Les propriétaires des Serres Toundra veulent utiliser le bâtiment pour loger les travailleurs guatémaltèques.

Saint-Félicien : la vente du presbytère fait des mécontents

Pour assurer l’avenir financier de la paroisse de Saint-Félicien, son conseil d’administration a vendu le presbytère aux actionnaires des Serres Toundra, Éric Dubé et Caroline Fradette, qui veulent utiliser le bâtiment pour loger les travailleurs guatémaltèques. Cette vente a soulevé l’ire de quelques citoyens, qui se sentent floués.

Depuis une dizaine d’années, l’évêque de Chicoutimi, qui chapeaute la paroisse de Saint-Félicien, souhaite que les paroisses locales gardent leurs oreilles ouvertes si des acheteurs se montrent intéressés à faire l’achat des presbytères dans la région, explique d’emblée l’abbé André Boudreault, le responsable de plusieurs paroisses au Lac-Saint-Jean, dont celle de Saint-Félicien.

« Originalement, le presbytère était la maison du curé, explique-t-il. Aujourd’hui, il y a toutefois beaucoup moins de pratiquants et les bâtisses sont devenues trop grandes pour nos besoins. »

La paroisse ne cherchait pas activement d’acheteurs lorsque Louise Boulanger, une agente d’immeuble, les a approchés pour leur présenter le projet des Serres Toundra, en novembre dernier. Avisée qu’Éric Dubé et Caroline Fradette étaient à la recherche d’une bâtisse pour loger les travailleurs guatémaltèques, cette dernière a donc contacté la paroisse pour voir s’il y avait un potentiel de vendre.

Comme les Serres Toundra louaient déjà le presbytère de Normandin, qui est la propriété de la Ville, pour loger une vingtaine de travailleurs, le bâtiment s’avérait idéal pour loger davantage de travailleurs.

À Normandin, c’est la Corporation de développement économique qui a mis la main sur le presbytère pour 100 000 $, après avoir réalisé une étude de faisabilité économique pour la location à des travailleurs immigrants, avec l’aide de la Ville. En louant des chambres à 24 travailleurs à raison de 120 $ par mois, la corporation peut engranger des revenus de 34 560 $ annuellement. « C’est un projet viable économiquement, remarque le maire Mario Fortin, qui voit d’un bon œil l’arrivée des travailleurs étrangers. On aimerait même qu’ils amènent leurs conjointes, parce qu’on a d’énormes besoins de main-d’œuvre. »

À Saint-Félicien, « quand une opportunité sérieuse s’est présentée, le conseil de fabrique a accueilli la possibilité de vendre », remarque l’abbé Boudreault, qui estime avoir obtenu un bon prix en vendant le bâtiment à 350 000 $, alors qu’une évaluation chiffrait la valeur de la bâtisse à 225 000 $. Il précise que le contrat de vente se fait directement avec Éric Dubé et Caroline Fradette et non pas avec les Serres Toundra.

Grogne citoyenne

Dimanche dernier, la Fabrique a tenu une rencontre pour faire l’annonce de la vente du presbytère. Cette annonce a choqué certains citoyens, comme Jeanine Lavoie, qui a lancé ce questionnement sur la page Facebook « Gens de Saint-Félicien, debout », qu’elle administre. « Comment on peut vendre un bien qui appartient à tout le monde sans avoir le moindre consentement de la population ? » Une publication qui a été largement partagée et commentée.

« Ça me dérange et je ne suis pas la seule, dit-elle. La Ville aurait dû l’acheter pour y loger les organismes communautaires, comme le comptoir vestimentaire, au lieu d’investir dans son agrandissement. »

Avant de vendre à un promoteur privé, la paroisse devait toutefois offrir le bâtiment en priorité à la Ville de Saint-Félicien. Une offre que la municipalité a refusée, après avoir analysé les besoins des organismes communautaires, remarque le directeur général, Dany Coudé.

« Ce n’était pas un bon endroit pour le comptoir vestimentaire, car le bâtiment n’est pas conçu pour ce type d’usage et on n’y retrouve pas d’accès pour les handicapés », dit-il. De plus, Saint-Félicien ne voulait pas faire l’achat du presbytère et en faire la location, car la municipalité serait alors entrée en compétition avec les autres propriétaires d’immeubles, alors que plusieurs bâtiments sont à vendre, ajoute ce dernier.

L’abbé Boudreault comprend le sentiment de frustration des citoyens, car il a également eu la tâche difficile de vendre plusieurs églises par le passé. « Il y a toujours beaucoup d’émotions, car les gens voient ces bâtisses comme la maison familiale, dit-il. C’est normal qu’il y ait de telles réactions, mais il faut assurer une bonne gestion financière pour assurer notre avenir. »

La vente du presbytère a été entérinée le 22 janvier. Il reste toutefois des vérifications techniques à faire concernant les normes d’incendie et de santé et sécurité. La vente officielle devrait se conclure en juin, estime l’abbé. Lorsque la transaction sera conclue, les Sociétés d’histoire du Lac-Saint-Jean et Saint-Vincent-de-Paul devront se trouver de nouveaux locaux.

« Notre priorité est toujours de travailler avec le milieu communautaire. Dans ce cas-ci, on devait tout de même obtenir un bon prix pour le presbytère, d’autant plus que c’est une très belle bâtisse, car on a besoin de cet argent-là. On n’aurait jamais vendu à quelqu’un qui voulait en faire un bar ou pour un palace privé », conclut l’homme qui croit que le projet sera bon pour la Ville, car il stimulera l’activité économique dans le secteur. Et ça sera probablement bon pour la fréquentation de l’église, car la plupart des travailleurs immigrants sont des catholiques pratiquants.

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CONSERVER L'ASPECT PATRIMONIAL

(Guillaume Roy) - Le président des Serres Toundra, Éric Dubé, assure que le presbytère conservera son aspect patrimonial, alors qu’il sera transformé pour loger de 40 à 60 travailleurs guatémaltèques.

« Le presbytère de Saint-Félicien, c’est une belle bâtisse patrimoniale qui a une architecture unique. On s’engage à préserver ce patrimoine-là en lui donnant une autre vocation », a expliqué Éric Dubé, qui souhaite laisser le bâtiment tel quel, mis à part les mises aux normes requises pour la sécurité incendie et pour assurer les normes de santé et de sécurité.

Ce sont d’ailleurs ces normes qui dicteront la capacité d’occupation de l’immeuble qui devrait accueillir entre 40 et 60 travailleurs.

« C’est un endroit stratégique pour les travailleurs, parce que la bâtisse se trouve au milieu du village, ajoute l’entrepreneur. Ça générera des retombées dans l’ensemble des commerces du centre-ville. »

Ce dernier mentionne qu’il était à la recherche d’un bâtiment pour loger les travailleurs des Serres depuis plusieurs mois, car les deux bâtisses actuelles, un immeuble à logements à Saint-Félicien et le presbytère de Normandin, ne suffiraient plus à la demande au cours des prochains mois. « Nos bâtiments sont pleins et lors des rotations, ça nous prenait un autre bâtiment », soutient l’homme qui embauche près de 80 travailleurs immigrants, qui signent des contrats de travail d’un an lors de leur séjour.

Les travailleurs immigrants paient un loyer de 120$ par mois. Les revenus annuels d’une telle bâtisse pourraient donc représenter un montant de 57 600$ si 40 travailleurs y logent, pouvant même atteindre 86 400$ avec 60 locataires.