Clifford Moar est le chef de bande de la communauté de Mashteuiatsh.
Clifford Moar est le chef de bande de la communauté de Mashteuiatsh.

Selon Clifford Moar, les gens ne voient plus le racisme systémique

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
« Le racisme systémique est devenu tellement intégré dans les structures des organisations publiques que les gens ne le voient plus. Après toutes les commissions, il serait temps que l’on apprenne à se connaître. »

Le chef de la communauté innue de Mashteuiatsh, Clifford Moar, était encore bouleversé par la vidéo de la femme de la communauté de Manawan qui a été victime de racisme et qui est décédée à la salle d’urgence de l’hôpital de Joliette. Certes, il n’a pas été témoin de cas aussi graves dans la région, mais il doit admettre qu’on lui a fait état à plusieurs reprises de traitements discriminatoires ou de racisme systémique.


« C’est une chose qui existe et qui doit être reconnue par le gouvernement. »
Clifford Moar

« Je mentirais si je disais que je n’ai pas été informé de situations où des membres de ma communauté m’ont souligné des événements où il y a eu de la discrimination ou même du racisme systémique. C’est une chose qui existe et qui doit être reconnue par le gouvernement », a ajouté le chef Moar.

Le chef de Mashteuiatsh ne lance pas la pierre aux dirigeants du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il affirme que les relations entre la communauté et les autorités du CIUSSS sont excellentes et la période de la pandémie est un exemple de cette relation de qualité. Par contre, il croit que des gens qui font partie de ces organismes ont intégré ces comportements et que les organisations publiques ont un rôle à jouer afin que ces situations cessent.

Cette reconnaissance du racisme systémique doit venir du haut de la pyramide. Clifford Moar aurait souhaité que le premier ministre du Québec François Legault fasse un pas de plus dans sa sortie sur la situation survenue à l’hôpital de Joliette et reconnaisse l’existence de cette problématique. Il ne comprend pas qu’il soit si difficile pour le gouvernement de faire ce pas de plus qui permettrait d’établir un dialogue et surtout de traiter le mal à sa racine, au lieu de se contenter de commenter la situation cas par cas.

« Depuis 30 ans, nous avons participé à toutes les commissions possibles pour faire valoir notre point de vue. Les rapports sont mis sur les tablettes et rien n’avance. C’est une déception, mais il faut aussi faire confiance en l’avenir et surtout apprendre à se connaître. On ne se connaît pas », ajoute Clifford Moar.

En matière de services publics, Clifford Moar voit déjà des pistes de solution. Il serait opportun, selon sa vision des choses, d’intervenir auprès des jeunes étudiants dans les différentes disciplines afin de les sensibiliser à la situation des communautés autochtones.

Le chef n’hésite pas à rappeler toute l’indignation soulevée par le comportement d’un policier américain qui a provoqué la mort d’un noir au cours de son arrestation. Ce geste découle du racisme systémique qui caractérise les rapports entre la communauté afro-américaine et les institutions gouvernementales. Même si le geste ne se compare pas, l’événement de l’hôpital de Joliette découle, selon le chef, de cette réalité qu’est le racisme systémique. Celui-ci provoque des comportements où l’on accorde un traitement différent à une personne en raison de son appartenance à une communauté.

Le chef du conseil de bande est loin de croire que tous les Québécois sont des racistes. Il préfère garder espoir pour l’avenir et aimerait bien que l’on finisse par mettre en œuvre les recommandations de la Commission Viens dont le rapport a été déposé il y a un an.