La mairesse de Saguenay, Josée Néron
La mairesse de Saguenay, Josée Néron

Saguenay réclame sa part devant Québec et Rio Tinto

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La Ville de Saguenay adopte une attitude beaucoup plus revendicatrice face au gouvernement du Québec et à Rio Tinto dans le cadre de la consultation gouvernementale sur l’industrie de l’aluminium. Saguenay exige même un retour de 167,6 M$ pour l’ensemble de la région provenant de la contribution au Fonds des générations versée par les producteurs privés d’électricité, en plus d’exiger la mise en oeuvre des projets de modernisation déjà annoncés par la multinationale.

La ville a publié mercredi la position qu’elle défend dans le cadre de cette consultation initiée par le ministère de l’Économie. La réflexion de la ville, appuyée sur un mémoire particulièrement bien documenté réalisé par Roger Boivin du Groupe performance stratégique (GPS), se démarque des positions généralement moins revendicatrices émanant du cabinet de la mairesse Josée Néron.

Nonobstant le fait que les usines d’aluminium du Saguenay-Lac-Sain-Jean comptent parmi les meilleures au monde et qu’elles produisent en plus le métal gris avec la plus faible empreinte écologique de l’industrie, les défis quant à la modernisation et l’intégration des nouvelles technologies restent les mêmes, selon la mairesse de Saguenay.

Ces enjeux sont de taille et découlent directement de l’implantation de la nouvelle technologie Elysis (anodes inertes) et de la volonté de Rio Tinto de se diriger vers les usines 4.0. C’est ainsi que, selon les projections de la ville, ces deux technologies pourraient faire disparaître jusqu’à 50 % des emplois dans l’industrie régionale et ailleurs au Québec.

La ville réclame au nom de la région que Québec s’engage à exiger des grands producteurs une plus grande implication dans tout le volet de la transformation. Il s’agit pour Saguenay d’une condition de base à tout appui financier ou énergétique important dans les projets envisagés par les producteurs d’aluminium de première coulée, en plus de la concrétisation des investissements déjà annoncés par Rio Tinto.

«Nous demandons au gouvernement du Québec qu’il s’assure que Rio Tinto complète l’optimisation en cours de l’Usine Vaudreuil, aille de l’avant avec les autres phases de l’AP-60 à Jonquière, de même que la réalisation de la phase II de l’Aluminerie d’Alma, deux projets qui devaient être réalisés au plus tard le 31 décembre 2015. Nous voulons aussi nous assurer que la future usine de production à grande échelle des anodes Elysis soit installée à Saguenay, tout en s’assurant que nos équipementiers soient pleinement associés à la mise en oeuvre de cette technologie révolutionnaire, actuellement en phase de développement ici à Saguenay.»

L’exigence d’obtenir l’usine de production d’anodes dans la région permettrait de compenser en partie pour la disparition des emplois reliés à la production des anodes utilisés en ce moment dans les alumineries. Rio Tinto pourrait opter pour la production en sous-traitance auprès d’un géant des produits chimiques comme Dupont.

Josée Néron insiste sur l’importance pour Québec de veiller à ce que les producteurs québécois s’inscrivent dans l’axe de l’aluminerie 4.0 afin que les usines puissent demeurer parmi les plus rentables au monde pour l’avenir économique de la région.

Dans cette démarche, la mairesse s’est adjoint le conseiller municipal Jean-Marc Crevier, qui possède une vaste expérience dans le domaine de l’aluminium. Il est revenu sur toute la question de la production privée d’électricité à des fins industrielles. Cette production permet à des entreprises comme Rio Tinto d’avoir un avantage majeur pour la production d’aluminium primaire tout en générant des revenus importants dans le Fonds des générations à partir de la redevance sur l’eau.

Selon les chiffres présentés dans le mémoire, il existe un déséquilibre important dans le financement de ce fonds en fonction des différentes régions du Québec. Les régions ressources contribuent à la hauteur de 789 $ par année par citoyen au fonds alors que la contribution pour le reste du Québec est de l’ordre de 88 $.

«La région devrait contribuer à 50 M$ par année au fonds. Nous versons plutôt 218 M$ annuellement, soit quatre fois plus que notre part de la population du Québec. Afin de corriger ce déséquilibre dans le financement, nous revendiquons que la part du surfinancement régional, qui s’établit à 167,6 M$ par année, revienne à la région», plaide le conseiller municipal Jean-Marc Crevier, qui a également participé aux consultations avec le ministère de l’Économie.

En plus de l’érosion de l’emploi, Saguenay fait face à une problématique majeure alors que les revenus de taxation provenant des immeubles de Rio Tinto (usines et autres bâtiments) seront en décroissance tant et aussi longtemps que l’entreprise ne réalisera pas de modernisation majeure avec en prime la fin de vie utile de ce qui reste des cuves précuites à Jonquière.

La mairesse Josée Néron émet le souhait que la filière aluminium puisse avoir des retombées pour tous les acteurs qui y contribuent. Elle rappelle que Saguenay est ouverte aux projets audacieux afin de conserver son rôle de leader mondial avec ce qui se fait de meilleur dans cette industrie.