incluant les inhalothérapeutes). Avec 20 cas quotidiens, six personnes hospitalisées et trois aux soins intensifs, il juge la situation limite.


« Avec le virus qui circule encore et toute la question des variants, c’est une situation vraiment inquiétante. On est sur le fil du rasoir. »
Hans McLelland

Les besoins sont principalement pour le personnel infirmier du bloc opératoire, de la salle de réveil et des départements qui accueillent les patients après la chirurgie.

Hans McLelland assure que les équipes sont suffisantes pour les médecins dans les différentes chirurgies. Mais des chirurgiens sans personnel infirmier pour assurer tout le support ne peuvent pas changer la donne. Dans les circonstances, le responsable de la chirurgie ne voit pas comment il est possible d’apporter des solutions pour le personnel en congé maladie, parti à la retraite ou encore les postes qui n’ont pas été comblés en raison de la pénurie dans ces catégories d’emploi.

Les trois hôpitaux du Lac-Saint-Jean ne sont pas en mesure de prêter main-forte au navire amiral du CIUSSS. Hans McLelland confirme que les défis de main-d’oeuvre pour les soins infirmiers sont aussi importants. Il signale que la situation est particulièrement difficile pour Roberval, où le CIUSSS doit procéder à des fermetures du bloc opératoire pendant la fin de semaine afin de donner du repos au personnel.

Il n’est cependant pas question de procéder à des fermetures en chirurgie pour concentrer le travail sur un moins grand nombre de sites.

« On doit assurer un service de proximité. S’il y a des accouchements, on doit prévoir un bloc opératoire pour les césariennes, quand la situation l’exige, et pour certaines urgences. »

Des solutions ont été proposées, au cours des derniers jours, pour former des personnes ne détenant qu’un diplôme de cinquième secondaire. Le neurochirurgien ne jette pas la pierre à ceux qui ont fait cette proposition, même s’il croit qu’elle ne doit pas être appliquée. Du même souffle, il estime que cette situation démontre bien l’enjeu du personnel qui frappe en ce moment le secteur de la santé et la difficulté à apporter des solutions rapides pour relancer la machine.

Qualité des soins garantie

Malgré la fatigue et la charge de travail, le chef de la chirurgie assure que tous les indicateurs de qualité sont surveillés dans les blocs opératoires et que les services sont à la hauteur des meilleures pratiques. Le comité d’éthique, qui a à traiter les priorités, doit trouver la souplesse nécessaire dans le fonctionnement des blocs afin de s’assurer que tous les cas prioritaires reçoivent les bons services.

« Nous ne sommes pas dans des situations où il y a des vies en cause. Mais tout est vérifié par le comité afin de s’assurer de tous les éléments qui concernent le patient. »

Le Ministère a d’autre part demandé aux services chirurgicaux des hôpitaux de faire un effort pour offrir des chirurgies aux personnes qui attendent depuis un an et plus, et dans certains cas deux ans. Hans McLelland endosse cette décision pour une question d’équité entre les personnes. Un bloc opératoire privé a lancé les chirurgies ophtalmologiques, il y a quelques semaines. Les discussions se poursuivent avec un groupe de chirurgiens pour l’ouverture d’un deuxième bloc privé dans la région.

Les propos du neurochirurgien confirment que le réseau régional de la santé est beaucoup plus fragile que l’on pouvait le croire, dans le secteur chirurgical. Il n’y a pour le moment aucune solution pour redresser rapidement la situation.

La réponse est entre les mains de la population, selon le chef de la chirurgie. Les gens qui participent à des rassemblements, qui ne respectent pas les mesures d’hygiène et le port du masque, même après la vaccination, vont faire en sorte de priver des parents ou des proches de services un jour ou l’autre, si les cas de COVID-19 repartent à la hausse.

Le seul moyen efficace de protéger ce qui reste des services chirurgicaux au Saguenay-Lac-Saint-Jean est le respect intégral de toutes les mesures édictées par la Santé publique.