Une balade en vélo a mal tourné en janvier pour le Dolmissois Marcel Lavoie, qui passe tous ses hivers en Floride. Deux pontages ont été nécessaires pour lui sauver la vie.

Sauvé par ses assurances

Le Dolmissois Marcel Lavoie a manqué y passer, à la mi-janvier. Depuis plusieurs années, il prend le chemin de Fort Lauderdale en Floride, où il possède un condo, pour échapper aux hivers québécois.

Il a l’habitude de rouler entre 20 et 25 kilomètres par jour à vélo, mais la journée du 9 janvier, il sentait un inconfort à la poitrine plus intense qu’à l’habitude.

«Ce matin-là, je ne ‘‘feelais’’ pas. J’ai marché à côté de mon vélo. J’ai appelé mon docteur au Lac-Saint-Jean et il m’a dit qu’il ne pourrait pas me voir avant deux semaines», se souvient le retraité de 77 ans.

Sous la recommandation de sa compagnie d’assurance, le Dolmissois s’est rendu au centre de soins de santé spécialisé en cardiologie qui se trouve à moins d’un kilomètre de chez lui. Il était accompagné de son ami André McClure qui agissait comme interprète puisque M. Lavoie ne maîtrise pas l’anglais aisément.

«Il n’avait pas l’air à l’heure de la mort, mais il avait mal. [Les médecins] lui ont dit qu’il ne pouvait pas revenir au Canada parce qu’il mourrait», se souvient M. McClure.

Opération à coeur ouvert 

Ce qu’on a constaté à son arrivée, c’est que deux de ses artères étaient presque complètement bouchées.

L’une à 99,9 % et l’autre à 98 %. Il faisait de l’angine de poitrine. Les cardiologues ont dû agir dans un temps record. La possibilité d’insérer une endoprothèse a rapidement été écartée puisque la situation était trop critique.

«J’étais sûr de mourir. J’étais prêt. Ils m’ont dit que j’étais tellement bouché que c’était le temps d’agir», explique le septuagénaire.

Pour la survie de leur patient, les spécialistes ont dû procéder à deux pontages coronariens le vendredi suivant, qui ont finalement eu l’effet escompté. La santé de M. Lavoie s’est stabilisée au cours de la fin de semaine et le lundi suivant, il a pu avoir son congé de l’hôpital.

Dix jours plus tard, lors d’un suivi en clinique, son médecin l’a assuré que «tout allait très bien».

Une facture salée

«Les médecins chargent cher, mais ils sont bons et les gens sont dévoués», assure M. Lavoie. Sauf que ces interventions chirurgicales et cette hospitalisation ont évidemment un coût. La facture totale s’élève à 298 000 $, une somme qui sera payée par sa compagnie d’assurances.

Quelques semaines après cet épisode, Marcel Lavoie se porte bien.

Il marche 10 000 pas par jour et peut conduire sa voiture. La seule restriction, c’est le vélo. Il ne pourra pas remonter en selle avant un an.

Son retour à Dolbeau-Mistassini est prévu à la mi-avril.

LES FRANCOPHONES MOINS SENSIBLES

Des cas comme celui de M. Lavoie, « c’est très commun », d’après l’Association canadienne des snowbirds, un organisme à but non lucratif qui fait du lobbying auprès du gouvernement fédéral. Mais parfois, des malaises ou des problèmes de santé surviennent alors que le patient canadien n’est pas assuré et c’est là que ça devient problématique, d’après son directeur du Québec, James Leroux. 

« On part de chez nous et on se sent bien, alors on ne pense pas avoir besoin d’assurances. Les gens qui traversent la frontière sans assurances aujourd’hui risquent d’être ruinés à vie. Tous les biens qu’ils ont gagnés, leur maison, tout peut partir en fumée », affirme M. Leroux. 

Tout récemment, sa femme s’est rendue à l’hôpital pour une bronchite. Les frais pour les soins et les médicaments se sont élevés à 14 000 $. Ce n’est qu’un exemple qui illustre selon lui l’importance d’être assuré. 

La barrière de la langue

D’après M. Leroux, les francophones sont les Canadiens les moins bien informés à ce sujet. Pourtant, ils sont nombreux à séjourner en Floride. 

Chaque année, 885 000 Québécois y passent quelques jours, quelques semaines ou quelques mois. Les Saguenéens et les Jeannois n’y échappent pas. M. Leroux estime que le tiers de son voisinage dans le parc pour motorisés et maisons mobiles Pine Isle, à Homestead, provient du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Ils venaient en Floride et il n’y avait personne pour s’occuper d’eux. Quelqu’un leur avait dit qu’ils devaient faire telle ou telle chose. C’était souvent des ouï-dire », soutient M. Leroux, qui agit comme bénévole pour l’association. 

Association bilingue

Fondé en 1992, l’organisme offre surtout des services en anglais, mais a accentué son travail auprès des francophones au cours des dernières années, notamment grâce à l’arrivée de James Leroux en 2012. 

L’Association canadienne des snowbirds donne maintenant des conférences en français et offre des cours d’anglais gratuitement. 

« Des fois, ils ne sont pas capables de demander un prix dans un magasin ou encore de communiquer avec la police [...]. Souvent, ils forment des petites communautés et ne parlent que le français. Il faut sortir les francophones des ghettos pour qu’ils puissent mieux s’intégrer », explique le retraité de 76 ans dont la langue maternelle est l’anglais, mais qui maîtrise très bien le français.

Partage d’information

D’après M. Leroux, le travail de sensibilisation commence à fonctionner. Les retraités canadiens qui se rendent en Floride durant l’hiver sont plus nombreux à connaître l’importance des assurances.

Durant les conférences, les participants apprennent également que le vol de numéros d’assurance sociale (NAS) est commun aux États-Unis et qu’il est crucial de ne jamais le partager. Le NAS est composé de neuf chiffres, tout comme celui aux États-Unis, ce qui rend les Canadiens aussi vulnérables au vol que les Américains.