Marié et père de deux enfants de 8 et 12 ans, Agustin Ixtamer admet qu’il a été difficile de laisser sa famille derrière lui pour une aussi longue période de temps, mais ce sacrifice en vaut la peine pour leur offrir de meilleures opportunités.

Serres Toundra: de 10$ par jour à 12$ l’heure pour un travailleur guatémaltèque

« On a passé 584 employés en un an, affirmait Éric Dubé en mars dernier. Sans les Guatémaltèques, c’est clair que nous serions fermés. » C’est ainsi que depuis maintenant presque un an, plus de 70 Guatémaltèques travaillent aux Serres Toundra, à Saint-Félicien, pour combler les besoins de main-d’œuvre de l’entreprise qui produit des concombres en serre. Le Progrès s’est entretenu avec un travailleur guatémaltèque, Agustin Ixtamer, pour savoir pourquoi, comme plusieurs de ses compatriotes, il a décidé de quitter sa famille et son pays pour venir travailler ici.

Alors qu’il gagnait 10 $ par jour en travaillant dans la construction au Guatemala, Agustin Ixtamer a été sélectionné pour venir travailler aux Serres Toundra pendant un an. Depuis le 1er février 2018, son salaire de 12 $ l’heure lui a permis d’épargner plus de 10 000 $ et il rêve maintenant de lancer sa propre entreprise agricole.

« C’est difficile de bien gagner sa vie au Guatemala, car il n’y a pas assez de travail bien rémunéré qui permet d’avoir une maison décente et d’envoyer ses enfants à l’école », lance l’homme qui a saisi l’occasion de s’exiler au Canada pour un an pour améliorer son niveau de vie.

Tout a commencé quand le partenaire guatémaltèque de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère, mieux connu sous l’acronyme FERME, a lancé un appel de recrutement dans son village de Chimaltenango.

« Quand FERME a commencé à venir faire du recrutement dans mon village, il y a une quinzaine d’années, je ne croyais pas tellement à l’idée d’aller travailler au Canada pour améliorer mon niveau de vie, dit-il. Mais en voyant les travailleurs revenir avec de bonnes sommes en poche, j’ai décidé de passer l’entrevue. » Et la stratégie a fonctionné, car il a été sélectionné pour venir travailler un an au Lac-Saint-Jean, alors que plusieurs candidats se sont retrouvés le bec à l’eau.

« C’est pratiquement impossible de trouver un travail qui nous permet de gagner autant d’argent qu’ici », ajoute l’homme. Alors que les employés canadiens des Serres Toundra gagnent un salaire fixe avec un bonus à la production, les travailleurs étrangers gagnent plutôt un salaire fixe de 12 $ l’heure, imposé par le gouvernement (le salaire des travailleurs étrangers varie entre 12 et 14 $/h selon les types de travaux effectués).

Marié et père de deux enfants de 8 et 12 ans, Agustin admet qu’il a été difficile de laisser sa famille derrière lui pour une aussi longue période de temps, mais ce sacrifice en vaut la peine pour leur offrir de meilleures opportunités.

En arrivant au Québec, en février dernier, la neige et le froid l’ont aussi marqué, mais il a su s’adapter… en passant plus de temps à l’intérieur et en travaillant le plus souvent possible.

Il faut dire que l’horaire de 10 heures de travail par jour, six jours par semaine, laisse peu de place aux loisirs. Pendant la période la plus achalandée, en été, Agustin, qui travaille à la récolte de concombres, travaillait jusqu’à 15 heures par jour et il a travaillé pendant 45 jours consécutifs à une certaine période (des collègues ont fait 60 jours en ligne). Mais Agustin ne s’en plaint pas, car il est venu ici pour faire de l’argent. Pendant le mois de septembre, il a profité de plus de journées de congé, lors de la maintenance annuelle, pour aller se promener en forêt.

Lors de ses congés, Agustin en profite pour se reposer, laver son linge et pour faire l’épicerie. « J’ai dû m’adapter à la nourriture disponible ici pour cuisiner les plats de chez nous », dit-il. Heureusement, les propriétaires des épiceries ont écouté les demandes des travailleurs étrangers pour ajuster les aliments offerts. La présence de l’épicerie ethnique et biologique à Saint-Félicien aide aussi à s’approvisionner, notamment en plantain.

Son restaurant préféré (et celui de ses amis) : Ô mets chinois. « On adore aller manger au buffet », lance-t-il en souriant.

À deux semaines de son départ, Agustin est satisfait du travail accompli, d’autant plus qu’il rentrera chez lui en pleine santé. « Je suis content d’avoir eu la chance de découvrir un nouveau pays et une nouvelle culture tout en faisant de l’argent », témoigne ce dernier.

Même s’il doit payer pour son loyer et sa nourriture, il a fait très peu de dépense. Ainsi, Agustin estime avoir économisé plus de 10 000 $ au cours de l’année, dans le but de réaliser son rêve : construire une serre pour faire pousser des tomates, des piments… et des concombres. Pour y parvenir, Agustin devra toutefois effectuer au moins deux autres séjours au Canada, question de gagner assez d’argent pour bâtir les infrastructures.

D’ici peu, il repartira donc chez lui, pour retrouver sa femme et ses deux enfants qu’il n’a pas vus (mis à part les appels vidéos), depuis un an. « Je vais en profiter pour me reposer et prendre du temps avec mes proches », conclut l’homme qui espère pouvoir revenir travailler aux Serres Toundra dans six mois.

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DES NOUVELLES DES SERRES TOUNDRA

Changement de zonage

Les 55,05 hectares de terres où se trouvent les Serres Toundra ont reçu l’approbation de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) pour être inclus dans la zone agricole en tant que territoire zoné vert. 

Cette décision permettra à l’entreprise de bénéficier du programme de crédit de taxes foncières, un outil qui permet d’obtenir un crédit de taxes municipales et scolaires de 78 % en moyenne, selon le MAPAQ. 

C’est donc le gouvernement du Québec qui assumera la majorité des taxes de l’entreprise serricole. 

Délai pour la capture du CO2

Une partie du CO2 s’échappant de l’usine de pâtes et papiers de produits forestiers Résolu sera bientôt capturé, avant d’être redirigé vers les Serres Toundra, pour stimuler la croissance des concombres. 

La mise en service, prévue en novembre, a été retardée en raison d’un équipement qui n’est pas arrivé à temps, explique Evan Price, président et chef de la direction de CO2 Solutions, l’entreprise qui développe la technologie de capture du CO2. 

« Tout est en place et nous complétons la construction. Nous entendons démarrer l’unité d’ici quelques jours », a-t-il ajouté. 

En attendant la mise en service de la technologie, le CO2 supplémentaire est produit à partir de gaz naturel. 

Nouvelles phases en vue ?

Éric Dubé, le président des Serres Toundra, a refusé de répondre aux questions du Progrès, mais rien n’indique que les prochaines étapes prévues iront de l’avant. Karl Blackburn, le porte-parole de Produits forestiers Résolu, qui possède 49 % des parts des Serres Toundra, a pour sa part mentionné que la première phase du projet est un franc succès. « L’environnement d’affaires évolue et il faut adapter nos stratégies, dit-il. Les trois autres phases potentielles font partie de nos réflexions. » 

Pour l’instant, l’entreprise a complété sa première phase d’exploitation sur 8,5 hectares de serres. Le plan initial prévoyait quatre phases de développement sur 34 hectares, créant 400 emplois d’ici 2020. Ce projet laissait miroiter des retombées de taxes de 854 000 $ par année à Saint-Félicien. Pour l’instant, la Ville perçoit plutôt 174  828,75 $. Saint-Félicien a investi 2,3 millions $ et le gouvernement du Québec a rajouté 4,6 millions pour la construction des infrastructures de services comme l’aqueduc, le traitement des eaux usées, le réseau d’eau de procédé et le réseau de chaleur.

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EN BREF

Nombre de travailleurs guatémaltèques

  • 55 à Saint-Félicien 
  • 22 à Normandin

Travailleurs étrangers au pays accueillis par FERME

  • Plus de 14 000 travailleurs étrangers en 2018, dans tous les secteurs d’activités
  • 45 % viennent du Guatemala
  • 52 % viennent du Mexique
  • 10 à 15 % : croissance du nombre de travailleurs étrangers au Québec
  • 12 à 14 $/h : salaire horaire des travailleurs étrangers fixé par le gouvernement du Québec