Le maire de Saint-Félicien, Luc Gibbon (au centre), est entouré de François Sauvé, Martin Dufour, François Ruel et Daniel Nossey, du Groupe Kameleon.

Saint-Félicien: 100 tonnes de pot par année

Le Groupe Kameleon a annoncé la construction d’une usine de 500 000 pieds carrés qui produira 100 tonnes de cannabis thérapeutique par an, générant la création de 250 emplois, dans le parc industriel de Saint-Félicien. Ce sont les terrains abordables et des avantages énergétiques importants générés par les résidus de chaleur de l’usine de cogénération qui ont poussé les promoteurs à construire l’usine de 50 M$, qui devrait être en opération d’ici deux ans, dans le nord du Lac-Saint-Jean.

« Un beau matin, le maire de Saint-Félicien nous a appelés pour nous dire qu’il avait tout ce qu’il faut pour nous accommoder », relate François Ruel, le président du Groupe Kameleon, qui investit également 100 millions de dollars pour la production en serre dans Charlevoix. L’entreprise québécoise qui se spécialise dans le domaine du cannabis médicinal et thérapeutique n’a pas pris l’offre à la légère, alors que deux actionnaires du groupe se sont déplacés pour rencontrer le maire de la municipalité, Luc Gibbons. « Ils sont revenus enchantés et motivés et c’est là que le projet a pris son envol », ajoute l’homme.

Il faut dire que Saint-Félicien avait des arguments de taille pour convaincre des entreprises à venir s’installer dans la région, car l’énergie thermique produite par l’usine de cogénération a été cédée à la ville lors de la construction de l’usine, ce qui représente un potentiel d’une vingtaine de mégawatts.

Pour l’instant, aucune entente n’a été conclue entre le Groupe Kameleon et Saint-Félicien, mais le maire Gibbons a admis avoir offert des tarifs plus bas que ceux d’Hydro-Québec.

« [La disponibilité de chaleur], c’est un des éléments qui a fait qu’on a décidé d’aller de l’avant avec ce projet, remarque Martin Dufour, vice-président du Groupe Kameleon, tout en ajoutant que le projet est trop embryonnaire pour s’avancer sur les besoins énergétiques et les gains estimés. L’emplacement et les services, qui sont facilement connectables à notre projet, sont tous là. »

Le Groupe Kameleon souhaite implanter son usine à proximité de l’usine de cogénération, de l’autre côté de la voie de contournement, en achetant un terrain appartenant à Saint-Félicien. Mais avant de faire l’achat du terrain, l’entreprise devra faire la demande pour obtenir une licence pour la production de cannabis médical. « Pour l’usine de Charlevoix, Santé Canada nous a octroyé notre “file number”, ce qui va nous permettre de commencer la construction à la fonte des neiges », a souligné François Ruel.

Martin Dufour mentionne pour sa part qu’il souhaite envoyer une demande formelle à Santé Canada d’ici la fin février pour la future usine de Saint-Félicien. La licence de producteur de cannabis à des fins thérapeutiques pourra être obtenue une fois l’usine complétée, a-t-il ajouté.

Selon Luc Gibbons, l’arrivée de cette industrie émergente ouvre de nouvelles perspectives pour la ville et pour toute la région, en plus de consolider les emplois à l’usine de cogénération. « L’annonce de ce projet majeur à Saint-Félicien amorcera une ère de vitalité économique pour tout notre secteur », a-t-il souligné lors de la conférence de presse tenue à l’Hôtel du Jardin.

Contrairement à la solution retenue à Charlevoix où la production de cannabis se fera en serre, celle au Lac se fera en milieu fermé, en utilisant une culture par étage dans des pots. Les techniques exactes restent toutefois à déterminer, mais la production sera biologique, sans intrants chimiques. Cinq récoltes sont prévues par année pour une production de 100 000 kg.

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OÙ TROUVER LES 250 EMPLOYÉS ?

(Guillaume Roy) — Contrairement à plusieurs autres secteurs de l’économie, l’industrie du cannabis n’a pas de problème de recrutement. « Pour nous, c’est un faux problème. Chez nous, tous les emplois qui vont être disponibles seront très bien rémunérés », remarque Martin Dufour, qui ajoute qu’il existe un engouement pour l’industrie du cannabis, car son entreprise est déjà inondée de CV pour son projet à Petite-Rivière-Saint-François. « Et l’histoire semble vouloir se répéter ici, car on a déjà commencé à recevoir des demandes », dit-il, et ce, même avant que le projet ne soit lancé officiellement. 

Le salaire de base offert commencera à 18 $ de l’heure, mais l’entreprise offrira surtout des emplois à plus de 20, voire 30 $ de l’heure. Plusieurs postes de journaliers seront à pourvoir et le Groupe Kameleon offrira des formations à l’interne à cet effet. De plus, plusieurs employés avec un bagage scientifique ou en horticulture seront recherchés. Pour combler ses besoins, l’entreprise souhaite par ailleurs travailler avec les institutions d’enseignement comme le Cégep de Saint-Félicien. 

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MISER SUR LE MARCHÉ INTERNATIONAL DU CBD

(Guillaume Roy) — Le Groupe Kameleon a choisi de tabler sur l’aspect « positif » du cannabis en développant des produits destinés aux marchés thérapeutique, pharmaceutique, cosmétique et nutraceutique. 

Autrement dit, l’entreprise souhaite miser sur l’aspect médicinal du cannabis. « On estime, tout comme plusieurs professionnels du milieu, que le cannabis pour le marché récréatif représente, à terme, 5 à 10 % du marché global maximum », soutient Martin Dufour, vice-président du Groupe Kameleon. « On souhaite développer des génétiques très fortes en CBD (le cannabidiol, un dérivé du cannabis), et avec peu de THC, pour des applications pharmaceutiques », ajoute-t-il.

« Au cours des prochains mois, il y aura plein de nouveaux médicaments qui vont sortir à base de CBD et autres, mentionne pour sa part le président François Ruel. Le marché est immense et on a décidé que le nôtre serait beaucoup plus à l’international, en extraction, et qu’il serait pharmaceutique. »

Les 100 000 kilogrammes produits annuellement seront donc transformés en huile de CBD et de THC, deux composés actifs utilisés pour leurs propriétés anti-inflammatoires et antidouleurs, remarque François Sauvé, vice-président Innovation pour le Groupe Kameleon. « Éventuellement, ces huiles pourraient être utilisées dans l’industrie alimentaires », dit-il, en ajoutant que l’industrie cosmétique est aussi intéressée par ces produits. D’ici quelques années, plusieurs autres molécules pourraient être valorisées, grâce à l’implantation d’une structure d’innovation au sein du groupe.

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INVESTISSEURS LOCAUX RECHERCHÉS

(Guillaume Roy) — Avant de procéder à la première pelletée de terre, le Groupe Kameleon doit compléter le financement et l’entreprise souhaite que des investisseurs locaux s’impliquent dans l’aventure. « J’aimerais beaucoup qu’un actionnaire du coin mette au moins 500 $ dans l’aventure, soutient François Ruel. On veut que ce projet-là devienne aussi le projet de la région. »

Outre de s’impliquer directement dans le projet de production, d’autres occasions d’affaires émergeront, notamment pour la transformation des sous-produits. « Après avoir extrait l’huile, on peut faire encore beaucoup de choses avec la plante, mentionne ce dernier. On veut offrir des procédés de transformation à des entrepreneurs, et si tout va bien, peut-être même offrir du financement. »

« Le développement socioéconomique des régions, on en a fait notre fer de lance », conclut l’homme, en ajoutant que davantage d’informations seront disponibles lors des rencontres publiques qui seront faites au cours des prochains mois. 

Méfiance

En coulisse, certains joueurs ont émis une certaine méfiance envers le Groupe Kameleon, car l’entreprise ne dispose pas encore d’une licence d’exploitation pour le cannabis médical. Les démarches pour l’obtenir sont toutefois amorcées, suivant le processus normal, selon les promoteurs. Guillaume Roy