L’ex-présidente de l’Association des directions d’établissements, Ginette Tremblay, a reproché à Chantale Cyr le climat malsain qu’elle aurait instauré, mais sans avoir d’exemples concrets à offrir.

Rives-du-Saguenay: Chantale Cyr aurait semé la terreur

L’ex-directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Chantale Cyr, aurait semé la terreur au sein de l’organisation scolaire. Cependant, aucun exemple concret n’a été présenté au tribunal par les directions d’écoles.

Chantale Cyr se retrouve devant le Tribunal administratif du travail du Québec parce qu’elle prétend avoir subi du harcèlement psychologique de la part de la présidente de la CS des Rives-du-Saguenay, Liz Gagné, notamment, et pour avoir été congédiée illégalement, décision survenue durant son congé de maladie. Mme Cyr demande à être réintégrée dans ses fonctions. 

La 12e journée des audiences s’est déroulée, mercredi matin, devant le juge Guy Roy. Le tribunal croit qu’une dizaine de journées seront encore nécessaires pour la présentation de toute la preuve.

Chantale Cyr a été embauchée en juin 2016 et a été congédiée en mars 2018. Elle était en congé de maladie depuis novembre 2017. 

Mercredi matin, l’ex-présidente de l’Association des directeurs des établissements scolaires, Ginette Tremblay, a tenté, au troisième jour de son témoignage, d’expliquer la teneur d’une lettre de ses membres qui dénonçait le climat malsain et de peur qui régnait au sein de l’organisation. Les membres blâmaient Chantale Cyr. 

Ceux-ci lui reprochaient principalement d’avoir entrepris les démarches pour les affectations des directions d’écoles plus rapidement qu’à l’habitude.

« Mme Cyr a commencé à interroger les directeurs d’école en janvier ou février, alors que ça se faisait habituellement en mars ou avril. Des gens ont appris qu’ils seraient déplacés sans en avoir eu la confirmation et ça a créé un malaise », a lancé Mme Tremblay.

Le juge Roy a demandé si cette situation avait été discutée avec la directrice générale. 

« Oui et elle a dit que les décisions n’étaient pas arrêtées. »

Le juge a lancé que les personnes concernées ont peut-être pensé qu’elles étaient pour être mutées tout simplement sans que ça soit officiel.

Malgré la nouvelle façon de faire, personne ne s’est plaint des changements et l’association s’est assurée qu’aucun de ses membres ne perdrait au change financièrement. 

Parmi les 40 membres des directions d’écoles, 26 ont changé de chaise, dont la majorité avait souhaité un nouveau défi.

Climat malsain

Toujours en lien avec la lettre de l’association où il est question d’un climat malsain, d’un climat de peur et de la crainte de représailles de la part de la directrice générale, Mme Tremblay n’avait pas d’exemples concrets à donner.

« Ces craintes faisaient suite à des modifications apportées à l’école des Grandes-Marées, à La Baie, en raison des problèmes vécus par certaines personnes. Il y avait de l’intimidation et du harcèlement », note Mme Tremblay.

Interrogée par Me Éric Lebel, qui représente les intérêts de Chantale Cyr, à savoir si ces critiques étaient dirigées vers sa cliente, Mme Tremblay a mentionné que ce n’était pas le cas.

L’association a aussi laissé voir que la situation avait bien changé après que la directrice générale ait perdu ses pouvoirs. 

« Lorsqu’elle prenait toutes les décisions, les gens n’arrivaient plus à respirer. Une fois qu’il y a eu des changements dans la délégation des pouvoirs, tout a changé. Les gens respiraient beaucoup mieux et les choses ont continué à bien aller après le départ de Mme Cyr (en congé de maladie). Le nombre d’appels avait beaucoup diminué à notre association », de dire Mme Tremblay.

Celle-ci a essayé de rassurer son monde, mais il semble que leur idée était faite à l’égard de Chantale Cyr. 

Malgré les critiques envers la directrice générale, Ginette Tremblay, qui était toujours présidente de l’association, lui a fait parvenir de nombreux courriels positifs sur les relations au travail.

Chantale Cyr, ex-directrice générale de la CS des Rives-du-Saguenay, écoute les témoins de la CS sur la façon dont elle a dirigé l’organisation durant son passage.

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LES GENS NE VOULAIENT PAS RÉPONDRE

« Il y a des gens qui tremblaient lorsqu’ils voyaient que la directrice générale les appelait à leur bureau. Ils avaient peur de répondre. »

Catherine Gagné, directrice des services éducatifs par intérim à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, a avoué que Chantale Cyr, la directrice générale de l’organisation, menait la commission scolaire à sa manière et que ceux qui osaient la contredire ou l’affronter pouvaient en subir les conséquences.

Mme Gagné s’est rapidement rendu compte que la partie ne serait pas facile avec la nouvelle patronne de l’organisation scolaire. 

« À un moment donné, ce fut difficile pour moi après avoir fait part de ma tristesse face à certaines décisions de la part de la directrice générale, comme celle d’assigner à domicile Josée Gaudreault (qui était directrice des services éducatifs). Mme Cyr voulait comprendre le service éducatif et a dit qu’elle ne pouvait le faire en présence de Josée. On ne comprenait pas qu’elle puisse s’en prendre à un pilier de l’organisation. »

« J’ai aussi donné mes commentaires sur certaines décisions et je me suis aperçue que je n’existais plus pour la directrice générale. Elle m’ignorait et ne me saluait plus. Pour la première fois de ma carrière, je comptais les jours avant le congé des Fêtes et j’avais les blues du dimanche soir », se souvient Mme Gagné, en réponse aux questions de Me Jean-Claude Girard, avocat de la commission scolaire.

Face à cette situation, Mme Gagné a pensé que Chantale Cyr lui réserverait le même sort qu’à Josée Gaudreault (la retourner à la maison). Mais Mme Gagné a plutôt pris le taureau par les cornes et a décidé de ne plus s’en laisser imposer.

« Au retour du congé des Fêtes, je me suis dit qu’elle ne me jouerait plus dans la tête. J’ai développé un mécanisme de défense et je n’avais plus peur d’elle », a raconté Catherine Gagné.

Pourtant, cette dernière a avoué avoir eu une très bonne première impression de sa rencontre avec Chantale Cyr, en juin 2016.

« J’ai eu une impression très favorable. J’ai vu une femme attractive, charismatique et qui s’exprimait avec aisance. Ce fut un coup de cœur », a lancé Mme Gagné.

Mais au retour des vacances en août, ce n’était pas la même chose. La directrice générale a voulu revoir le fonctionnement des services éducatifs et a voulu imposer une formation au personnel pour le projet de la communauté d’apprentissage.

« De plus, à la rentrée scolaire 2017-2018, notre service devait discuter avec les directions d’écoles des grandes lignes de la prochaine année scolaire. Nous avions l’habitude de mettre en place des comités aviseurs, mais les directions ont refusé de s’inscrire. »

« Les dirigeants nous ont dit que ça ne servait à rien de tenir ces rencontres, alors que toutes les décisions étaient prises par une seule et unique personne, soit Chantale Cyr », a ajouté Mme Gagné.

Celle-ci a aussi été témoin d’un commentaire de Chantale Cyr à l’endroit de la directrice d’une école où il y avait des enseignants plus revendicateurs qu’ailleurs.

« Elle (la directrice) est mieux de ramasser son monde, sinon c’est moi qui vais la ramasser », a indiqué la témoin de la commission scolaire.