Le vin rouge et l'«art» du titre

BLOGUE / Il y a une petite question que je me pose depuis ce matin et que je vais juste laisser ici, qu'on en discute un peu : si une étude trouve que le resvératrol (molécule présente dans certains vins) réduit la pression sanguine, mais qu'il faut boire 3000 litres de vin par jour (!) pour atteindre la dose testée dans l'étude, est-ce qu'il est encore éthique et informatif de mettre le mot «vin» dans le titre d'un article ou d'un communiqué, ou est-ce qu'on pose un pied dans le «fake news» ?

Cette étude qui vient de paraître dans Circulation est bien intéressante, parce qu'elle a trouvé que c'est en se comportant comme un oxydant (pas un «gentil» antioxydant, mais bien des «méchant» oxydant) que le resvératrol diminue la pression sanguine. Cette molécule aide les plantes à se défendre contre les insectes et se trouve dans la peau de certains fruits, dont le raisin. Cependant, les quantités présentes dans le vin sont infimes et les doses quotidiennes testées dans Circulation, massives : l'équivalent de ce qui se trouve dans 3000 litres de vin.

Cela n'a cependant pas empêché le King's College de Londres de titrer son communiqué de presse : «Le vin rouge peut-il abaisser votre pression artérielle ?» Et les médias qui ont repris la nouvelle ont fait pareil, que ce soit à l'interrogative ou au conditionnel.

Tout ce beau monde, soulignons-le, a clairement précisé dans le texte (parfois dans les derniers paragraphes, mais bon, l'info est là quand même) que les doses de resvératrol consommées par les souris correspondaient à des quantités de pinard parfaitement absurdes, et que ces résultats ne sont pas des bonnes raisons de boire du vin. Mais la question est : est-ce suffisant pour que ce soit un bon travail d'information ?

Personnellement, j'hésite un peu. Je vois bien comment on peut conclure que oui, c'est de la bonne communication scientifique : le titre sert à attirer le lecteur vers le texte, le lien avec le vin rouge aide à le faire — en tout cas c'est nettement plus vendeur que «une molécule diminue la pression» —, et si toute l'information et les nuances sont clairement expliquées dans le texte, alors c'est du beau boulot, non ? On a attiré plus de gens vers une information scientifique qui, en bout de ligne, était juste.

Ça se défend relativement bien, je crois, mais tous ne sont pas d'accord — même au-delà du fait que beaucoup de gens ne lisent que les titres, ce que les journaliste ne contrôlent pas et on ne peut pas tout mettre dans un titre de toute manière. «Cela fait des années que je me bats contre le fait d'associer le resvératrol à de quelconques effets du vin rouge. En réalité, les concentrations de resvératrol sont indétectables dans la plupart des vins rouges», a dit Roger Corder, de l'Université Queen Mary de Londres, dans un commentaire au Science Media Centre britannique.

Du point de vue des doses de resvératrol impliquées, «ploguer» le vin dans le titre n'est peut-être pas une si bonne idée que ça, après tout. S'il faut boire 3000 litres de vin par jour pour obtenir sa dose quotidienne, alors le texte peut être aussi rigoureux et précis que possible, il ne vient pas nuancer le titre, mais plutôt corriger une fausse impression que le titre a donnée. Et commencer sciemment son topo par une fausseté (même partielle) est assez difficile à défendre, il me semble, même si on a l'intention de rectifier le tir par la suite. Mieux vaut s'en tenir à la vérité d'un bout à l'autre, non ?

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