Québec doit corriger, une fois pour toutes, l’iniquité entre les grandes et petites villes en matière de financement du corps policiers, demandent le conseiller Kevin Armstrong et la mairesse Josée Néron.
Québec doit corriger, une fois pour toutes, l’iniquité entre les grandes et petites villes en matière de financement du corps policiers, demandent le conseiller Kevin Armstrong et la mairesse Josée Néron.

Saguenay veut un financement équitable pour les services policiers

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Saguenay demande à Québec de mettre fin, une fois pour toutes, à la « grave iniquité » maintenue envers ses citoyens par le financement « à deux vitesses » des services policiers dans la province. Les coffres de la Ville compteraient près de 15 millions $ de plus par année si le gouvernement lui donnait les mêmes avantages que les municipalités de moins de 100 000 habitants. Une injustice qui perdure depuis trop longtemps, dénonce Saguenay dans son mémoire déposé il y a quelques jours dans le cadre de la consultation publique sur la réalité policière au Québec. Prélude à une première réforme de la Loi sur la police, qui n’a pas été modifiée depuis 20 ans.

« Notre population est desservie par un corps policier et elle le paye. Mais nos citoyens se trouvent à piger deux fois dans leurs poches pour payer le service, car par leurs impôts, ils payent une partie de la facture des autres villes où la couverture est assurée par la Sûreté du Québec. C’est une iniquité qui est dénoncée depuis longtemps et qui doit cesser. Ce n’est pas à la population de Saguenay de payer une double facturation », plaide Kevin Armstrong, conseiller et président de la Commission de la sécurité publique.

En effet, en plus de payer pour leur propre corps policier par leurs taxes municipales, service qui a coûté 37 millions $ en 2019, les Saguenéens assument aussi, par leurs impôts, une partie de la facture de toutes les autres villes qui comptent sur la SQ. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, toutes les municipalités reçoivent jusqu’à 50 % de subventions pour payer les frais de la SQ, à l’exception de Saguenay, forcée par la loi de posséder et payer son propre service de police, comme toutes les villes de plus de 100 000 habitants.

Saguenay désavantagée

Que les grandes villes, plus fortunées, puissent elles-mêmes payer leur service de police semble une idée cohérente dans une société où la social-démocratie demeure le courant idéologique prépondérant. Par contre, Saguenay se démarque désavantageusement de ses homologues, soit les autres villes de plus de 100 000 habitants.

Saguenay arrive au dernier rang en matière de vitalité économique, en raison principalement d’une baisse de sa population, mais aussi de la richesse foncière. Saguenay doit aussi couvrir un territoire deux fois plus grand que l’île de Montréeal et même trois fois plus grand que des villes plus comparables comme Lévis.


« On comprend le contexte économique, pas toujours évident. Mais je pense que le retour du balancier est venu. Ce n’est pas à la population de Saguenay de payer une double facturation. »
Kevin Armstrong
Le conseiller Kevin Armstrong est le président de la Commission de la sécurité publique.

Le service de police coûte aussi chaque année, de plus en plus cher, et il y a de moins en moins de monde pour le payer. Une hausse des coûts attribuable, en partie, aux décisions des derniers gouvernements, pointe la mairesse Josée Néron, estimant qu’il en revient donc encore plus à Québec de payer une partie de cette facture.

« On n’a pas qu’à penser à la désinstitutionnalisation. Le rôle des policiers a changé. Ils interviennent davantage sur des enjeux liés à des problèmes mentaux. Avant, ils avaient un rôle très coercitif. Ce rôle a migré vers des rôles d’intervention sociale, qui prend souvent beaucoup plus de temps et qui nécessite plus de ressources financières. Maintenant, ce sont nos policiers qui jouent le rôle des premiers intervenants. C’est ce qu’on demande aussi au gouvernement de reconnaître. On peut assumer cette responsabilité comme ville, mais Québec doit aussi transférer le financement », indique Josée Néron.

Le sujet fait les manchettes depuis quelques années déjà. Mais les élus de Saguenay croient qu’il est temps de voir des changements et la volonté du gouvernement caquiste de réformer la loi sur la police est la meilleure occasion de le faire.

« On comprend le contexte économique, pas toujours évident. Mais je pense que le retour du balancier est venu. Ce n’est pas à la population de Saguenay de payer une double facturation », insiste M. Armstrong.

Pour améliorer les services policiers et le financement, l’idée de fusionner certains corps policiers a été lancée. Dans certains territoires, dont Montréal, où se trouvent plusieurs services différents dans une petite superficie, cette solution semble priorisée. « Il y a des opportunités que les autres villes ont, dont fusionner, et que nous n’avons pas en raison de notre territoire. Pour nous, à court terme, la première solution est de corriger cette iniquité avec un financement supplémentaire », ajoute Kevin Armstrong.

Le dépôt du rapport sur la réalité policière est attendu pour le printemps prochain. Des consultations se tiennent tout l’automne. La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a assuré que ces consultations découlant du Livre vert, déposé en 2019, seront plus qu’un exercice de relations publiques. Une véritable réforme devrait en découler, a-t-elle promis.