Alors qu’elle se rendait au Centre de la photo du Walmart d’Alma, une mère a eu toute une surprise en reconnaissant des photos de sa fille datant de deux ans.

Ses photos utilisées à son insu chez Walmart

Une mère de famille d’Alma lance un appel à la vigilance alors que des photographies de sa fille sont devenues, à son insu, des démonstrateurs. Les portraits de son bébé naissant se sont retrouvés bien en vue dans le Centre de la photo du Walmart d’Alma, pendant près de deux ans, après qu’elle ait eu recours au service d’impression.

En novembre dernier, alors qu’elle hésitait entre plusieurs formats d’impression, la femme s’est tournée vers les démonstrateurs qui illustraient les différents formats. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir trois photos de sa fille âgée d’à peine quelques jours.

Au printemps 2016, la femme avait eu recours au service de la photographe Marie-Eve Turcotte, qui opère à son compte, pour un forfait comprenant une séance alors qu’elle était enceinte et après la naissance du bébé. Elle a ensuite obtenu le résultat des séances sur CD qu’elle a fait imprimer sur un appareil mobile du commerce de l’avenue du Pont sud.

En novembre dernier, la dame est retournée pour la première fois depuis le printemps 2016 au Centre de la photo du Walmart d’Alma.

« J’hésitais entre les différents formats. J’ai regardé les démonstrateurs. J’étais bouche bée de reconnaître ma fille », raconte la mère, qui ajoute que les employés présents sur place partageaient la même réaction.

Après une discussion visant à comprendre ce qui s’était passé, on lui aurait alors confié que les démonstrateurs étaient utilisés depuis deux ans.

Un employé occupant une fonction supérieure a assuré le retrait des photos du poupon. Toutefois, on n’aurait pas voulu que la mère reparte avec, prétextant l’état des objets.

Stupéfaite et inquiète, la mère est retournée valider le tout le lendemain. Les photos de sa fille se retrouvaient sur un comptoir à l’arrière.

Encore aujourd’hui, il est impossible de savoir si les photos ont été utilisées dans d’autres magasins de la multinationale américaine. On aurait expliqué à la mère que la personne responsable du service photo est en congé maladie, ce qui ne permet pas de connaître le fin fond de l’histoire.

L’Almatoise déplore l’utilisation de l’image de sa fille sans son accord. Elle souligne également le non-respect du travail de la photographe qui a pris les photos.

« Les gens pourraient penser que les photos ont été prises au Walmart, ce qui n’est pas le cas », ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, la femme arrive à aborder cette histoire sans trop d’émotions. Elle désire le faire dans le but d’alerter la population quant à ce qui pourrait arriver et de connaître les politiques entourant l’impression de photos.

La trentenaire, qui a multiplié les appels chez Walmart Canada afin d’obtenir des explications claires, attend toujours une réponse.

Pas d’autorisation, selon Me Gobeil

Pour l’avocat associé chez SBL Avocats, Me Patrice Gobeil, ce cas s’apparente au droit à l’image et à l’atteinte à la vie privée.

« De prime abord, cette mère et ce bébé n’ont pas donné leur autorisation de l’utilisation de l’image de l’enfant. Ils auraient dû le faire parce que l’image fait partie des droits fondamentaux à l’intégrité, des droits garantis par la Charte et le Code civil », explique celui qui pratique en droit de la famille, droit civil et en droit municipal.

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LA PHOTOGRAPHE STUPÉFAITE

Marie-Eve Turcotte, qui est à l’origine des clichés, a été étonnée d’apprendre qu’ils étaient utilisés à titre de démonstrateur par Walmart. « Quand ma cliente m’a appelée pour me dire que les photos que j’avais prises étaient en démo chez Walmart, j’ai été très surprise. Ils n’ont jamais eu les droits d’auteur du photographe, c’est-à-dire de moi, et ils n’ont jamais eu les droits de l’image que ma cliente possède. Je ne comprends pas comment une grosse compagnie peut faire cela sans avoir les accords. Jamais je n’aurais autorisé une telle chose. Par respect pour mes clients, je demande toujours l’autorisation avant de publier leurs photos sur Facebook. Je trouve ça terrible de la part de Walmart d’avoir fait ça. Ils n’ont aucun droit de faire de la publicité comme ça avec les photos de leurs clients. C’est fâchant. En tant que photographe, je trouve ça inacceptable qu’on utilise mon travail ainsi », a-t-elle confié au Quotidien. 

Mme Turcotte assure qu’elle avisera ses futurs clients de cette mésaventure. Par ailleurs, elle n’exclut pas la possibilité d’ajouter une consigne quant à la reproduction de ses photos.

Une autre photographe sidérée

D’autres photographes se sont sentis interpellés alors que le travail de l’une de leurs collègues n’était pas respecté. Plusieurs ont partagé l’histoire en ajoutant quelques notions se rapportant au droit d’auteur. Ce fut le cas de la photographe Josianne Harvey, qui avoue avoir été sidérée. 

« L’entreprise affirme sur son site que les clients leur donnent le droit de faire ce qu’ils veulent avec les photos imprimées chez eux (dû à une clause au moment de l’impression que les clients cochent sans vraiment prendre la peine de lire), mais cette décision n’est en aucun cas celle du client. Quand on parle de droits d’auteurs, ce n’est jamais le client qui en est propriétaire. Même si l’entreprise affirme que le client lui a cédé les droits, c’est faux, puisque le client n’est pas en mesure de fournir ces droits. Lorsqu’un photographe vend des images à un client, même si le visage de celui-ci est sur la photo, il n’obtient pas le droit d’auteur de ladite photo. Un photographe vend les droits de reproduction et d’usages et à des fins personnelles seulement. Le client ne peut donc ni en faire un usage commercial et/ou publicitaire, ni céder les droits d’auteurs. Le photographe reste propriétaire des droits d’auteurs, car il est l’auteur de l’image, tout simplement. De tous les photographes que je connais, professionnel ou amateur, aucun ne vend les droits d’auteurs de ses photographies, ce serait illogique. Utiliser les images d’un photographe en disant que le client a certifié céder les droits, c’est scandaleux et on parle clairement de vol de propriété artistique », a-t-elle exprimé par le biais d’une communication écrite. 

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CE QUE LE SITE WALMART DIT...

À plusieurs reprises, l’auteure de ces lignes a tenté d’obtenir les commentaires de Walmart. Après quelques jours, aucun retour d’appel n’avait été fait. Voici donc ce que dit Walmart sur son site Internet à propos de l’utilisation des photos, sous la rubrique Licence et garanties des Conditions générales d’utilisation et d’achat.

« Walmart ne réclame aucun droit de propriété sur les images numériques auxquelles vous accédez et que vous utilisez, créez ou modifiez par l’intermédiaire du Service (le « Matériel »). Pour la seule raison de permettre à Walmart d’offrir le Service, y compris pour nous permettre d’afficher vos photos à l’écran par l’intermédiaire du Service (par exemple, dans des projets) et de réaliser des commandes pour vous ou pour d’autres personnes ayant accès à votre Matériel, vous accordez à Walmart (i) une licence non exclusive et libre de droits pour l’utilisation, la copie, la distribution et l’affichage de ce Matériel (la « Licence sur le matériel ») et (ii) le droit d’utiliser votre nom en lien avec ce Matériel. L’utilisation, la copie, la distribution et l’affichage par Walmart de tout Matériel lié à cette Licence sur le matériel est sujette à la politique de confidentialité de Walmart accessible à l’adresse www.walmart.ca/fr/aide/juridique. Pour éviter toute ambiguïté, il convient de préciser que Walmart n’utilisera pas, n’affichera pas et ne modifiera aucune partie du Matériel sans votre autorisation préalable, (i) sauf pour permettre vos propres activités (c’est-à-dire le partage de Matériel, l’impression ou la production de photos ou de cadeaux avec photo, la conception de cadeaux avec photo ou d’albums), ni (ii) dans aucune publicité ou promotion de Walmart.

Vous déclarez et garantissez à Walmart que (a) l’utilisation du Matériel par Walmart, tel que décrit dans les présentes, n’enfreint et n’enfreindra pas les droits (y compris le droit d’auteur, les droits moraux et autres droits de propriété et droits à la vie privée et à la confidentialité) d’aucune autre personne ni aucune loi applicable et que (b) vous détenez tous les droits nécessaires pour accorder toutes les autorisations et licences et tous les droits décrits précédemment aux présentes », peut-on lire sur le site Internet de Walmart.