Rue Racine: une autre maison tombe

Le visage du coeur du centre-ville de Chicoutimi a encore changé, vendredi. L’immeuble du 350 Racine, abritant autrefois la Caisse populaire du réseau de la santé, a été démoli pour laisser place à une nouvelle phase de la résidence pour personnes âgées du Manoir Champlain. La disparition de l’immeuble a tout de même soulevé son lot de critiques.

Une semaine après la démolition de la Maison Riverin, sur la rue Montcalm, l’immeuble voisin de la Maison Bossé et de la firme Gauthier Bédard est tombé sous le pic des démolisseurs de la firme Claveau et fils. Rappelons que Saguenay avait refusé le permis de démolition de la Maison Bossé, qui possède un statut de protection patrimoniale, mais qui se retrouvera enclavée avec la construction d’un nouvel immeuble. 

Dany Tremblay, directeur du Manoir Champlain, confirme que le propriétaire Guy Boivin travaille présentement avec un architecte pour l’ajout d’une nouvelle annexe, dont la façade donnera sur la rue Racine, sur l’emplacement de l’immeuble démoli. M. Tremblay a mentionné que le travail est assez avancé et fera l’objet d’un dévoilement public bientôt.

Présent sur place lors des travaux de démolition, puisque son bureau est situé juste en face, l’architecte Luc Fortin a déploré la disparition de l’immeuble même si celui-ci n’avait aucun statut patrimonial. « L’absence de vision est déplorable. Dans un cas comme ça, il ne faut pas trop en demander à la Ville. Ce n’est pas à elle de tout assumer. Lorsque des gens ont des projets, les propriétaires doivent être aidés », a-t-il mentionné.

Selon lui, même si l’immeuble disparu n’avait pas de protection, il est nécessaire d’aborder les dossiers dans leur ensemble. Par exemple, le 350 Racine était adossé à l’immeuble Gauthier Bédard, un immeuble de prestige ayant abrité une succursale de la Banque Royale. Tout près se trouve la Maison Bossé « avec son style, ses arbres, son histoire qui apportent un cachet original au centre-ville ».

Il a cité en exemple les villes de Rivière-du-Loup et Drummondville comme étant celles qui ont su conserver un cachet à leur vieux centre-ville en conservant des immeubles anciens.

Selon lui, la nouvelle aile du Manoir Champlain sera un immeuble énorme, qui agira comme une palissade qui masquera le secteur.

Du côté de Saguenay, Cindy Girard, porte-parole du bureau de la mairesse Josée Néron, a mentionné que le permis de démolition du 350 Racine a été délivré le 5 octobre dernier sous l’ancienne administration. Depuis, la nouvelle administration a demandé au promoteur d’intégrer certaines mesures architecturales. C’est ainsi que la nouvelle aile devra avoir sur la façade Racine des espaces commerciaux pouvant accueillir des bureaux.

Le conseiller municipal, Simon-Olivier Côté, a confirmé qu’une demande de permis de construction a été logée et que les services allaient s’assurer que les exigences d’intégration seraient mises en place dans le cadre d’un plan d’intégration déposé au comité consultatif d’urbanisme. M. Côté n’a éprouvé aucun regret à voir disparaître le 350 Racine, un immeuble qui était à vendre depuis longtemps et qui ne présentait pas d’attrait particulier, selon lui. « Ça va permettre de revitaliser le centre-ville avec la construction d’un bâtiment neuf. »

La députée péquiste de Chicoutimi, Mireille Jean, a mis son grain de sel en affirmant qu’il était bien d’avoir des exigences pour la nouvelle aile de la résidence Champlain, mais a réitéré qu’il est nécessaire d’adopter une politique visant à déterminer quels bâtiments possèdent des caractéristiques leur permettant d’appartenir au patrimoine bâti.