Rodolphe inspecte ses ruches et déplace les reines afin de les préparer pour l’hiver.
Rodolphe inspecte ses ruches et déplace les reines afin de les préparer pour l’hiver.

Rodolphe Bertrand a la piqûre pour le miel

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
En inspectant les ruches pour se préparer tranquillement pour l’hiver, Rodolphe Bertrand remarque que les abeilles sont particulièrement agressives. Elles bourdonnent très fort en se promenant près de l’entrée. « Quand une ruche perd sa reine, elles peuvent devenir agressives parce que ce sont les phéromones (une substance chimique comparable aux hormones) sécrétées par la reine qui assure la cohésion », dit-il, au même moment où il se fait piquer sur le pouce en manipulant les grilles où l’on retrouve le miel, que l’on appelle « hausse » dans le jargon apicole.

Avec une production locale de miel qui comble à peine 32 % de la consommation provinciale, il reste encore beaucoup de place à prendre pour les apiculteurs québécois. En 2016, Rodolphe Bertrand, de La Doré, au Lac-Saint-Jean, a fait le saut en apiculture pour devenir son propre patron en exploitant des terres idéales pour les abeilles. Reportage au coeur d’un essaim qui compte plus d’un million de petites bêtes bourdonnantes.

Sur le miel de bleuet, on peut voir une image des deux enfants de Rodolphe.

L’expérience de l’apiculteur, qui a commencé à élever des abeilles en 2016, lui aura donné raison, car il n’y avait plus de reine dans la ruche. Habituellement, dès que la reine devient trop faible ou qu’elle meure, les abeilles se mettent à nourrir un des oeufs fécondés avec de la gelée royale, afin de créer une nouvelle reine. À cette période de l’année, il est toutefois un peu tard pour y arriver et Rodolphe achètera plutôt une nouvelle reine, qu’il intégrera à la ruche dès que possible.

Ce dernier est fasciné par la façon dont les abeilles sont en mesure de coordonner leurs activités alors que l’on compte plus de 60 000 individus dans une bonne ruche. Avec près d’une vingtaine de ruches installées à un seul endroit, ça fait plus d’un million d’abeilles qui grouillent constamment en quête de nectar. « C’est plein de petits insectes qui pensent ensemble, qui travaillent comme un seul individu, explique l’apiculteur. On peut aussi voir une ruche comme étant un peu comme un gros cerveau, qui fonctionne avec des signaux chimiques. »

Avant de produire du miel, les abeilles forment d’abord un tapis de cire sur les grilles, appelées hausses.

Il y a la reine, qui assure la cohésion de la ruche, et qui pond des oeufs pour assurer le renouvellement des abeilles et la croissance du cheptel. Les ouvrières nettoient les cellules, nourrissent les larves, gardent la ruche, puis butinent les fleurs pour amener du nectar à la ruche, avant de mourir d’épuisement à peine 45 jours après leur naissance. Les mâles, eux, ne sont même pas capables de se nourrir par eux-mêmes. Ils ne servent qu’à féconder la reine !

Le déclic

C’est lorsque son oncle, apiculteur en France, est venu lui rendre visite que Rodolphe Bertrand a eu le déclic. « En regardant l’espace et les champs qui entourent la maison, il m’a dit que j’avais un potentiel de fou », souligne le français d’origine, qui s’est installé à La Doré.

La prochaine récolte de miel se fera à la fin août.

Après avoir eu la piqûre, il a suivi une formation en Exploitation d’une entreprise apicole, au Collège d’Alma, avant de démarrer ses activités avec deux ruches, en 2016. C’est ainsi que l’entreprise Miel Boréal a vu le jour.

En prenant soin de ruches, le nombre d’abeilles augmente constamment et lorsqu’il y en a suffisamment, l’apiculteur peut diviser les ruches pour augmenter la production. Chaque année, il est possible de doubler le nombre de ruches. L’été dernier, Rodolphe a ainsi exploité 47 ruches et il compte atteindre près d’une centaine cet été.

Une ruche peut donner jusqu’à 50 kg de miel par année.

« Le but est d’arriver à 150 ou 170 ruches pour être capable de bien en vivre », souligne l’homme, qui travaille aussi pour la Société de protection des forêts contre les insectes et les maladies (SOPFIM), en attendant de pouvoir générer assez de revenus avec son entreprise.

Au départ, ce dernier n’avait pas prévu de revenus de pollinisation, car il pensait se concentrer sur la production de miel. « Je ne voulais pas faire juste de la pollinisation dans le bleuet, parce que ça ne fait pas une diète assez diversifiée pour les abeilles », dit-il.

On peut compter près de 60 000 abeilles dans une ruche productive.

Mais son voisin agriculteur, Frédéric Lepage, l’a convaincu de faire un partenariat pour polliniser ses champs de bleuets, de canola et de sarrasin, ainsi que ses prairies, où l’on retrouve beaucoup de trèfles.

Un marché à exploiter

Au Québec, le marché du miel local est encore loin d’être saturé, car les producteurs québécois produisaient à peine 32 % de la consommation provinciale en 2019, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec. « Il y a beaucoup d’appétit pour les produits locaux, surtout ces temps-ci », remarque Rodolphe Bertrand.

Rodolphe Bertrand loue ses ruches à proximité de chez lui où l’on retrouve des champs de bleuets, de canola, de trèfle et de sarrasin, ce qui ajoute un revenu à son entreprise.

La collaboration avec les épiciers locaux est aussi exemplaire, souligne-t-il, car ces derniers lui offrent une place de choix sur les tablettes, avec les autres miels, ce qui est plus efficace que de les tabletter à part avec d’autres produits régionaux, car les clients cherchent le miel dans le rayon du miel.

Avec la sécheresse du début de saison, la production sera toutefois moins élevée que prévu cette année, avec une tonne de miel, alors qu’il prévoyait 1,5 tonne. D’ici quelques années, il compte produire de cinq à six tonnes par an.

Le miel d’été

Au cours des prochaines années, Rodolphe Bertrand souhaite aller installer quelques ruches en forêt pour faire un miel forestier à base de nectar de plantes sauvages. Ce n’est encore que le début de son aventure apicole.