Le grand patron du Complexe Jonquière, Jean-François Nadeau, a rencontré les médias afin d'annoncer les modifications que Rio Tinto a apportées à son projet à la suite des consultations lancées dans les derniers mois. M. Nadeau a mentionné que la compagnie avait travaillé afin de répondre à 16 des 22 préoccupations soulevées par le rapport Delisle.

Rio Tinto apporte des modifications au site d'entreposage des boues rouges

Rio Tinto (RT) n'a pas l'intention de modifier ses plans quant au choix du nouveau site d'entreposage des boues rouges dans le secteur Panoramique, au-delà de 2022. La multinationale apporte toutefois certains ajustements afin de répondre aux préoccupations soulevées le 1er décembre dernier par le président de la consultation publique, André Delisle.
Vendredi, le grand patron du Complexe Jonquière, Jean-François Nadeau, a rencontré les médias afin d'annoncer les modifications que Rio Tinto a apportées à son projet à la suite des consultations lancées dans les derniers mois. Comme l'avait souligné M. Delisle dans son rapport, M. Nadeau a mentionné que la première phase d'optimisation du site actuel ne semble pas poser de problème au niveau de l'acceptabilité sociale, ce qui est moins le cas pour la phase 2 du projet qui connaît un déficit d'acceptabilité sociale. M. Nadeau a mentionné que la compagnie avait travaillé afin de répondre à 16 des 22 préoccupations soulevées par le rapport Delisle concernant la zone tampon et la réhabilitation des sites, la transparence pendant l'exploitation, la valorisation des résidus de bauxite et la compensation des impacts.
Parmi les nouvelles mesures qu'entend appliquer RT se trouve notamment la cartographie afin de mieux définir la zone tampon censée assurer une cohabitation avec le voisinage. La pérennité de cette zone sera assurée par l'adoption d'un plan de conservation et de mise en valeur et peut-être même une servitude de conservation, une solution qui sera étudiée au niveau juridique, explique M. Nadeau. La réhabilitation progressive du site actuel et futur ainsi que le déboisement progressif du site figurent parmi les engagements. «Nous nous engageons à réhabiliter le site de Laterrière d'ici 2029, mais avant il faut l'assécher et refaire son profilage.»
Transparence
Les critiques soulevées concernant la transparence du processus ont fait dire au directeur du complexe que si les choses étaient à recommencer, les acteurs sociaux auraient été associés à son élaboration. À la suite de la consultation, RT s'engage à définir une entente de cohabitation avec le voisinage et la communauté et à mettre en place un mécanisme de plainte au moyen d'une ligne téléphonique spécialement dédiée. L'implantation d'un comité de suivi multipartite et la divulgation des résultats de suivis environnementaux sont aussi prévues. «Notre intention est de conserver les ponts avec la population», affirme le dirigeant.
Valorisation
En ce qui a trait à la valorisation des résidus de bauxite, un sujet plusieurs fois évoqué parmi les groupes et individus consultés, RT entend divulguer, dans la mesure où la chose est possible en terme de préservation de la confidentialité des partenariats, les plans d'action, les budgets consacrés à leur revalorisation ainsi que l'état d'avancement des travaux de recherche sur le sujet. Actuellement, 400 000$ y sont consacrés annuellement.
Afin de compenser les impacts du nouveau parc à résidus, RT s'engage auprès de Vélo Chicoutimi à remplacer chaque kilomètre de piste de vélo perdu par un kilomètre équivalent. L'aménagement de nouveaux milieux humides au cas où certains seraient détruits et la plantation d'arbres pour compenser le déboisement du site figurent dans les plans.
En ce qui a trait au choix du nouveau site d'entreposage, M. Nadeau a exclu une nouvelle analyse puisque le travail a été effectué en fonction de 15 critères techniques sur neuf sites différents. Il a mentionné qu'au plan économique, RT dispose de très peu de marge. «On se doit de faire la démarche correctement. Je dois dire que mon taux de confiance dans la réalisation du projet est très élevé. Nous avons maintenant un projet bonifié.»
Le Complexe Jonquière devra maintenant présenter au début mars à la haute direction de la compagnie les budgets pour l'étude de faisabilité dont la réalisation s'étalera jusqu'en février 2018.
David Heurtel sera interpellé
Le comité Citoyens pour un Vaudreuil durable (CVD) et sa présidente, Lana Pedneault, sont déçus de la réponse de Rio Tinto au rapport Delisle. Ils entendent poursuivre le combat en interpellant le ministre de l'Environnement, David Heurtel, afin qu'il utilise son pouvoir discrétionnaire en faveur de la tenue d'un nouveau processus d'évaluation environnemental par le BAPE.
Après avoir participé à une vidéoconférence avec la direction du Complexe Jonquière, le CVD ne croit pas que les mesures annoncées soient de nature à augmenter le niveau d'acceptabilité sociale du projet Vaudreuil au-delà de 2022.
Référant aux déclarations passées du ministre, Mme Pedneault mentionne que le ministre avait déjà évoqué la possibilité d'utiliser son pouvoir s'il constate l'absence d'équilibre dans l'acceptabilité sociale. Pour le moment, le CVD souhaite consolider ses appuis auprès de divers groupes et organismes en attendant que Rio Tinto dépose officiellement auprès du ministère de l'Environnement son avis de projet.
Qualifiant d'échec la démarche de consultation qui dure depuis 15 mois, le CVD affirme qu'aucune des recommandations concernant l'analyse du choix du site n'a été reconnue, ajoutant que la majorité des mémoires déposés abondaient dans le sens du comité. C'est pourquoi M. Delisle est d'avis que «pour assurer la paix sociale, rétablir la confiance et résoudre le conflit régional par rapport au projet (phase 2) portant surtout sur le choix du site, l'étude de localisation devrait être reprise avec la participation des parties concernées», affirme le CVD.
En ce qui a trait aux travaux de recherche portant sur la valorisation des résidus de bauxite, M. Nadeau a fait l'annonce de la continuité de l'implication de Rio Tinto avec des partenaires de recherche à hauteur de 400 000$ par année. Selon Mme Pedneault, il s'agit d'un minimum qui démontre une absence de volonté de trouver des solutions aux problèmes d'amoncellement des résidus. Elle ajoute que l'exemple du dossier du traitement des brasques devrait être suivi par RT.
Le CVD poursuivra sa mission de protéger la zone verte au coeur de Saguenay afin de permettre la pérennité de son utilisation par les citoyens.