Vendredi, les cabanes à pêche étaient fidèles au poste dans le secteur Grande-Baie, considéré plus sécuritaire en raison des faibles variations du niveau de l’eau.
Vendredi, les cabanes à pêche étaient fidèles au poste dans le secteur Grande-Baie, considéré plus sécuritaire en raison des faibles variations du niveau de l’eau.

Saguenay continue de tolérer les cabanes

Émilie Morin
Émilie Morin
Le Quotidien
Quelques jours après que des cabanes à pêche soient parties à la dérive, plusieurs habitations peuvent encore être observées sur la baie des Ha ! Ha !, et ce, en dépit de la réglementation de la Ville de Saguenay.

En effet, le règlement, rappelé par la Ville sur sa page Facebook mercredi, stipule que « l’installation de toute cabane à pêche [et de tout] abri à pêche ou abri temporaire à l’extérieur des zones prévues à ces fins est illégale ». Puisque les villages de pêche n’ont pas encore officiellement débuté, les pêcheurs seraient normalement dans l’obligation de retirer leurs installations.

Joint vendredi, le conseiller municipal Martin Harvey explique que la Ville se montre tolérante par rapport aux cabanes à pêche. Il n’exclut toutefois pas de faire appliquer la réglementation si la situation sur les glaces devenait dangereuse. « Il y a une tolérance, mais avec ce qui s’est passé [mercredi], on pourrait [si la situation le demandait], décider d’appliquer la réglementation, indique M. Harvey. J’invite les gens à être prudents. On a travaillé fort pour rendre la pêche blanche aux citoyens, pour mettre ça sécuritaire, alors quand on voit des choses comme ça, c’est tannant. »

Le directeur des communications de la Ville de Saguenay, Jeannot Allard, abonde dans le même sens, précisant que le règlement a pour but principal d’assurer la sécurité des citoyens. « Pour l’instant, on ne sait pas ce qu’il adviendra de la situation, mais on va surveiller les lieux pendant tout le week-end pour voir comment se comportent les glaces. On interviendra avec diligence en cas de nécessité. On n’en est pas à donner des constats pour l’instant, bien qu’on l’a déjà fait dans le passé et ce n’est pas dit qu’on ne le fera pas. La réglementation existe pour des questions de sécurité et cet événement en est un bel exemple. Les autorités municipales se réuniront en début de semaine afin d’évaluer la situation et on verra par la suite. »

Par ailleurs, Martin Harvey a tenu à rappeler que des discussions sont en cours avec Pêches et Océans Canada afin de modifier la responsabilité des glaces de la baie des Ha ! Ha ! « On a demandé un nouveau bail, mais puisque c’est au niveau fédéral, on a obtenu l’autorisation de parler avec Pêches et Océans Canada au début décembre, alors présentement, on est encore sous l’ancien protocole. »

Cabanes repêchées

Les cabanes à pêche disparues mercredi soir ont été repêchées par la Garde côtière canadienne, jeudi, selon Radio-Canada.

Pour l’instant, le montant de la facture entourant le sauvetage des cabanes est inconnu. Il a été impossible de savoir qui payerait ladite facture, dans l’éventualité où les propriétaires des cabanes ne se manifesteraient pas pour les récupérer.

Jeannot Allard a indiqué au Progrès que les autorités municipales discuteront de la situation lundi.

UNE ATTITUDE PROPICE AU BRACONNAGE, DÉNONCE UN CITOYEN

Un citoyen de La Baie estime que la réglementation doit être appliquée, particulièrement dans le secteur des Battures, où a eu lieu l’incident des cabanes à la dérive.

Selon le résidant, qui a accepté de parler au Progrès sous le couvert de l’anonymat vendredi soir, la présence des cabanes le long du chemin des Battures n’est pas anodine. « Ce n’est pas pour rien que les pêcheurs vont au large au lieu d’aller dans les villages. Ils veulent avoir la paix. Dans les villages, c’est surveillé. Il n’y a pas de problème, mais eux, ils veulent pêcher [ce qu’ils veulent]. »

L’individu affirme que plusieurs dizaines de cabanes à pêche sont installées dans le secteur en permanence, et que la pêche y est pratiquée de façon intensive, de décembre à mars. « Ils vont et viennent avec des sceaux remplis de poissons, peu importe l’heure », indique l’homme. 

Un pêcheur habitué du secteur a confirmé ces dires, mentionnant au Progrès qu’il y avait « pas mal » de braconnage dans le coin. « C’est majoritairement de la morue et de l’éperlan, et dans le coin de Rivière-Éternité, ils braconnent le crabe. »

Le secteur des Battures est considéré comme une zone à risque, selon la carte des Zones de pêche de la Ville de Saguenay. Les abris temporaires y sont toutefois tolérés, une fois que les villages de pêche blanche sont installés. 

« Ces cabanes n’ont pas le droit d’être là, souligne le citoyen. Elles n’ont pas d’affaire là tant que le village de pêche n’est pas commencé, et elles sont proches du parc marin. Ça ne me dérange pas qu’ils pêchent, mais qu’ils respectent la réglementation et qu’ils utilisent des cabanes temporaires qu’ils doivent démonter le soir. »

Il ajoute également que le braconnage n’est pas un phénomène propre à l’hiver. « L’été, j’ai déjà surpris une conversation entre pêcheurs qui parlaient très fort et qui disaient en riant qu’ils ne remettraient clairement pas un bar rayé à l’eau s’ils en pêchaient un. »

Pour cet homme de La Baie, la solution est claire et simple. Elle repose sur les autorités municipales et gouvernementales. « Le ministère n’a qu’à mettre plus de gardes-chasse et la Ville n’a qu’à faire respecter la réglementation. »

L’individu explique avoir déjà fait des plaintes au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, mais que celui-ci ne peut rien faire. « Ils ne peuvent évidemment pas aller fouiller dans les frigidaires du monde », laisse tomber le citoyen.

Au-delà de l’impact environnemental, l’homme admet que la présence constante des pêcheurs se fait dérangeante pour les résidants. « Il y a toujours des bruits (de motoneige). Le monde passe sur les terrains privés pour aller pêcher tout l’hiver. J’ai une amie qui vit dans le coin et elle a mis une pancarte, mais rien n’y fait. »

Selon un citoyen de La Baie, certains pêcheurs s’installeraient dans le secteur des Battures afin d’échapper aux quotas de poissons.