Mère Teresa

«Mère Teresa était une fumiste!»

Facebook et les autres médias sociaux en sont remplis. Des pseudo-recherches scientifiques écrites adroitement, et placées dans une mise en page épurée font croire à peu près n’importe quoi à ceux qui les lisent. On partage bien ce qui fait notre affaire, diront d’autres. Pour des scientifiques réunis cette semaine à Gatineau, on accepte trop souvent ce qui conforte nos émotions, au détriment de la donnée brute, scientifique, vérifiable et rationnelle.

Sur un même réseau mondial — Internet — la science et la pseudoscience se côtoient. La chose a été analysée lors du colloque organisé dans le cadre du congrès de l’ACFAS, jeudi.

Il a entre autres été question de la relation entre le citoyen ordinaire et la science.

Un des invités était le coloré professeur titulaire de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal (UdM), Serge Larrivée. «Le cerveau humain est une machine à créer des croyances», lance-t-il.

Si l’humain est attiré par le paranormal et la pseudoscience, c’est en partie parce qu’il se satisfait de sa propre pensée. «Il aime penser que ce qu’il pense est bon.»

L’exemple du chercheur attire l’attention dans la salle de conférence de l’Université du Québec en Outaouais, où a lieu le congrès. «Mère Teresa était une fumiste !»

La religieuse a été canonisée comme Sainte Teresa de Calcutta. Ce n’est pas rien. Elle est l’image de la femme menue, qui donne sa vie aux pauvres.

Avec ses collègues, Serge Larrivée a publié un article scientifique après avoir consulté 287 ouvrages sur la religieuse, en 2013.

Cette image d’une femme pieuse et respectée par des millions de personnes est fortement mise à mal par ses contacts politiques douteux et ses dogmes face à l’avortement.

«Outre la gestion douteuse des finances de ses œuvres, dit-il, on se rend compte qu’elle ne donnait pas de médicaments aux malades du mouroir pour qu’ils rejoignent Dieu le plus vite possible. Imaginez la quantité de messages que j’ai reçus... ‘Vous êtes un trou de c..!’ Vous n’avez pas idée de ce que j’ai pu recevoir comme messages.»

Sur le site de l’UdM, le professeur Larrivée apporte une nuance. «Il est fort probable qu’elle ait inspiré plusieurs travailleurs humanitaires dont les actions ont permis de soulager véritablement les souffrances des déshérités et de s’attaquer aux causes de la pauvreté et de l’isolement, et sans que ceux-ci soient portés aux nues par les médias.

Malgré tout, il aurait été souhaitable que les médias qui ont couvert l’œuvre de mère Teresa fassent preuve de plus de rigueur.»

«Dans un débat à la télé, par exemple, vous êtes perdants d’avance, car le ‘pseudo’ n’a qu’à affirmer.» Le professeur donne l’exemple, en ce sens, du président américain Donald Trump. Extrêmement fébrile sur Twitter, il est toujours dans l’affirmation, s’organisant pour avoir raison à tout prix sur ses propres croyances.

«Les réseaux sociaux, c’est une peste !», lance le professeur.

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Mon chercheur, ce héros

Le sarrau remplace la cape dans des bandes dessinées, où le chercheur est le héros de sa propre histoire. Un vrai chercheur, une vraie étude, dont l’histoire est transposée dans une bande dessinée ludique.

L’idée est venue de l’Université de Lorraine, en France. Son directeur de la vie universitaire et de la culture, Nicolas Beck, a présenté, jeudi, le projet qui vise à rendre la science moins aride. Les BD illustrent la thèse d’un vrai chercheur, amènent le lecteur sur le terrain, le laboratoire, et dans la vie du scientifique.

« Ça marche plutôt bien, a déclaré M. Beck, lors de sa présentation, au congrès de l’ACFAS, jeudi. On se rend compte que le même livre circule entre plusieurs personnes. »