Mine d'apatite de Sept-Îles

Rien pour inquiéter Arianne Phosphate

La société minière régionale Arianne Phosphate tente de minimiser la publication, par le Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE), d'un rapport pour le moins critique sur le projet de mine d'apatite de Sept-Îles présenté par Mine Arnaud et qui ne passe pas le test de l'acceptabilité sociale en plus de soulever des questionnements au chapitre de la justification économique.
Arianne Phosphate se garde bien de critiquer ou de commenter le rapport du BAPE, mais tente de dissocier son projet de celui de la société constituée d'Investissements Québec et du géant norvégien Yara. La société régionale affirme que les évaluations économiques du projet de la Côte-Nord sont réalisées à partir du prix du phosphate de type marocain qui est de l'ordre de 137 $ la tonne en raison des contaminants et d'une concentration moindre de phosphate.
« Par conséquent, le prix avancé par Arianne Phosphate de 213 $ la tonne se veut prudent. Néanmoins, comme il est vrai que le prix à la tonne de phosphate est sujet à des fluctuations, cela réitère la nécessité d'optimiser le projet et de l'articuler avec un contrôle rigoureux des coûts, de manière à ce qu'il se concrétise », écrit Karyna Tremblay, coordonnatrice relation aux communautés de la minière.
Il se trouve que le promoteur, dans le projet de Sept-Îles, présente son minerai comme en étant un de très grande qualité. Sur ce point, il n'y a aucune différence entre la roche d'apatite de Sept-Îles ou celle du projet d'Arianne Phosphate. Ce sont des roches qui permettent de produire du concentré comparable à celui provenant de la Russie.
Dans ses arguments devant justifier son projet, le promoteur soutient « satisfaire la demande internationale pour de l'apatite de grande qualité, alors que le gisement de Mine Arnaud présente un concentré de 40 % de pentoxyde de phosphore comparativement à 32 % en moyenne pour les autres gisements. De plus, l'apatite de Mine Arnaud serait caractérisée par l'absence ou par la faible teneur de contaminants tels l'arsenic, le nickel et le cadmium », rappelle le rapport du BAPE en rapportant la présentation de Mine Arnaud.
Besoins en phosphate
L'autre élément de ce rapport concerne la demande à long terme de la roche phosphatée sur la Terre. Arianne Phosphate devra passer par le même chemin et devra trouver des arguments plus solides que le promoteur de Mine Arnaud pour renverser l'analyse du BAPE. Ainsi, les commissaires en arrivent à la conclusion qu'il est impérieux d'associer la croissance de la demande de cette roche dans le monde à celle de la population ou du développement de l'agriculture. Certes, précise le BAPE, il y a une tendance à la hausse depuis le début des années 2000, mais cette production risque de stagner dans quelques années.
« La commission d'enquête constate que le marché de la roche phosphatée paraît incertain et pourrait ralentir. Au regard de l'analyse des besoins alimentaires et énergétiques, la commission ne peut conclure avec assurance que la croissance soutenue de la demande sera maintenue », écrivent les commissaires.
Un survol du rapport laisse croire que Mine Arnaud a présenté un argumentaire économique particulièrement faible pour justifier son projet. À titre d'exemple, il n'est mentionné à aucun endroit, dans le rapport du BAPE, que l'Amérique du Nord affiche un déficit annuel de 3 millions de tonnes de concentré pour ses besoins régionaux.
Tout indique qu'Investissement Québec, qui détient 62 % de Mine Arnaud, s'est contenté du fait que son partenaire Yara allait acheter la totalité de sa production pour la transformer dans son usine en Norvège. Les commissaires du BAPE ont évidemment vu les choses autrement.
Quant à l'accessibilité sociale, ce projet de mine à ciel ouvert à l'entrée de la ville est condamné depuis le tout début. Le BAPE a été très sensible aux arguments des opposants. Mine Arnaud travaille en ce moment à corriger les avis défavorables contenus dans le rapport.
Le projet de Mine Arnaud consiste à expédier par train et bateau 1,2 million de tonnes métriques par année de concentré de phosphate. La mine est pratiquement située sur le quai et le BAPE doute de sa rentabilité. Arianne Phosphate devra convoyer son produit sur plus de 200 kilomètres avant de le placer sans un convoyeur afin de le transborder pour être en mesure de l'exporter. Il s'agit d'un projet de 3 millions de tonnes par année, ce qui risque de poser également le problème de la croissance du marché de la roche phosphatée.