RTA devant le BAPE

Rio Tinto Alcan (RTA) ne fera pas l'économie d'une audience publique menée par le gouvernement du Québec pour évaluer la gestion du lac Saint-Jean au cours des dernières années, alors que les niveaux élevés de l'automne, combinés aux forts vents, ont causé des dommages considérables dans les principaux secteurs de villégiature.
La multinationale devra se présenter devant le gouvernement du Québec d'ici deux ans, afin d'obtenir le renouvellement du décret sur la gestion du lac Saint-Jean, ce qui comprend toute la question des travaux de stabilisation.
Le renouvellement de ce décret, adopté pour la première fois par le gouvernement libéral en 1985, n'avait jamais posé de problème. Les choses ont toutefois changé radicalement depuis deux ans, alors que les riverains se mobilisent contre la multinationale pour son intransigeance dans la gestion automnale du réservoir.
Selon ce que Le Quotidien a appris au cours des derniers jours, l'idée lancée par RTA de mener sa propre consultation publique auprès des riverains est loin de satisfaire le ministre Alexandre Cloutier et le député de Roberval, Denis Trottier. À moins d'un changement de gouvernement, les deux élus péquistes vont tout mettre en oeuvre pour convaincre leurs collègues de la nécessité de tenir une consultation publique sous l'égide de l'État, et selon des règles qui seront dictées par le gouvernement ou l'un de ses organismes.
Pas de décision
Le mode de consultation publique préconisé n'est cependant pas encore arrêté. Il y a en ce moment un mouvement largement favorable à une procédure d'évaluation environnementale régulière. Les tenants de cette position, qui font partie des différents organismes de riverains et même de municipalités, jugent qu'une étude d'impact environnemental visant à évaluer l'effet cumulatif des travaux réalisés depuis 30 ans serait nécessaire avant d'autoriser la poursuite du programme de stabilisation des berges.
Selon les sources du Quotidien, on s'interroge, au sein des élus péquistes, sur la pertinence de réclamer ce type d'étude qui obligerait RTA à confier à des spécialistes la réalisation d'une étude de cette envergure. Cette procédure, réalisée en vertu de la Loi sur la qualité de l'Environnement, se solderait par la tenue d'audiences publiques sous l'égide du BAPE. Contrairement au début des années 1980, alors que Québec était le principal joueur, Ottawa pourrait s'inviter dans ce processus. Depuis quelques années, Environnement Canada, en vertu des responsabilités fédérales, ne se gène effectivement pas pour intervenir dans le dossier des berges comme ce fut le cas lors des derniers travaux de stabilisation à l'extrémité de la Pointe Taillon.
Dans d'autres dossiers comme le verglas ou les inondations, Québec a mis en place des commissions techniques chargées de faire la lumière sur les événements.
En début d'année, le ministre Alexandre Cloutier a confié à Progrès-Dimanche que l'un de ses objectifs pour la prochaine année était de procéder à l'évaluation du mode de gestion du lac Saint-Jean. Il n'est pas allé plus loin dans ses déclarations, mais c'est maintenant un secret de Polichinelle que le député de Lac-Saint-Jean a très mal réagi aux dommages causés aux berges du lac Saint-Jean cet automne.
Le Quotidien a tenté d'obtenir une entrevue avec le député de Roberval, Denis Trottier, qui mène depuis longtemps un combat contre la multinationale pour l'obliger à se comporter comme un citoyen corporatif responsable dans la gestion du lac Saint-Jean, principalement pour contrer les effets dévastateurs de l'érosion sur la Pointe Taillon et l'Île Boulianne. Ce dernier s'est engagé à répondre à ces questions lors de son passage au Cercle de presse du Saguenay, demain. C'est possiblement à ce moment que les deux députés péquistes du lac Saint-Jean vont faire connaître leur position par rapport à une éventuelle consultation publique.
En ce moment, RTA réalise des travaux de rechargement dans les secteurs de Saint-Gédéon, Saint-Gédéon sur le lac, Saint-Henri-de-Taillon, Métabetchouan et Vauvert. Selon Claudine Gagnon, porte-parole de RTA, ces travaux avaient été planifiés avec les dommages causés pendant l'automne. Il est toutefois possible, toujours selon la porte-parole, que des travaux soient réalisés sur des sites où il y a eu des dommages.
L'entreprise réalisera au printemps une évaluation plus complète des problèmes d'érosion survenus à l'automne.