Le consultant Daniel Ouimet (à droite) a mentionné qu’il reviendrait à la CS des Rives-du-Saguenay si Chantale Cyr reprenait son poste de directrice générale, ce qui signifierait, selon lui, que le harcèlement est chose du passé.

Rives-du-Saguenay: la présidente a eu raison de la DG

L’élection à la présidence de la Commission scolaire (CS) des Rives-du-Saguenay de Liz Gagné a signifié automatiquement la fin pour sa directrice générale, Chantale Cyr. Au point où cette dernière a fait une tentative de suicide et s’est sentie complètement démolie.

Du moins, c’est l’opinion émise par le consultant Daniel Ouimet, embauché pour évaluer le fonctionnement de l’organisation saguenéenne et pour trouver des solutions afin de corriger les nombreuses lacunes observées.

Le procès pour harcèlement psychologique à l’endroit de Chantale Cyr a débuté, mercredi, devant le juge Guy Roy, du Tribunal administratif du travail du Québec, et se déroulera sur une dizaine de jours d’ici la fin février.

Me Éric Lebel, qui défend les intérêts de l’ancienne directrice générale, entend démontrer que sa cliente a été victime, à de nombreuses reprises, de harcèlement psychologique. Il réclame des réparations, dont le fait de reconnaître le harcèlement, et la réintégration de Mme Cyr dans ses fonctions de directrice générale.

D’entrée de jeu, le consultant Daniel Ouimet a été très clair. Les intentions de la présidente Liz Gagné étaient de se défaire de sa directrice générale et elle aurait tout mis en oeuvre pour détruire sa crédibilité et par le fait même celle de la direction générale.

Lorsque le consultant est entré en fonction, il a pourtant noté un climat de travail très dynamique et y a trouvé des gens engagés.

« Mais j’ai aussi constaté des lacunes dans le fonctionnement des gestionnaires. Chaque directeur était souverain dans son école ou son département et faisait ce qu’il voulait. J’en ai parlé à Chantale Cyr et elle n’était pas au courant. Mais elle voulait des solutions. Les gens étaient très ouverts », a noté M. Ouimet.

Entre février et mai 2017, le consultant a été en mesure de travailler avec les dirigeants et a essayé d’apporter les correctifs nécessaires.

Détérioration

Là où les choses se sont gâtées, selon lui, c’est le 23 mai, lors de l’assermentation de Liz Gagné à la présidence de l’organisation. Plusieurs personnes l’ont alors avisé que les choses allaient changer et pas nécessairement positivement.

« On l’a vu à la première réunion du conseil des commissaires. À un moment donné, Chantale Cyr a voulu parler en levant le doigt. Elle voulait rassurer les enseignants. Liz Gagné l’a ignorée jusqu’à ce que deux commissaires interviennent. »

« Lorsque Mme Cyr a commencé à parler, la présidente a reculé sa chaise, a regardé au plafond, a levé les yeux vers le ciel et a soupiré fortement. Lorsque la présidente a décidé que c’était assez, elle lui a donné un coup de coude et a dit : ‘‘Ça va faire.’’ », a ajouté Daniel Ouimet.

L’autre élément qui a donné un dur coup à la crédibilité de la directrice générale, c’est lorsque Liz Gagné a modifié unilatéralement la délégation des pouvoirs.

« Il ne restait plus rien à la directrice générale et à la direction générale, a repris Daniel Ouimet. Mme Cyr était pour nommer une nouvelle directrice dans une école, et je lui ai dit qu’elle n’avait plus le pouvoir de le faire. Elle ne pouvait plus gérer la commission scolaire pour sa gestion quotidienne. Les pouvoirs appartenaient aux commissaires et à la présidente. »

M. Ouimet a mentionné avoir vu Mme Cyr pleurer à plusieurs occasions. « Elle était démolie et a fait une tentative de suicide », a-t-il dit.

« Après le départ de Mme Cyr en maladie, j’ai mis un terme à mon contrat, car je ne pouvais pas travailler pour une commission scolaire qui faisait du harcèlement psychologique contre sa directrice générale. C’était contre mes convictions, au point où j’ai déposé une plainte au bureau des enquêtes du ministère de l’Éducation. Une enquête a été menée », a résumé le consultant.


«  Lorsque Mme Cyr a commencé à parler, la présidente a reculé sa chaise, a regardé au plafond, a levé les yeux vers le ciel et a soupiré fortement. Lorsque la présidente a décidé que c’était assez, elle lui a donné un coup de coude.  »
Daniel Ouimet, consultant

Réactions

Lors du contre-interrogatoire, Me Jean-Claude Girard, procureur de la CS des Rives-du-Saguenay, n’a posé aucune question au consultant Daniel Ouimet sur des éléments démontrant le harcèlement psychologique à l’endroit de Chantale Cyr.

Il a plutôt tenté de démontrer que les changements suggérés par le consultant et la directrice générale de l’époque ont brusqué bien des gens dans les écoles secondaires de l’organisation.

« Personne n’était heureux des changements. Nous leur disions que les enseignants devaient faire les heures qu’ils avaient à faire et qu’ils ne faisaient pas. Nous avons eu une très forte réaction à l’École secondaire Charles-Gravel, mais ailleurs, les choses se sont tassées assez rapidement », a soutenu M. Ouimet.

Ce dernier a par contre ajouté que les changements ont été réalisés au rythme des dirigeants et des intervenants de chaque école, sachant qu’il ne pouvait aller de l’avant trop rapidement.