Les équipes de tournage doivent respecter la distance de deux mètres en tout temps.
Les équipes de tournage doivent respecter la distance de deux mètres en tout temps.

Silence, on tourne !

Des travailleurs du milieu du cinéma ont enfin pu dépoussiérer leur caméra, lundi, avec la réouverture des lieux de tournage. Si les activités ont repris, les projets se font plus rares et avec un nombre réduit de personnes.

Jeudi après-midi, au centre de vélo de montagne Le Panoramique, à Chicoutimi. Les adeptes sont nombreux à sillonner les sentiers, seuls ou en famille.

Un peu en retrait, à l’orée de la forêt, une petite équipe de tournage a allumé la caméra. Règles sanitaires obligent, ils sont trois dans cette « équipe réduite ». Ils ont tous un masque au visage. Le caméraman est en train de désinfecter les micros avec soin, le réalisateur fait les cent pas. Ils s’apprêtent à tourner une publicité pour le centre de vélo.

Lorsque le porte-parole arrive, il doit installer lui-même son micro-cravate afin de respecter la distanciation. Depuis quelques mois, les choses ont bien changé.

C’est l’un des premiers tournages de l’équipe de Canopée Médias depuis que le gouvernement a autorisé la reprise. Les cinéastes pouvaient retourner sur le terrain à partir du 8 juin en observant certaines règles : désinfection obligatoire du matériel, plus petites équipes et distanciation physique.

Ils sont heureux de revenir sur le terrain après les derniers mois éprouvants qu’ils ont vécus.

Canopée devait terminer ce printemps un documentaire qui se déroulait dans les écoles. Pour des raisons de distanciation, le projet est sur la glace depuis la mi-mars et ils ne savent pas quand et comment ils pourront le reprendre.

Changer les méthodes

Avec les nouvelles règles sanitaires, fini les scènes d’amour ou de combat dans les productions. Les scénaristes ont donc dû s’adapter et retourner sur la table de travail. « C’est certain que ça va influencer la manière de raconter les histoires », explique Max-Antoine Guérin, relationniste chez Canopée Médias.

L’équipement de prise de son est désinfecté avant chaque tournage.

Si les réalisateurs veulent absolument filmer une scène où les acteurs sont à moins de deux mètres, l’équipe au complet devra observer un isolement de deux semaines avant le tournage. « Dans les cas où on ne fait pas ça, il faut se plier aux mesures sanitaires », expose Claudia Chabot, directrice générale pour l’OSBL Bande Sonimage.

La pandémie a aussi changé la perception des spectateurs sur les films, croit Max-Antoine Guérin. « Quand on regarde une fiction et qu’on voit un groupe de personnes collées, on se dit : “Mais qu’est-ce qu’ils font là ? ” », met-il en relief.

Le milieu du cinéma devra s’adapter à cette nouvelle réalité.

Moins de projets

Si certains ont recommencé à tourner, plusieurs productions ont été arrêtées. « J’ai fait un suivi auprès des créateurs et des cinéastes, dit Claudia Chabot. Ils m’ont dit que c’était difficile de tourner dans ce contexte. Au cinéma, on raconte des histoires. Il y a de la proximité, des rassemblements, des figurants. »

La pandémie a aussi ralenti la production de scénario. Bande Sonimage a reçu moins de projets cette année pour sa bourse à la scénarisation. « Le dépôt était en avril, les gens ne savaient pas ce qui allait se passer avec les régions, s’ils allaient pouvoir tourner leurs films », raconte Claudia Chabot.

Son organisme a rouvert cette semaine son centre de prêt de matériel audiovisuel. Ils ont opté pour le service au volant afin de réduire les risques sanitaires. Les employés reviennent progressivement au travail, mais en raison du ralentissement de l’industrie, plusieurs sont encore à la maison.

Certains types de films sont moins touchés que d’autres. Pour les documentaires, les réalisateurs sont habitués de fonctionner avec de petites équipes. L’adaptation est donc moins grande.

C’est le cas aussi pour les films d’animation, où l’essentiel de la production se fait sur un ordinateur.

La distribution des films est aussi un enjeu. L’équipe de Canopée Médias devait s’envoler pour Cannes en mai. L’un de leurs films avait été sélectionné pour représenter le Canada. Avec l’annulation du festival, ils ont dû oublier le tapis rouge et les salles bondées. Le film sera présenté en ligne à la place. « La carrière du film est un peu compromise. On ne sait pas quand on va le sortir », concède Max-Antoine Guérin.

Depuis le début de la pandémie, l’entreprise tente de trouver des solutions. Afin de s’adapter à la crise, ils essaient de se diversifier et d’investir en nouvelles technologies. Ils attendent aussi de voir comment la situation évoluera.