La psychologue Marie-Anne Sergerie a livré une conférence fort intéressante sur l’utilisation des technologies et la cyberdépendance chez les jeunes.

Savoir faire bon usage des réseaux sociaux

Le Centre de prévention du suicide 02 devra revoir ses techniques dans les prochaines années compte tenu de la grande place que prennent les médias sociaux. Présentement, le lien entre le Centre et les personnes dans le besoin se fait par appel téléphonique.

« Il faudra faire en sorte que les réseaux sociaux soient à notre service. Ça peut paraître contradictoire de vouloir utiliser les réseaux sociaux alors que nous parlons de cyberdépendance, mais nous n’aurons pas le choix, a expliqué le directeur général du Centre, André Houle. Les gens sont plus isolés, plus dépendants. Les relations humaines et d’aide et d’entraide ne se font plus de la même manière. Pour nous, au Centre, c’est difficile parce que le timbre de voix joue pour beaucoup, dans un appel téléphonique. (...) Aujourd’hui, je pense qu’il faut se pencher sérieusement à savoir comment on va faire de la prévention dans 10 ou 20 ans avec le phénomène des réseaux sociaux. »

L’an dernier, la conférence annuelle portait sur les chocs post-traumatiques. Le général Roméo Dallaire était l’invité. 


«  L’utilisation de la technologie est une forme d’évitement qui cache autre chose.  »
Marie-Anne Sergerie

La peur de manquer quelque chose

Les personnes qui souffrent du FOMO (« Fear of missing out », peur de manquer quelque chose) voient à la longue leurs relations sociales être minées. Ces personnes ont peur de manquer quelque chose de mieux, de plus intéressant ou de plus excitant que ce qu’elles font présentement. Elles ont le désir de rester connectées en permanence. Elles utilisent souvent Facebook au réveil, avant de se coucher ou durant les repas. Elles sont plus à risque d’utiliser Facebook durant leurs cours ou au volant. 

« Si dès que je reçois une info j’y réponds très rapidement, ça active une attente chez l’autre et ça crée une escalade des exigences et des attentes. Je peux me donner le droit de créer une attente de quelques minutes ou heures. Tous les textos/courriels ne sont pas une question de vie ou de mort ! », rappelle Marie-Anne Sergerie.


« Quand les parents sont présents, les jeunes sont moins portés à avoir des comportements à risques (gageure en ligne, visionnement de pornographie, etc.)  »
Marie-Anne Sergerie

Est-ce le temps de décrocher ?

1. Est-ce que le temps de connexion aux technologies est plus long que ce qui était prévu au départ ?

2. Est-ce que mes autres responsabilités ou activités sont négligées ?

3. Est-ce que les tentatives pour réduire ou cesser ont été infructueuses ?

4. Est-ce que mon utilisation a été une source de conflits ?

5. Est-ce que j’ai des pensées excessives ou de l’anxiété lorsque je ne suis pas en ligne ?


« Les parents doivent établir des limites pour la drogue, par exemple. Mais ils n’ont pas à le faire quand l’enfant à 3 ans, donc certains sont pris au dépourvu de devoir mettre des limites en si bas âge. C’est par contre nécessaire. »
Marie-Anne Sergerie

Des trucs pour s’en sortir

• Pratiquer l’opposé (Quelle est la priorité au réveil ? Manger ou aller sur Facebook ?)

• Utiliser des alarmes externes (sur le four, par exemple, afin d’être obligé de se déplacer)

• Réorganiser les appareils (désinstaller certains jeux/certaines applications)

• Établir des objectifs réalistes (« Je n’y vais plus jamais ! » est une belle façon de se mettre en échec, affirme Mme Sergerie)

• Mettre en place des activités sociales plaisantes ou de détente.


«  Il est difficile d’établir un cadre si le parent lui-même a une cyberdépendance. »
Marie-Anne Sergerie

Petit guide pour les parents

• Mettre en place des règles sur les activités en ligne, aller en ligne avec l’enfant et lui enseigner les grandes questions concernant Internet (privacité, éthique, etc.).

• Mettre l’emphase sur des applications éducatives. Le contenu consulté est important.

• Planifier des moments de jeu libre et des moments sacrés en famille sans les enfants.

• Être un modèle pour l’enfant face à l’utilisation des technologies.

• Établir des limites.

• Éviter d’utiliser les applications technologiques pour calmer le jeune.


« Le papier est un outil technologique assez incroyable. Il ne manque jamais de batterie ! Au restaurant, ça vaut la peine d’apporter un crayon et du papier plutôt que de placer l’enfant devant un écran. »
Marie-Anne Sergerie

L’utilisation en fonction de l’âge

Moins de 18 mois: Éviter l’utilisation des écrans

Entre 18 et 24 mois: Introduction graduelle à du contenu de qualité en présence du parent

De 2 à 5 ans: Maximum une heure par jour, visionnement de contenu de qualité et en présence du parent

Six ans et plus: Structurer le temps d’utilisation pour que l’utilisation n’interfère pas avec le sommeil, l’activité physique, les études et les autres activités (selon l’Académie américaine de pédiatrie (2016).